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vendredi, 09 janvier 2009

Le Hamas, plaie du monde arabe mais acteur incontournable

Bande Gaza.jpg

Le conflit israélo-palestinien est à nouveau en tête de l’actualité, faisant un peu oublier aux consommateurs français la crise. Ils constatent ainsi qu’il y a pire qu’une récession : la guerre et le fanatisme. Et même si ces malheurs nous touchent parfois de près, notamment lorsqu’une manifestation parisienne de soutien à Gaza attire entre 20.000 et 25.000 personnes et dégénère avec une violence inouïe, notre proximité avec cette guerre à mort entre voisins qui habitent respectivement un petit lopin de terre, la bande de Gaza, et un pays minuscule, Israël, reste superficielle. Cela ne nous interdit pas de tous être extrêmement divisés sur ce conflit. Pour gâcher une soirée, il suffit de lancer le sujet entre le plat et le fromage. Bien qu'aucun des invités ne soit israélien ou palestinien, que personne n'ait jamais mis les pieds dans la région, vous êtes asuré de voir l'ambiance se dégrader rapidement. D'autres conflits meurtriers ont lieu ailleurs dans le monde. Rien n'y fait, aucun ne suscite autant de passions que celui-ci. Deux religions sont nées, les pro-israéliens et les pro-palestiniens. Les rares aventuriers qui tentent de construire des ponts entre les deux camps ne peuvent attendre que des scuds de toutes parts. Et pourtant, ce sont eux qui ont permis les plus grandes avancées entre Israéliens et Palestiniens.

 

Comment ne pas avoir mal pour ces populations qui sont empêtrées dans un conflit dont personne ne voit l'issue ? Il y a trop de haine accumulée entre Gazaouis et Israéliens. Comme le raconte l’éditorialiste du Financial Times, Gideon Rachman, des Palestiniens de Gaza éduqués dans des facs étrangères, ouverts d’esprit et qui n’ont rien d’islamistes finissent par soutenir le Hamas et son action suicidaire : « Because every day, the Israelis find a different way to say ‘fuck you'. By voting for Hamas, I’m saying ‘fuck you back' ». Les Palestiniens de Cisjordanie, bienheureux de ne pas subir le cauchemar de Gaza pris entre l'enfer du Hamas et les assauts des Israéliens, se sentent tout de même solidaire de leurs cousins, à l'instar des populations des pays voisins qui voient dans ce combat un exutoire à leur propre condition.

 

Un tel conflit n’a plus rien de rationnel. Remontant à plusieurs décennies, les haines sont dorénavant profondément ancrées dans les coeurs des deux camps et engagent le monde entier. La Palestine consiste en deux zones distinctes et minuscules, sans statut, dominées par deux autorités et ravagées par les années de corruption d'une OLP qui ne s'est jamais intéressée à la vie des Palestiniens, ni ne s'est jamais occupée de développer l'activité locale pour améliorer les conditions de vie des populations. Le conflit entre le pays reconnu mais honni par la communauté internationale, Israël, et les limbes palestiniens, isolés dans leur malédiction, n'est jamais parvenu à sortir de l'ornière. Même Al Qaïda a longtemps négligé ce conflit sans issue évidente et sans gloire, avant d'y voir un avant-poste de sa lutte contre l'occident. Difficile, dans ce contexte, de faire la leçon aux uns ou aux autres autrement qu’en touriste arrogant.

 

A titre personnel, je me sens proche d'Israël dont j'admire la pugnacité et le succès autant démocratique qu'économique. Cela ne m'empêche pas d'avoir un regard critique sur ses travers et ses erreurs, ni ne signifie pas que le sort des Palestiniens m'indiffère, loin de là. Je constate avec tristesse que les dirigeants palestiniens successifs se sont toujours égarés dans la corruption et dans l'opposition stérile, n'hésitant pas à mener leur peuple au désastre pour servir leur propre image et faire durer le conflit. Mahmoud Abbas étant peut-être le dirigeant le plus fiable, il est d'autant plus dommage qu'Israël ne puisse s'engager davantage avec lui en marginalisant simplement le Hamas. Mais le Hamas, nous le constatons aujourd'hui, ne se laisse pas marginaliser facilement. Très actifs dans les négociations de paix, l'Egypte, le Qatar ont régulièrement manifesté leur bonne volonté pour faciliter ce rapprochement et isoler un peu davantage le Hamas. N'oublions jamais que le Hamas est un parti de bourreaux fanatiques qui n'a pas hésiter à faire amputer tous les militants du Fatah en leur tirant une balle dans une jambe lorsqu'il a pris le pouvoir après avoir instrumentalisé le désespoir d'une population à bout de force. Son meilleur allié dans le monde arabe, c'est le désespoir des peuples. Ses réserves sont infinies.

