« Port de la burqa bientôt interdit dans les espaces publics ? | Page d'accueil | De l'exotisme du financement de la vie politique »

dimanche, 21 juin 2009

Moussavi, un Gorbatchev iranien ?

DoNotReadThis-X.gifL'Iran inquiète, le soulèvement des Iraniens menace de basculer dans une guerre civile tragique (suite à coup d'Etat d'Ahmadinejad comme l'avance Marjane Satrapi ?). CNN évoque 150 morts pour la seule manifestation de samedi, sans pouvoir confirmer le nombre faute d'être autorisé à enquêter sur place. Cette vague de contestation est née du sentiment que le dépouillement des urnes avait été truqué. Le grand perdant du scrutin, Hossein Moussavi, dénonce sur son blog "un projet qui va au delà de l'imposition au peuple d'un gouvernement non voulu, l'imposition d'une nouvelle vie politique au pays". Il se dit prêt à finir en martyr. Pour mieux comprendre la teneur de ses propos, j'aimerais disposer de la traduction intégrale de ses messages qui ne sont pas évidents à comprendre si on ne maîtrise pas bien l'arabe le persan. A suivre les médias français, Hossein Moussavi serait un grand démocrate ouvert sur l'occident. Mais l'est-il vraiment ? Malgré la sympathie évidente que nous ressentons tous pour les Iraniens dans la rue, un effort de lucidité s'impose.

 

Si Hossein Moussavi est en retrait de la vie politique depuis de nombreuses années après son éviction du pouvoir, il faut rappeler que ce fut un proche de l'ayatollah Khomeiny, très attaché aux principes de la révolution islamique. Il fut d'ailleurs responsable du journal officiel de l'époque de la révolution, avant de devenir premier ministre pendant la guerre dévastatrice contre l'Irak. Bref, Moussavi ressemble surtout à un intégriste révolutionnaire, certes critique des excès de langage et de l'impasse de la politique économique d'Ahmadinejad, mais tenant d'une ligne politique dure. Son discours s'est adapté en ce sens qu'il a pris en compte le souhait de la population urbaine de libéraliser l'économie iranienne pour dynamiser l'économie, faire bondir la croissance et réduire le taux de chômage. Mais lorsqu'il prétend vouloir changer l'image "extrémiste" de son pays à l'extérieur, il ne cache pas son souhait de prolonger la ligne officielle de la République islamique sur le dossier nucléaire iranien. Bref, nous sommes loin de l'allié de l'occident tel qu'on le présente. Moussavi reste un ardent défenseur des principes liberticides de la République Islamique.

 

Iran.jpgEn affichant sa volonté d'introduire du libéralisme économique dans l'économie iranienne, il manipule le même concept que Gorbatchev, communiste convaincu qui a fait sauter malgré lui le régime soviétique en y introduisant de la liberté. Etonnant retournement de la part de ce tenant des prix administrés et des rationnements (c'était pendant la guerre contre l'Irak). Enfin Moussavi, lui, n'est pas encore au pouvoir. Et il risque surtout de finir martyr. Malgré tout, cette explosion populaire a rompu un tabou important dans la société iranienne : la jeunesse n'a plus peur de ses aînés, ni de leur idéologie meurtrière (et elle sait exploiter les nouveaux outils de communication). Twitter gagnera-t-il sur les armes ? (l'usage sans doute largement exagéré de Twitter constitue une excellente communication autour de cet outil  inutile -jusqu'à preuve du contraire- mais dorénavant attaché à ce moment tragique de l'histoire) En tout cas, comme le dit Gil Mihaeli sur son blog : "Bonne chance, chers Iraniens, chères Iraniennes, vous vivez le meilleur, le plus intense, celui où la joie côtoie le danger. Savourez chaque instant. Un jour, que j’espère proche, vous gagnerez. Et rien ne sera plus jamais pareil.". Avec ou sans l'ayatollah Moussavi.

 

Et pour un maximum d'informations, je vous recommande Al Jazeera, sans doute le média qui connaît le mieux la région et les enjeux en Iran :

 

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://aurel.hautetfort.com/trackback/2253094

Commentaires


Maîtriser l'arabe ne servirait à rien pour comprendre les discours de Mir Hossein Moussavi : en Iran on parle le persan (langue indo-européenne), pas l'arabe (langue sémitique). Même religion (majoritairement musulmane), même alphabet (à quelques détails près), mais pas la même langue que le monde arabe.

Ecrit par : Marc | dimanche, 21 juin 2009


Merci pour la précision, Marc. Même alphabet entre arabe et persan, mais deux langues distinctes, en effet.

Ecrit par : Aurelien | lundi, 22 juin 2009


Euh, d'autant que le Persan est une langue indo-européenne. Tu as plus de chance de comprendre du persan que de l'arabe...

Ecrit par : L'Hérétique | lundi, 22 juin 2009


L'Hérétique, je veux bien parier ;o))

Ecrit par : Aurelien | mardi, 23 juin 2009


Je n'ai pas dit à l'écrit mais à l'oral, là...

Ecrit par : L'hérétique | mardi, 23 juin 2009

Ecrire un commentaire