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vendredi, 30 janvier 2009
Peut-on sauter librement ?
Avons-nous le droit de nous mettre en danger, de pratiquer des activités dangereuses, même en prenant toutes nos précautions ? Y a-t-il un risque pour autrui ? Ce débat a été au coeur d'une affaire aux Etats-Unis, dans l'Etat de New York.
Il s'agit de l'histoire d'un sportif de haut niveau (au sens propre comme au sens figuré) qui connaît des soucis judiciaires depuis 3 ans pour avoir tenté de sauter (avec un parachute) du 86eme étage de l'Empire State Building en avril 2006 avant de se retrouver menotté par un policier. Jeb Corliss est une star du "base jump", cette forme extrême de parachutisme qui démarre par un saut (acrobatique pour les meilleurs) d'une tour ou d'une falaise. Après cette performance interrompue, la société Empire State Building & Co a demandé $ 12 millions de dommages à Corliss pour mise en danger d'autrui et dégradation de l'image du site. Réponse de l'intéressé qui n'a pas froid aux yeux : il demande $ 30 millions pour emprisonnement illégitime et diffamation. Un peu tête brûlée, le garçon. Certes, un forum de parachutistes juge assez mal la personnalité de Jeb Corliss dans l'ensemble : névrotique, instinct morbide, etc. Est-ce une raison pour condamner cet audacieux jeune homme pour ses exploits ?
Les deux poursuites de l'Etat de New York reposent sur une "mise en danger imprudente" (3 à 7 ans de prison), et sur les risques qu'il a fait encourir aux vigiles et policiers qui ont tenté de l'empêcher de sauter (en effet, j'aurais pour ma part été incapable d'escalader la rambarde comme eux pour l'attraper au bord du vide, rien que d'y penser j'ai des frissons). Une première décision de la Cour Suprême est tombée en avril 2008. Elle établit que le 1er amendement protège le droit de sauter de l'Empire State Building avec un parachute : "while dangerous and ill-conceived, does not rise to the level of depraved indifference", it is a "constitutionally protected freedom of expression." On est rassurés sur cette conception de la liberté. Sachez donc que vous pouvez sauter d'une tour si vous vous préparez bien. Sachez aussi qu'une loi a été passée par l'Etat de New York pour interdire ce type de saut qui ne relève donc plus de ce "constitutionally protected freedom of expression." Action-réaction. Y aura-t-il appel de cette décision qui vient contredire celle de la Cour Suprême ?
Il faut en tout cas savoir qu'un tel saut ne s'improvise pas. Il exige de parfaitement connaître les courants aériens des rues alentours, les traits
de la circulation et tous les paramètres qui entrent en jeu pour réaliser pareil exploit. Et je ne parle pas de la forme physique ! Jeb, avec plus de 3.000 sauts de b.a.s.e à son actif et une très grande maîtrise technique, est un expert. Plutôt que de chercher à interdire ce sport dans nos tours à ses pratiquants les plus experts, pourquoi ne pas le légaliser dans un cadre approprié, comme Kuala Lumpur l'a fait au point d'en faire un vrai business. Il est vrai que l'un des rares parachutistes de b.a.s.e à avoir sauté de l'Empire State Building est mort en 1999 après un saut en Norvège, son dernier. Il y a parfois un saut de trop, et celui-ci est alors un danger pour autrui. Est-ce suffisant pour interdire ces pratiques lorsqu'elles sont réalisées par des pros en prenant les précautions nécessaires ? Faut-il interdire les prises de risque personnelles, volontairement consenties ? Où placer le curseur entre l'alpinisme, sport meurtrier, et le ping-pong (sauf à tomber sur un pongiste violent). La culture du risque zéro gagne un peu plus nos sociétés ainsi aseptisées.
Juste pour le plaisir, je vous propose à nouveau cette vidéo de ses exploits :
18:47 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : base jump, corliss |
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Commentaires
intéressante réflexion. Mais le problme n'est pas vraiment s'il faut laisser les gens prendre des risques (là tu as raison on est menacé par la culture du risque zéro), mais de savoir si on veut leur laisser en assumer pleinement la responsabilité.
La question se pose avec le ski hors-piste : laisses t on les gens en faire ? Et s'ils se blessent, les laisse t on mourir ? non bien sûr.mais ça veut dire qu'il n'assume pas le risque, car c'est la collectivité qui va payer pour eux.
Le plus cohérent serait de dire responsabilité = assumer derrière. Donc on va les sauver, mais ils payent.
Écrit par : LOmiG | vendredi, 30 janvier 2009
Il me semble que dans de nombreux pays, les secours envoient leur facture aux assistés qui, en général, se sont assurés pour leur sport. Le b.a.s.e est couvert par la Fédé de parachutisme qui prend les frais de secours à sa charge.
Écrit par : Aurelien | vendredi, 30 janvier 2009
Déjà, je pense que le base jumper devrait rémunérer le propriétaire de l'Empire State Building (public ou privé) pour l'utilisation qu'il en fait. L'Empire State Building est ouvert par son propriétaire uniquement pour des "visites" simples, l'utiliser pour faire autre chose contrevient au contrat (non-écrit) passé avec le propriétaire.
En faisant du base jump, on fait courir un risque significatif aux autres individus (les passants dans la rue). Il y a deux visions libérales qui s'opposent : soit l'Etat règlemente la société pour protéger les individus d'un trop grand risque que leur feraient courir leurs concitoyens, soit on laisse faire (rouler à 250 km/h sur la route par ex.) et on fait assumer une totale responsabilité aux coupables en pensant que ça sera dissuasif (avec le problème qu'on ne peut pas indemniser quelqu'un qui s'est fait tué par un chauffard). Je crois que les différents Etats placent le curseur différemment selon les pays, c'est à l'assemblée démocratiquement élue de décider en fonction de la préférence majoritaire de leurs citoyens...
Écrit par : Philippe B | vendredi, 30 janvier 2009
Là, c'est carrément le droit de se suicider !
Écrit par : Joe | samedi, 31 janvier 2009
salut Aurélien,
oui si les gars sont assurés comme il faut, effectivement, ça ne me pose aucune problème...!
la seule chose importante ici pour moi est la responsabilité : chacun a le droit de prendre des risques, mais pas de demander aux autres de les assumer à sa place...
à bientôt
Écrit par : LOmiG | lundi, 02 février 2009
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