« Comment les banquiers se sont tirés une balle dans le pied | Page d'accueil | Censure de la notation des députés européens »
jeudi, 23 avril 2009
Pas de travail, pas de salaire
Dans la conjoncture actuelle, difficile de diriger sereinement une entreprise. Les banquiers sont frileux, les politiques, de droite comme de gauche, critiquent les patrons et les syndicats radicaux les séquestrent. C'est pas dans cette ambiance festive que la machine va repartir et que les embauches vont reprendre. Faire le gros dos, réduire la voilure, diminuer l'endettement, etc. Et puis communiquer. Certains dirigeants d'entreprise vont s'autoflageller en public, jouant le jeu du gouvernement et cautionnant indirectement les dérapages à l'encontre de leurs congénères. C'est sans doute la pire des solutions alors que les responsables de la crise sont surtout des hauts fonctionnaires, des politiques et des experts d'Etat qui, eux, ne batrtont jamais leur coulpe.
Heureusement, tous ne sont pas faits du même bois. Négocier est important, rassurer les salariés est essentiel pour apaiser les tensions sociales. Mais il y a une ligne rouge à ne pas franchir, importante à rappeler : les agressions physiques sont intolérables. Ce message, apparemment évident en Europe, ne semble pas naturel à certains syndiqués. Le représentant de Toyota en France a choisi de résister. Il a rappelé des réalités qui paraissent élémentaires ailleurs dans une lettre adressée à tous les salariés de l'usine française de Toyota, après une première semaine de grève avec piquets et blocages à l'entrée par les 450 grévistes sur les 2.700 salariés du site. Des grévistes "apolitiques" soutenus par le leader du Nouveau parti anticapitaliste, Olivier Besancenot, Arlette Laguiller et la porte-parole de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud, venus les rencontrer au cours du conflit.
La lettre est franche, voire raide. Mais elle est combattive sans être fermée au dialogue. Nous sommes loin d'une plume parfaite, technocratique. Mais au moins, chaque salarié a compris le détail des négociations, les limites à ne pas franchir, et le caractère bien trempé du responsable de l'usine. Effet immédiat de ce mail, la grève s'est durcie et a tenu une semaine de plus à Onnaing, mais avec filtrages à l'entrée. Au final, les syndicats ont dû se contenter de l'essentiel de ce qui avait été négocié au cours de cette première semaine. Il y aura eu une semaine de trop, que les familles des grévistes devront assumer en taillant dans le budget vacances. Rappelons que les piquets de grève sont interdits par la loi, et que ces actions violentes confirment l'état de délabrement du dialogue social "digne du moyen-âge" selon Ségolène. L'idéologie de la CGT et de FO date même plutôt du paléolithique.
Extraits du message de T. Nonaka, Vice-Président de TMMF au comité de grève en date du 14 avril : "Je le répète une fois encore : nous ne paierons pas le chômage partiel à 100%; nous n'indemniserons pas les jours de grève [...] Si nous avions l'argent pourvous indemniser, je préfèrerais le donner aux 90 % de members qui continuent de travailler et sont restés à leur poste. Je préfère favoriser ces 90 % que les 10 % que vous représentez. [...] "Pas de travail, pas de salaire", c'est un principe pour le groupe Toyota. Si cela ne vous satisfait pas, vous êtes libres d'aller travailler dans une entreprise qui accepterait de vous payer lorsque vous ne travaillez pas.
[...]
Pour les délégués syndicaux, c'est bien. A ce qu'il parait vous êtes payés par votre syndicat lorsque vous êtes en grève. M XXXX, vous êtes très satisfait, n'est-ce pas. Vous avez réussi à faire tenir la grève une semaine, vous êtes passé à la télévision et dans les journaux. [...] C'est bon pour votre campagne électorale pour les élections européennes de juin. Votre carrière progresse bien au sein du syndicat, surtout dans le monde politique. [...] Finalement, il n'y a qu'à la CGT que cette grève profite.
[...]
Je sais qu'un certain nombre d'entre vous sont ici pour des problèmes personnels, du type manque de respect ou problèmes avec votre management. Je vous ai entendus sur ces sujets-là, et je suis prêt à travailler avec vous et à vous recevoir, pour tous ceux qui le souhaitent, afinde vous apporter des réponses personnelles. En revanche, je ne me préoccuperai pas de ceux qui ont insulté les non-grévistes, ceux qui les ont perturbés dans leur travail[...] Ceux-là, je ne peux pas demander qu'ils soient bien accueillis.
[...]
Ceux qui n'acceptent toujours pas ces propositions [chômage partiel mieux indemnisé, etc. NDLR] qui ne sont toujours pas d'accord avec moi, vous pouvez poursuivre la grève. Pour l'instant, nous avons la chance davoir du personnel excédentaire. Nous verserons leur salaire à ceux que nous avons embauchés et qui travaillent pour Toyota. Nous ne paierons pas ceux qui font grève.
