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mercredi, 18 février 2009

La déflation est-elle souhaitable ?

Guido.jpgHier soir, j'ai enfin eu le plaisir d'entendre Guido Hülsmann. Sa conférence et ses réponses aux questions de l'auditoire ont ebranlé pas mal de nos idées sur la monnaie; en tout cas des miennes. Alors que les personnalités politiques brandissent quotidiennement la menace de l'affreuse déflation, Guido Hülsmann, professeur d'économie à l'Université d'Angers et Senior Fellow du Mises Institute, en a défendu les bienfaits en termes de justice et d'efficacité. Il ne parlait pas d'une déflation brutale, déstabilisante, non, mais d'une déflation raisonnable, tempérée. Le propos de cet adepte de l'école autrichienne et de ses grandes figures -Mises, Hayek- se fonde sur le fait que les gains de productivité font naturellement baisser le coût de production des biens et services courants. Pourquoi vouloir faire monter leur prix, sinon parce que la monnaie elle-même se dévalorise par l'augmentation de son stock existant ? Lorsque certaines entreprises augmentent leur chiffre d'affaire, d'autres réduisent la voilure, ferment ou sont liquidées. Les prix des biens peuvent évoluer relativement les uns aux autres, mais rien ne justifie que le volume global des échanges évolue. Autrement dit, rien ne justifie une variation de la monnaie en circulation pour "favoriser" ces échanges de biens et services dont la quantité dépend de la production.

 

La monnaie, après tout, n'est qu'un bien parmi d'autres. Son coût de production est faible, et à la différences de la plupart des autres, son utilité est infinie car elle  peut s'échanger contre pratiquement tous les biens et services disponibles à l'échange. La monnaie a aussi une valeur relativement aux autres biens, et cette valeur relative peut bouger. La même monnaie vaut par exemple moins cher si sa quantité en circulation augmente relativement au nombre de biens et services produits et échangés. Evidemment, ce type d'analyse originale pose de multiples questions, à chaud puis plus tard, à tête reposée. Comment joue la perturbation démographique sur la quantité de monnaie en circulation ? Et la vitesse de circulation de la monnaie ? Je ne vais pas développer l'ensemble de ses thèses, mais ne m'intéresser qu'à la déflation, c'est à dire à la réduction de la monnaie en circulation impliquant une baisse des prix dans leur ensemble.

 

Certes, la tendance actuelle est plutôt à une explosion de l'inflation dans la course en avant des banques centrales qui "injectent" de la nouvelle monnaie pour éponger les dettes foireuses en diluant la valeur de chaque unité de monnaie pour l'ensemble de ses détenteurs. Bref, nous vivons une forme de collectivisation déguisée des pertes qui va déprécier la dette (dont le nominal fixe se déprécie avec l'inflation) au profit du capital (qui, lui, suit l'inflation). Accompagnée d'une incitation à dépenser puisque la monnaie conservée perd sa valeur relativement aux biens et services.

 

Mais la déflation a un effet redistributif sain selon Guido Hülsmann. Effet douloureux pour ceux qui se sont trop endettés et ont commis des bêtises avec cette excès de "mauvaise monnaie" qui appauvrit l'ensemble des détenteurs de cette même monnaie relativement aux biens et services produits. Mais effet salvateur et incitatif pour épargner et investir. Je me demande, à ce stade, si une telle déflation ne décourage pas l'accumulation du capital, puisqu'il se dévalue relativement à laha dette, ainsi que l'accession à la propriété si on sait la valeur de son actif immobilier condamné à diminuer. Les effets psychologiques d'une déflation sont-ils clairement prévisibles ? Si un entrepreneur surendetté fait faillite parce que ses actifs, eux, diminuent avec la déflation, son activité sera reprise, peut-être pour un euro symbolique, par celui qui aura privilégié l'épargne sur l'endettement. Cette redistribution est morale parce qu'elle sanctionne les excès et récompense les comportements honnêtes. Personne ne nie l'importance de la dette dans le développement économique et l'acquisiton de la propriété. En revanche, cette dette ne doit pas être nourrie par une nouvelle quantité de monnaie -l'inflation- qui ronge la valeur de toute unité de cette même monnaie.