 

Mais en réagissant avec une extrême violence, même légitimement, Israël joue avec le feu, quoi qu'en pense Bernard-Henri Lévy dont j'apprécie habituellement les positions. Certes, aucun pays ne peut tolérer de vivre dans la peur permanentes des roquettes et des attaques aveugles. Mais aucun pays ne devrait réagir en négligeant les 3 questions suivantes :

  • la riposte assurera-t-elle sa sécurité future ? Rien ne dit que le carnage à Gaza stoppera la tendance suicidaire de sa population qui se meurt chaque jour un peu plus, notamment depuis le blocus quasi total par Israël et la communauté internationale. Lorsqu'on ne vit que suspendu aux couloirs humanitaires et aux tunnels meurtriers, comment ne pas sombrer dans le nihilisme total ?
  • le risque d'un échec ne menace-t-il pas son image d'invincibilité ? Après l'expérience cuisante du Liban, un nouvel échec ouvrirait la porte au déchainement des ennemis d'Israel et de l'occident (qui, quoi qu'on pense d'Israël, sont les mêmes). Ce conflit cristallise un conflit entre l'occident laïque et développé d'une part, et un monde arabo-musulman écartelé entre ses traditions et  la réalité du monde actuel, pénalisé par la corruption de ses dirigeants. Si l'ennemi israélien se révèle faillible, au terme d'un conflit qui tourne mal, il ne faut pas exclure une véritable déflagration sociale dans la région.
  • le soutien international, et notamment américain, perdurera-t-il ? La crise fait évoluer les priorités des pays occidentaux, comme elle fait évoluer celles des pays du Golfe. L'élection d'Obama pourrait modifier la donne, même s'il a manifesté des signes de bonne volonté à l'égard des organisations juives américaines au cours de la campagne. Il sait aussi qu'Israël est autant l'amortisseur que le catalyseur des fanatismes qui prospèrent au moyen-orient. Il est probable que la conscience qu'Obama a de la question explique son évolution récente.

 

Malgré mon scepticisme sur l'efficacité d'une action d'une telle ampleur contre la bande de Gaza, je ne peux pas me sentir solidaire des manifestants qui associent Israël à une dictature génocidaire,  comme Hugues le raconte :

Samedi, j'irai défiler contre le bombardement de Gaza. J'essaierai tout de même de me tenir à l'écart des types qui hurlent « Mort aux juifs ! »

 

Mais je ne peux me sentir indifférent face aux menaces que la riposte israélienne, d'une extrême violence, fait peser sur Israël, sur les régimes fragiles qui  l'entourent ainsi que sur l'occident que la mondialisation rend encore plus solidaire du Proche-Orient qu’auparavant.  Pour les régimes arabes, c'est une situation dangereuse. Ils savent le Hamas terriblement nocif, mais aussi leurs populations locales très remontées, au bord de l'explosion.  Elles ont trop longtemps subi leur dictature et leur corromption sans réagir, et voient donc là une occasion de reprendre la main et de déstabiliser leurs gouvernants, éventuellement de les renverser si le vent souffle dans leur sens. Le Hamas est donc devenu le héraut de tous les humiliés, de tous les brimés qui n'ont pu bousculer leur régime solidement verrouillé jusqu'ici.  Héraut manipulés par les pires extrémistes qui tentent de déclencher un conflit de civilisation. L'instinct de mort du Hamas risque bien susciter la même attirance pour la terreur chez ces populations qui se sentent abandonnées de tous.

 

Nicolas Sarkozy a tenté un pari audacieux en réintégrant la Syrie, acteur clef du conflit, à la communauté internationale. Bachar el-Assad peut instrumentaliser ce conflit contre Israël comme son pays l'a toujours fait jusqu'ici, ou au contraire faire le pari de devenir un pomoteur de la paix pour bénéficier à terme de ses bienfaits sociaux et économiques. Une deuxième clef, c’est Mahmoud Abbas. Sa haine du Hamas est sans doute aussi forte que celle d’Israël. Mais il sait l’avenir de la Cisjordanie (et le sien) du côté de la paix. L'opposé de la voie du Hamas. Israël fera-t-il les efforts nécessaires pour avancer dans le processus de paix avec la Cisjordanie et consolider la paix sur cette frontière ? L'agitation de Nicolas Sarkozy, parallèlement à l'action de l'Europe, n'est peut-être pas la meilleure idée du moment. La gravité et la complexité de la situation exigent beaucoup de finesse, de fermeté...et de coordination ferme des grandes démocraties. Jouer solo peut déclencher des réactions dangereuses dans cette poudrière.

 

Le plus difficile à encaisser, c'est d'admettre que la paix passera par la négociation et la reconnaissance implicite du Hamas, mouvement terroriste ou non. L'embargo total et aveugle ne peut qu'amener du sang et des larmes, bloquer tout processus de paix. Je me permets de ressortir ce vieux poncif, les armes nourrissent avant tout la haine. Seule la patiente négociation fait avancer la paix. L'équilibre entre l'autodéfense et la recherche d'une sortie de ce conflit est certainement le sujet le plus complexe au monde actuellement. Le prix à payer, pour progresser vers la paix c'est de savoir ravaleur sa rancoeur, de savoir être ferme contre la tentation belliqueuse de son propre camp. C'est ce choix douloureux que semblait avoir fait Ehud Olmert  avant que ses ennuis ne le fassent tomber. Qui sortira vainqueur du prochain scrutin en Israël ? En tout cas, le prochain leader devra assumer le fait qu'il lui faudra se faire beaucoup d'ennemis pour faire avancer un processus de paix aussi difficile.

