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mardi, 16 juin 2009
Combien vaut le bac ?
L'Education n'a pas de prix mais elle a un coût. A l'approche du bac, 200 ans après la première session de 1809 (il n'y avait que 30 candidats), la question mérite d'être rappelée. La réponse permet de mieux apprécier son utilité. Les parents angoissent pour leur progéniture, les professeurs angoissent pour le traitement qu'on leur réservera pour la surveillance et la correction des copies. Plutôt que de surfer sur ces peurs pour pratiquer la politique - ô combien matrisée - de l'autruche, pourquoi ne pas oser un peu d'audace ?
- D'abord, son organisation coûte modestement dans les 60 millions d'euros, soit moins de 100 euros pour chacun des 622.322 élèves inscrits (beaucoup moins qu'un simple concours d'entrée en grande école)
- Mais plus fondamentalement, son coût réel approche les 100 Milliards d'euros si on calcule le coût des études primaires et secondaires que le Baccalauréat vient sanctionner. Chaque élève parvenu en terminale a coûté le bel investissement de 96.260 (bac général et technologique, incluant 3 années de maternelle) à 107.710 euros (bac pro).
- A côté de ces chiffres officiels, 2 Milliards d'euros sont dépensés par les familles en soutien scolaire privé, avec une croissance de 20 % par an et sans prendre en compte les cours particuliers non déclarés.
Chiffre croustillant : près de 20 % de ce coût considérable concerne l'environnement administratif de ce "mammouth", cette machine gigantesque qui désespérer parents et enseignants. Pour les curieux, créer-son-école.com nous rappelle les sources de financement de l'enseignement. C'est fort instructif :
- 64 % par l'Etat : rémunérations du personnel, subventions d'investissement et bourses
- 20.2 % par les Collectivités Locales (dont la moitié par les communes) : dotation d'équipement des collèges
- 8 % par les familles (bon, au final, elles financent bien 100 % de ce coût par leurs impôts et contributions diverses)
- 6.5 % par les entreprises avec le financement la formation continue et la taxe d'apprentissage : d'où une certaine légitimité à exprimer son avis et à établir des liens avec l'enseignement
Mais un autre débat revient régulièrement sur la table : son niveau. Il baisse pour les déclinistes, il évolue pour les autres. La seule valeur vraiment connue est la valeur marchande de ce diplôme. Comme l'exprime bien Jean-Paul Brighelli dans Bonnet d'âne :
"Il y a quarante ans, il permettait de passer le concours d’entrée des Ecoles Normales — on n’avait pas encore inventé ces monuments de la civilisation avancée que sont les IUFM. Ou d’être recruté comme facteur, ou employé de banque. Aujourd’hui, on n’achète rien avec le Bac. L’inflation des diplômes l’a rejeté dans l’arrière-cour de l’ANPE. C’est la seule mesure réelle de ce qu’on appelle parfois trop vite la baisse de niveau.
Je ne sais pas si les lycéens d’aujourd’hui savent ou non plus ou moins de choses que leurs parents à leur âge. Des choses différentes, certainement."
Certes, 4 écoliers sur 10, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 chaque année avec de graves lacunes. Près de 200 000 d'entre eux ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul, et plus de 100 000 ne maîtrisent pas les compétences de base dans ces domaines selon le Rapport du Haut Conseil de l'Education (août 2007). Les élèves français sont au 17e rang des pays développés en mathématiques, au 13e rang en sciences et au 14e rang en littérature (Enquête Pisa de l'OCDE) ; 81 000 actes de violence grave sont répertoriés chaque année dans les écoles, selon le logiciel Signa ; 160 000 élèves par an quittent le système scolaire sans qualification (L'Etat de l'école, n°14, octobre 2004). Bref, à quoi bon s'accrocher au Baccalauréat aux disparités de plus en plus fortes et à l'utilité de plus en plus contestable ? Il est nécessaire de consacrer nos ressources à revoir les priorités de notre enseignement national. Dans cette perspective, le Parti Libéral Démocrate voit là une belle opportunité de proposer deux réformes importantes :
- le chèque éducation : chaque famille dispose annuellement d'un chèque de 6810 euros pour chaque enfant, destiné à l'école de son choix.