 

Ce n'est pas clair pour vous ? Rassurez-vous, je me pose encore plein de questions sur ce seul point de l'analyse de Guido Hülsman.

14:46 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hulsman, monnaie, deflation, inflation | | | Digg! Digg |  Facebook

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Commentaires


Pourquoi la valeur d'un bien immobilier diminuerait-elle avec le temps dans un contexte déflationniste? Son prix baisserait peut-être mais on ne peut pas affirmer que sa valeur baissera (ou augmentera).

Ne confondrais-tu pas ici prix et valeur? La valeur est subjective et il n'y pas de lien entre contexte déflationniste et valeur relative que les gens attribuent aux biens.

Dans l'absolu je n'ai rien contre l'idée de la déflation, qui est un processus naturel dans un contexte de croissance économique lorsque la monnaie n'est pas créée "out of thin air" (note au passage que Hülsmann est un "anti" réserves fractionnaires s'opposant en cela à Salin, mais la division au sein de l'École autrichienne entre "pro" et "anti" réserves fractionnaire n'est pas d'une importance capitale).

Cependant, les contraintes légales sur les salaires empêchent d'orienter les prix à la baisse autrement que par le licenciement et les désordres sociaux qui vont avec (le coût salarial étant généralement le poste de coût le plus important dans le prix d'un produit).

En supposant qu'on change enfin le système monétaire et bancaire pour un système libre, il faudrait en même temps changer les réglementations sur les salaires. Et je pense qu'un tel changement rencontrerait beaucoup plus d'opposition (voire apporterait le chaos pur et simple) qu'un changement de système bancaire et monétaire.

Écrit par : Mateo | mercredi, 18 février 2009


En effet, le point que Guido n'a pas abordé (peut-être l'a-t-il fait, mais avec une telle densité d'informations, je n'en ai pas souvenir) la question de la rigidité des salaires à la baisse. Les planchers légaux crééent du chômage aux effets désastreux.

Le changement de réglementation s'impose en effet. Et là, p7pas facile

Écrit par : Aurelien | mercredi, 18 février 2009


"Pourquoi vouloir faire monter leur prix, sinon parce que la monnaie elle-même se dévalorise par l'augmentation de son stock existant ? Lorsque certaines entreprises augmentent leur chiffre d'affaire, d'autres réduisent la voilure, ferment ou sont liquidées. Les prix des biens peuvent évoluer relativement les uns aux autres, mais rien ne justifie que le volume global des échanges évolue. Autrement dit, rien ne justifie une variation de la monnaie en circulation pour "favoriser" ces échanges de biens et services dont la quantité dépend de la production."

Ceci est en contradiction avec Milton Friedman, qui prône une augmentation de la masse monétaire de 5% / an (il n'a pas précisé comment, évidemment le dividende monétaire est la bonne solution).

"rien ne justifie que le volume global des échanges évolue", si évidemment au contraire. Ce point de vue est un point de vue de salarié (du public ? des Banques ? ) - consommateur, un point de vue partiel et qui ne comprend pas ce qu'est l'entreprise, la croissance, l'investissement, et pour tout dire l'économie.

La somme globale des investissements ne se fait pas si l'offre de monnaie future n'est pas en augmentation. Ces investissements attendent un minimum d'inflation de la masse monétaire pour en récupérer le surplus. La déflation bloque en effet la somme globale des investissements, les entrepreneurs - investisseurs préfèrent alors attendre qu'investir, avec raison. Et ils attendront jusqu'à ce que l'offre de monnaie soit là, pour deux raisons : 1) en récupérer le surplus, et 2) éviter que leur propre capital monétaire ne se dévalue.

Alors en déflation les entreprises font faillites par manque de monnaie, et pas par manque de demande, la demande est là mais la monnaie non. Ou encore s'endettent pour tenir et retarder l'échéance, c'est alors la dépression par la contraction de la masse monétaire, la crise et la cata.

Friedman en préconisant 5% trouve le juste milieu entre la carotte (l'inflation) et le bâton (stagflation 0% ou déflation

Écrit par : Stéphane Laborde | mardi, 03 mars 2009

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