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lundi, 09 février 2009

Ne dites pas à ma mère que je suis banquier, elle pense que je vends des armes

Le secteur financier est en émoi après les propos très durs et sans appel du Président de la République qui l'ont livré à la vindicte populaire. Heureusement, les dégâts réels sont minimes car la place de Paris est minuscule. Grâce à une réglementation du travail inappropriée et des charges sociales excessives, il s'est marginalisé au cours des années 90 au bénéfices d'autres places en Europe et dans le monde. A peine 10.000 personnes, et ce chiffre inclut les middle-offices et les back-offices. Imaginez Londres et ses 300.000 traders, vendeurs et services rattachés. Certes, les bonus sont élevés. A Wall Street, sommet de la finance internationale, le bonus moyen en 2008 était de 85.000 euros selon les autorités de supervision.

 

Attention, le secteur financier est bien plus important dans son ensemble, mais il ne s'agit pas du petit monde honni des marchés financiers vampirisés par les "traders, ces jeunes gens qui jouaient à spéculer" comme se plaît tant à penser Nicolas Sarkozy. Pour celui que le simple mot "financier" fait frémir, je signale au passage que ce secteur fait travailler plus de 750.000 personnes et produit 180 milliards d'euros de richesse dans notre pays, respectivement 4.5 % de l'emploi pour 4.9 % du PIB. Ce n'est pas rien, même s'il représente 8.2 % du PIB au Royaume-Uni qui a su exporter ses services à toute l'Europe. Mais les vrais vilains ne sont que quelques milliers. Et plus pour longtemps.

 

Il est vrai que dans la conjoncture actuelle, le pouvoir doit désigner des coupables. Et vite, le temps presse devant l'agitation sociale qui monte. Droit tiré du film hollywoodien "Wall Street" sorti lors du grand krach de 1987, le cliché des opérateurs de marché est idéal : jeune (donc inconscient), riche (exploiteur) et inutile (on ne les voit pas courir sur les pelouses derrière un ballon ou chanter à la fête de la musique avec un pétard offert par le Ministre de l'affaiblissement des masses la Culture). Et puis l'affaire Kerviel a reveillé l'imaginaire des Français en tombant au plus mauvais moment. Le comportement roublard de ce jeune escroc a beaucoup nui à l'image du secteur, malgré une défense pitoyable qui a même fini par agacer les magistrats, et notamment van Ruymbeke, qu'on ne peut qualifier d'agents du capitalisme financier. Pour les Français, "il n'y a pas de fumée sans feu" et l'affaire est claire : l'économie réelle n'a aucun besoin de ces parasites qui "créent de l'argent avec de l'argent". Oublions le fait que tous les jours, l'économie mondiale tourne grâce aux rouages bien huilés de ces fameux marchés. A commencer par les Etats, drogués à la dette, qui s'appuient sur leur capacité à drainer les capitaux du monde entier.

 

Bref, Nicolas Sarkozy s'est fixé comme objectif la disparition pure et simple des derniers traders de Paris lorsqu'il a attaqué sans ménagement "le système de rémunération de ceux qu'on appelle les traders, ces jeunes gens qui jouaient à spéculer" et dont "les rémunérations étaient indexées sur la prime de risques". "Ça a conduit à la catastrophe que l'on sait, a ajouté le chef de l'Etat. C'est ça qu'il faut interdire !" Il doit me manquer un élément dans son raisonnement, parce que les 3 premières banques françaises ont traversé 2008 en réalisant chacune entre 2 et 3 milliards d'euros de bénéfices. Ce n'est pas parce que les banques françaises se comportent bien qu'on ne va pas les sanctionner pour ce que les banques américaines et anglaises ont fait (sous impulsion de mesures étatiques).

 

Pendant que les banques anglo-saxonnes licencient des dizaines de milliers d'opérateurs de marché et revoient en profondeur leurs processus de contrôle des risques, l'administration française compte produire un nouveau "code éthique" pour enrichir le code déontologique actuel des traders, déjà épais. Y aura-t-il un joker "autoamnistie" dans ce programme ? Les bonus vont ainsi être encadrés pour n'être versés qu'en fonction "des gains réels pour l'entreprise tout en tenant compte des intérêts des clients". En clair, "la pratique des bonus garantis non liés à la performance doit être prohibée, sauf en cas d'embauche ou de rétention de professionnels ayant des fonctions clefs. Dans ces cas, les bonus devront être limités à un an." Il me semblait que c'était déjà le cas. Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde (qui a bien connu les bonus juteux au sein du cabinet  Baker & McKenzie) devraient faire un tour dans les salles des marchés bancaires et constater eux-mêmes comment elles fonctionnent et à quoi elles servent.

 

Bref, il vaut mieux vendre des armes ou être traffiquant de drogue que travailler sur les marchés pour améliorer l'allocation des capitaux entre les acteurs économiques.