Fin du monopole des établissements actuels, et la fin d'une gestion digne de l'Union Soviétique des 1.300.000 agents de l'Education Nationale (SOS Education nous rappelle que seuls les chemins de fer indiens doivent gérer un personnel aussi pléthorique), avec une lourde bureaucratie interne dont les premières victimes sont les enseignants eux-mêmes. C'est la voie vers une véritable "école libre", autorisée à sélectionner ses professeurs selon des critères conformes à ses attentes et à son projet éducatif, à jouir d'une totale liberté pédagogique (choix des méthodes, des horaires, des pédagogies), à recruter qui elles veulent afin de ne pas garder les élèves qui ont décidé de semer le désordre ou de contester radialement l'esprit de l'école (des établissements destinés à ces élèves se mettront en place avec une pédagogie adaptée). Les professeurs ne seront pas toujours bons. Mais, notons que la qualité des professeurs n'est pas plus garantie dans le privé sous contrat ou le public. Tout dépend du directeur d'école et du soin avec lequel il recrute les professeurs.
- libre sélection à l'entrée de tout établissement d'enseignement supérieur dans le cadre de la loi sur l'autonomie des universités. Ce diplôme marque la fin d'un parcours, il n'a aucune raison de permettre l'entrée automatique dans le supérieur, sinon pour servir les objectifs surréalistes d'emmener 50 % d'une classe d'âge à la licence. Pour faire quoi ensuite ?
Comme le dit Jean-Paul Brighelli dans "Le Bac approche" :
"Déjà plus de 40% des formations supérieures recrutent sur dossiers, et avant le Bac — en fonction des résultats de Première et de Terminale. BTS, IUT et Classes préparatoires, parmi d’autres. Ça ne marche pas si mal que ça. Pourquoi ne pas généraliser ? Pourquoi ne pas laisser chaque université recruter ses étudiants comme elle l’entend ?
Cela aurait entre autres l’intérêt de décharger les universitaires de la présidence des jurys de Bac (avec tous ces examens en souffrance, cette année, ils auront bien autre chose à faire — et au passage, cela supprimerait la tentation, mise en avant par les jusqu’auboutistes du mouvement, de prendre le Bac en otage des mouvements d’humeur du Supérieur). Et d’en finir avec cette hypocrisie sans nom qui confère à tous les Bacs le même pouvoir d’accès au Supérieur, alors même qu’il y a dix Bacs, qui ne se ressemblent que par leur nom de famille."
Ces propositions ne sont absolument pas contradictoires avec l'ambition de professeurs - auto-déclarés, suprême ironie - "gauchistes", il me semble au contraire qu'elle leur ouvre les meilleures perspectives :"l'école doit permettre aux gamins prolétaires d'avoir les mêmes armes que les autres, avec un très haut niveau d'exigence, pour participer à ce processus de sélection". Justement !
15:49 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


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Commentaires
Merci pour le lien. A noter, le baccalauréat coûtera 47% de plus que l'an dernier cette année, en raison de la "reconquête du mois de juin" opérée par Xavier Darcos. Les enseignements étant désormais assurés jusqu’au bout de l’année scolaire, c’est donc en heures supplémentaires (ou plutôt, avec un traitement de 5 euros par copie corrigée, au lieu de 1,32 auparavant) que les enseignants seront payés pour corriger les copies.
Avant de songer à supprimer le baccalauréat, il est judicieux de penser à une introduction plus grande du contrôle continu. Or, le rapport de Richard Descoings ne l'envisage que pour les oraux, et de façon vague.