[...]
Vous ne gagnerez rien à poursuivre la grève, si ce n'est que vous perdrez notre confiance. Dés semain, repartons à zéro, ensemble"
15:34 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
|
|
|
Digg |
Facebook


![Validate my Atom 1.0 feed [Valid Atom 1.0]](http://aurel.hautetfort.com/images/valid-atom.png)







Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://aurel.hautetfort.com/trackback/2160364
Commentaires
Extraordinaire lettre, courageuse, et d'une franchise qu'aucun homme politique n'a le courage d'afficher. Ahhhh : voilà les bienfaits de la responsabilité. On ne parle pas pareil selon qu'on est responsable devant quelqu'un, ou pas.
à bientôt, j'ai été ému par cette lettre. Merci de l'avoir fait suivre.
Écrit par : LOmiG | jeudi, 23 avril 2009
Un patron qui cogne sur ses employés, je suppose que c'est toujours un peu excitant pour un libéral ?
Écrit par : henri | jeudi, 23 avril 2009
Henri, un libéral réprime toute forme de violence, de menace ou de contrainte entre les êtres humains. Vouloir faire croire que le libéralisme est au service de telle ou telle catégorie d'individus, alors qu'il est - justement - une philosophie du droit, mettant chaque individu au même niveau avec un respect absolu de ses droits fondamentaux, c'est afficher ton énorme inculture. Va acheter un livre, ou va sur internet, fais quelque chose.
Un libéral condamnerait avec autant de force les violences d'un patron que celles d'un salarié, ou de n'importe qui.
Écrit par : LOmiG | vendredi, 24 avril 2009
henri, comment ne pas comprendre le désarroi des salariés menacés, voire licenciés ? Leur véritable angoisse, c'est surtout de ne pas retrouver un nouvel emploi. Depuis des décennies, la politique de l'emploi de nos gouvernements s'est toujours focalisée sur les licenciements plutôt que sur les embauches.
Pensez que notre pays n'est pas parvenu, au cours des 30 dernières années, de faire baisser notre taux de chômage sous la barre des 8.5 %. Les gouvernements successifs, en privilégiant la "protection" des salariés au détriment de l'adaptabilité, les a en fait précarisés.
Il va être difficile et douloureux de sortir de cette spirale maudite.
Écrit par : Aurelien | vendredi, 24 avril 2009
J'abonde dans le sens d'Aurélien.
Ce qui est à l'origine du chomage, de la pauvreté en France, ce ne sont pas les méchants patrons qui licencient, c'est l'Etat obèse et inefficace (car pas réformé depuis 30 ans au minimum) qui pèse sur nos épaules à tous (la moitié du salaire de chaque français est prèlevé par l'Etat chaque mois).
Donc comprendre les français qui ont peur pour leur avenir, oui.
Mais la solution pour ces français, pour que leur avenir s'améliore enfin, ce n'est pas de faire grève avec la CGT et de faire la chasse aux vilains patrons.
La solution c'est de demander, contre la CGT, que l'Etat français soit enfin réformé pour que les français vivent mieux et ne soient plus condamnés au chomage, à la misère, à la précarité.
Écrit par : Le Champ Libre | vendredi, 24 avril 2009
Qui a regardé les reportages sur M6 : séquestration des cadres de Caterpillar, puis la vie d'une PME en difficulté ? Passionnant pour ce que j'en ai vu.
Nous avons d'abord pu entrer dans l'intimité des preneurs d'otage, et notamment des meneurs virulents qui jouent avec le feu. Ils savent l'humeur de la foule des salariés difficile à canaliser. Et pourtant, ils ne cessent d'exciter cette masse qui se radicalise facilement. On aboutit à un véritable chantage sous la menace pour...du pognon. C'est du racket, rien de plus. Et encore, le reportage ne s'étend pas sur les menaces personnelles contre les cadres, leur famille et leurs biens.
A côté de ça, une PME tente de survivre en la jouant collectif. Sans hésiter à aider les salariés les plus en difficulté à se loger. On assiste au premier licenciement d'un salarié par un employeur proche, il est limite les larmes aux yeux en expliquant qu'il a choisi un célibataire sans enfants plutôt qu'uune mère de famille.
Bref, reportage à voir.
Écrit par : Joe | vendredi, 24 avril 2009
Bonjour,
Totalement en accord avec Aurelien et Le Champ Libre, il est temps de réformer l'état. Il est temps que nos dirigeants se rendent compte qu'ils font fausse route en se focalisant sur les licenciements plutôt qu'en aidant à la création d'emplois. Tout comme ils devraient se rendre compte que l'on ne relance pas une économie en donnant de l'argent aux banques mais plutôt en favorisant le pouvoir d'achat.
Merci pour ton avis Henri, je suis heureux de voir que le ridicule n'est pas mort.
Écrit par : Axel | jeudi, 30 avril 2009
Écrire un commentaire