 

Avec sa lucidité habituelle, Pierre-Antoine Delhommais nous livre son analyse dans le Monde du 7 février :

 

"Exceller dans une profession dans laquelle très peu atteignent la médiocrité est la marque la plus décisive de ce que l'on appelle génie ou mérite supérieur... Dans une profession où vingt personnes échouent pour une qui réussit, celle-ci doit gagner tout ce qui aurait pu être gagné par les vingt qui échouent." - Adam Smith

 

Plus de deux cents ans plus tard, cette équation a permis d'offrir à Thierry Henry un salaire de 14 millions d'euros en 2006. L'observatoire des inégalités s'est amusé à convertir ce pactole en années de smic : 1 183. Avec ses 11 millions d'euros, le basketteur Tony Parker frôle la barre des mille années. Les stars du monde de la culture, dont M. Bourg souligne pourtant que "le talent est plus difficile à déterminer", font jeu égal. Avec ses Ch'tis, Dany Boon aurait empoché 15 millions d'euros. Côté chanteurs, selon le classement très officieux établi par Le Figaro, tant l'opacité des revenus est pour eux beaucoup plus grande que pour les patrons du CAC 40, Francis Cabrel aurait gagné en 2008 4 millions d'euros. Alain Souchon, qui a remporté un beau succès avec sa chanson qui dénonçait la rapacité des patrons et leurs parachutes dorés, aurait récolté 1,3 million d'euros (108 années de smic).

 

Des montants bien sûr qui n'ont rien de "choquant" pour ces artistes de génie et apporteurs de rêve, lequel, c'est bien connu, n'a pas de prix. Ou alors très élevé. Les Français, d'ailleurs, pas plus que le chef de l'Etat, ne sont choqués. Les vedettes du foot et de la chanson occupent les premières places dans le classement de leurs personnalités préférées, où n'ont figuré, au cours des dernières années, que deux vrais "pauvres" : l'Abbé Pierre et Soeur Emmanuelle. Il est vrai aussi que la plupart des superstars prennent soin de venir régulièrement, sur les plateaux de télévision, dénoncer la misère du monde et en fustiger les injustices.

 

Que rajouter à ça ?

Trackbacks

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Commentaires


On n'a pas besoin de la finance en France. Ces jeunes loups n'ont qu'à aller à Londres, tout y est plus rose dans cet univers libéral. Que le riches se retrouvent entre eux et épongent le désastre qu'ils ont causé.

Ecrit par : henri | mardi, 10 février 2009


Et oui, sur ce sujet il reste encore beaucoup de pédagogie à faire. C'est tellement facile de diaboliser le méchant capitalisme financier face au bon capitalisme d'entrepreneur...

Il y a du boulot, même des gens censés être intelligents n'y comprennent rien. On pouvait lire lors de la manifestations des profs de fac une banderole : "moins de traders, plus de chercheurs" !

En tout cas, moi je veux bien bosser dans la finance, même dans le back office (si tu as un plan !) du moment que ça paye mieux que prof !!!

Ecrit par : Emmanuel Boubacha | mardi, 10 février 2009


@ henri :
Mais vous avez raison : on n'a pas besoin d'entreprises en France. On n'a besoin que d'administrations publiques et d'aides sociales.
Que les êtres libres se retrouvent entre-eux ailleurs, les moutons seront ainsi bien gardés dans les frontières hexagonales.

Ecrit par : Landry | mardi, 10 février 2009


Landry, la France est en bien meilleure situation que le Royaume Uni. En bonne partie parce que nous avons moins d'inégalités chez nous. Nous devrions même plafonner les revenus salariaux au sein des entreprises pour que le salaire le plus haut soit maximum 20 fois supérieur au salaire le plus faible. Ainsi, nous n'aurions plus ces injustices criantes sous les yeux de dirigeants qui s'en mettent plein les poches sur le dos des SMICards.

Ecrit par : henri | mardi, 10 février 2009


Emmanuel et henri, vous montrez bien le malaise ambiant. D'un côté, des salaires trop bas et un manque de mobilité découragent les personnes qui ont une mission essentielle pour nous, l'enseignement et la recherche. Le système actuel les étouffe...au nom de l'égalitarisme sacro-saint du "service public".
De l'autre, une partie de la base fiscale qui permet de financer ce système moribond, les hauts revenus. Le système joue sur cet antagonisme largement développé par la gauche...et maintenent par la droite qui s'y met.

Ecrit par : Joe | mardi, 10 février 2009


henri, ta vision dogmatique va jusqu'à sacrifier les pauvres sur l'autel de la lutte contre les inégalités. Le recul de la pauvreté découle d'un enrichissement général qui profite entre autres aux plus riches. Tu es libre d'ignorer leur comportement ostentatoire, pas de refuser les bienfaits collectifs qu'entraine leur mode de vie, consommation, investissements, développement d'entreprise...
C'est dommage que tu sois autant aveuglé par cette rigidité idéologique.