Ecrit par : SOS Education | mardi, 16 juin 2009
Zut alors, je voudrais te répondre, mais cela risque de faire beaucoup de billets dans la journée sur mon blog.
J'essaie d'écrire quelque chose d'ici demain.
Ecrit par : L'hérétique | mardi, 16 juin 2009
J'attends ça. Surtout, je ne vois pas trop à quoi ressemble le projet de Bayrou pour l'EN. Sinon de "ne rien f...tre" pendant 20 ans pour voir ce que les mesures prises par le passé donneront.
Ecrit par : Aurelien | mardi, 16 juin 2009
@ Aurélien : je sais que tu es en colère contre l'EN, mais le ministère emploie en 2008 1 068 000 personnes, soit 250 000 de moins que ce que tu avances. Merci de rester précis, sinon, on va te prendre pour un libéral extrémiste hirsute avec du poil dans les oreilles.
Ecrit par : Mathieu L. | mercredi, 17 juin 2009
Pas de description physique, sinon on risque de me reconnaître.
Puisque tu veux les détails, je recopie ce passage de l'EN :
Au 31 janvier 2007, 1 209 828 personnes sont rémunérées sur crédits d’État, par le ministère de l’Éducation nationale : 982 678 sont enseignants au titre du secteur public et du secteur privé sous contrat et 227 150 assument des fonctions administratives, techniques, d’encadrement, d’éducation, d’orientation, de surveillance et d’assistance éducative.
[NDLA : en plus,] 60 635 aides-éducateurs et assistants d’éducation interviennent également dans les établissements (tableau 01). À ces personnels s’ajoutent ceux dépendants d’autres ministères (agriculture, défense, santé) ou d’orga nismes privés qui participent à la formation des quelque 15 millions d’élèves ou d’étudiants.
[Source ; http://media.education.gouv.fr/file/03/6/7036.pdf]
Bref, et là c'est moi qui l'affirme, cela fait 1.27 millions de personnes dépendant de l'EN, auxquels il faut ajouter les personnels des Collectivités Locales détachées, etc.
Ecrit par : Aurelien | mercredi, 17 juin 2009
Bon, je sais que tu n'apprécies pas Brighelli, mais est-ce une raison pour chercher la petite bébête dans ce texte ? Et toi, en tant qu'enseignant, que penses-tu du géant administratif de l'EN et de la gouvernance des établissements ?
Ecrit par : Aurelien | mercredi, 17 juin 2009
Moi, j'ai trouvé ça :
http://education.gouv.fr/cid24118/les-grands-chiffres-2007-2008-metropole-dom.html
Bon, comme quoi, le ministère communique différemment en fonction des moments.
Sur ta question globale, j'en parle chaque jour sur mon site. Tu poses une question tellement large qu'elle mériterait 50 billets pour y répondre. Tu trouveras mes billets sur les thèmes éducatifs ici :
http://www.pearltrees.com/mathieul./map/1_42292/
Enfin, je viens de répondre à ton texte sur un point précis :
http://lespriviliegiesparlent.blogspot.com/2009/06/la-campagne-sur-le-cheque-education.html
Ecrit par : Mathieu L. | mercredi, 17 juin 2009
Merci pour tes références, je lis pas mal de tes billets (notamment le dernier que tu cites, je vais y répondre ici) sur le sujet. Hélas, un bug m'empêche de laisser des commentaires sur ton blog comme pour l'ensemble des "blogspot".
Le sujet crucial pour l'avenir de notre pays, sachant qu'il crystalise hélas les antagonismes droite-gauche secteur public-privé, etc. Tu le dcris toi-même très bien.
Ecrit par : Aurelien | mercredi, 17 juin 2009
OK, j'attends donc ta réponse.
Pourquoi ne peux-tu pas laisser de com ??? Bizarre, Blogger est très flexible globalement.
Ecrit par : Mathieu L. | mercredi, 17 juin 2009
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