Ecrit par : Aurelien | mardi, 10 février 2009


Très juste, par ignorance et parce qu’il est toujours plus facile d’accabler des boucs émissaires, nos politiques veulent jeter le bébé avec l’eau du bain !!

Il faudrait leur remettre en tête quelques fondamentaux sur cette crise,par exemple en lisant le document de l’AMAFI sur la « réforme du système financier mondial » qui dit notamment à peu près ceci (j’en résume quelques points):
• Que la cause immédiat de la crise se trouve dans des crédits hypothécaires à risque élevés qui ont été reconditionnés sous la forme d’instruments financiers de plus en plus complexes. Que si ces crédits hypothécaires ont été titrisés c’est pour pouvoir être sortis des bilans des banques prêteuses et leur permettre de continuer à financer l’économie …et non par soucis de spéculation !
• Qu’il s’agit d’abord, essentiellement d’une crise du crédit, … notamment du fait de l’addiction de l’économie américaine à l’endettement…voie dans laquelle les pays européens étaient en train de la suivre !
• Qu’il est absurde d’accabler les marchés financiers dans leur ensemble puisque dans le cas des produits en cause il n’était justement pas traités au sein d’un marché financier structuré, organisé, supervisé…il ne s’agissait que d’un reconditionnement de crédits classiques sous des formes complexes et illisibles, sans réelle confrontation d’offre et demandes (marché secondaire minuscule) pour pouvoir en assurer une valorisation cohérente, ni d’analyse financière fournie pour pouvoir en appréhender correctement le risque.
• Que les ventes à découvert, les paradis fiscaux ou encore les produits dérivés, ne sont certainement pas à l’origine de cette crise.

Que par soucis de morale, de justice, de solidarité ou d’équité on utilise la crise comme prétexte pour réviser certains aspects du fonctionnement des marchés financiers notamment pour en supprimer les abus et limiter les risques systémiques, pourquoi pas !
Mais, il faut le présenter comme cela et ne pas le faire en prétendant les punir d’une crise dont ils ne sont, à 99%, pas les fautifs ou pire encore en niant leur utilité !

Ecrit par : Nicolas007bis | mardi, 10 février 2009


E le mérite des Banquiers il est où ? Comment se fait ils que le secteur financier pompe à lui tout seul 5% / an de la production de la société, où est le travail fourni en échange ? Où est la valeur ?

http://creationmonetaire.blogspot.com/2009/02/ou-va-largent.html

Ecrit par : Laborde Stéphane | vendredi, 13 février 2009


Stéphane, il ne "pompe" pas, il "produit" de la richesse. Une banque conserve et rémunère l'argent des épargnants qui veulent bien le lui confier. Elle propose des crédits qui ont une grande utilité économique. Elle conseille, oriente et intermédie dans les opérations qui impliquent des mouvements de capitaux. Tu es libre de ne pas donner d'argent pour ces services. Mais en général, leur utilité est telle qu'on s'adresse tout de même aux banques. Librement.

Ecrit par : Aurelien | vendredi, 13 février 2009


Tu te limites à une vision relative et locale du problème, tu oublies encore une fois la partie "globale".

Si l'ensemble du système monétaire peut créer 100 x la masse monétaire réelle (principe du ratio d'expansion du crédit), alors ce même argent gagé à 1% d'intérêt / an, lui rapporte la totalité de la masse monétaire disponible / an !

Pour quel travail fourni ? Ca n'a aucun sens !

Il faut interdire les réserves fractionnaires > 1 ! Les Banquiers ne travaillent pas plus qu'un agriculteur qui le nourrit, et gagnent 100x 1000x plus, c'est n'importe quoi !

Ecrit par : Laborde Stéphane | vendredi, 13 février 2009


La question des réserves fractionnaires est un sujet à part entière. Quelle que soit ta réponse, il n'enlève rien à l'utilité de la banque et à son rôle dans le fonctionnement de l'économie.

Enfin, ce n'est pas la quantité de travail qui a une valeur, mais ce qu'autrui veut bien accorder de sa propre richesse pour les services d'autrui. Un avocat d'affaires, un footballeur, un peintre ou un publicitaire créatif peuvent gagner des sommes très élevées, bien plus élevées que les banquiers parce que des clients sont prêts à payer pour leurs services. La banque fonctionne de la même manière.

Ecrit par : Aurelien | vendredi, 13 février 2009


Même certaines collectivités locales se mettent à cracher sur la finance !

Voir l'exemple du conseil régional des Pays de la Loire, et la réaction du PLD 44:
http://pld44.blogspot.com/2009/02/une-publicite-irresponsable.html

Ecrit par : Emmanuel Boubacha | samedi, 14 février 2009


Effrayant de bêtise !

Ecrit par : Aurelien | dimanche, 15 février 2009

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