 


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23:05 Publié dans Dans le monde | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : palestine, gaza, israel | | | Digg! Digg |  Facebook

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Commentaires


"Si j'étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C'est normal; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l'a promise, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre dieu n'est pas le leur.
Il y a eu l'antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute ? Ils ne voient qu'une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient-ils accepter cela ?"

C'est Nahum Goldmann qui m'a cité dans "Le Paradoxe Juif", page 121

Écrit par : Ben-Gourion | samedi, 10 janvier 2009


Aujourd'hui, 100.000 manifestants à Paris, des dizaines de milliers d'autres partout en France contre l'offensive meurtrière israélienne à Gaza. C'est un succès qui doit montrer à Israël qu'il faut arrêter ce génocide.

Écrit par : henri | samedi, 10 janvier 2009


@ Henri

Savez-vous ce que vos dire le mot "génocide"?

Écrit par : Mateo | samedi, 10 janvier 2009


"veut", pas "vos", évidemment…

Écrit par : Mateo | samedi, 10 janvier 2009


henri, je ne suis pas sûr que le succès ou non d'une manifestation permette de juger du sentiment général en France. La France est-elle vraiment légitime pour donner des leçons de morale aux Israéliens, ou aux Palestiniens, alors qu'elle ne parvient pas à résoudre ses propres problèmes domestiques ?

J'ai le sentiment, dans cette crise, que les territoires palestiniens ont perdu leur homogénéité. Malgré l'écartèlement de nombreuses familles palestiniennes entre ces deux territoires, Gaza et la Cisjordanie ont de moins en moins de raison de s'associer pour chercher à former un seul pays.

Écrit par : Aurelien | dimanche, 11 janvier 2009


Quand le Grand Rabbin de France dit que sa "compassion va aux civils palestiniens", je trouve ça courageux. J'aimerais que des Imams aient dit la même chose pendant les huit années pendant lesquelles des milliers d'obus envoyés de Gaza sont tombés sur le sud d'Israël où la population a appris à vivre dans des abris.

Écrit par : David91 | lundi, 12 janvier 2009


oui david 91.
c'est courageux de la part du rabbin Bernheim de penser au 900 victimes palestiennes et autant de veuves et d orphelins.
c'est juste normal de la part d'un etre humain normalement constituer.
de plus,ce n est pas un probleme religieux mais politique.
il y a des palestiens de confessions chreteinne tu vas de mander un communiquer du pape.
L etat d israel bafoue tous les droit internationnaux et moi en tant que liberal je defend le droit.
farid.

Écrit par : farid | lundi, 12 janvier 2009


Farid, Israël riposte très durement au Hamas parce qu'il pense qu'avec ce type d'organisation, il faut se faire craindre et cogner fort. Tu remarques qu'aucun obus ne tombe du Liban depuis sa riposte, censée être ratée, contre le Hezbollah. Il y a peu d'attentats suivcide sur le sol israélien même. bref, on ne peut pas réellement parler d'échec pour le moment.

Et le Hamas, comme le Hezbollah, sont franchement dangereux pour tous, et pas seulement Israël. Notamment le monde arabo-musulman que des mouvements comme le Hamas déstabilisent. Le Hamas a tout de même fait un putsch dans la bande de Gaza en prenant le pouvoir militaire de force à l'exécutif palestinien de Mahmoud Abbas, en faisant amputer d'un membre la plupart des militants du Fatah (je parle de ceux qui ont survécu ou qui ne sont plus dans les geôles du Hamas), a violé la trève et n'a pour seul but que de semer la confusion dans le monde arabe pour diffuser son idéologie totalitaire. Les dirigeants arabes savent que la démocratisation de leur pays, sans libéralisation réussie de l'économie amnenant une forte croissance et une amélioration des conditions de vie générales, risque d'amener des islamistes au pouvoir, portés par une rancoeur populaire bien exploitée. Le Hamas joue pleinement de ce cercle vicieux.

Écrit par : Aurelien | mardi, 13 janvier 2009


d accord avec toi aurelien.le hamas ,tu l auras remarquer que c est pas ma tasse de the.
mais faisons de la science fiction.
le hamas n existe plus;
il y a 200 000 colons.les accords internationnaux ne sont toujours pas respecter,les check point toujours d actualiter.
et puis est ce que cela justifie un tel carnage.
farid

Écrit par : farid | mardi, 13 janvier 2009


Il n'y a plus aucune colonie dans la bande de Gaza, mais je t'accorde que le retrait des colonies de Cisjordanie s'impose. En tout cas, le Hamas de Gaza n'est pas concerné. Les check-points sont criticables, ils permettent à Israël de ne plus subir d'attentats suicides sur son territoire.

Je partage avec toi cette compassion pour les populations palestiniennes à Gaza. Ce carnage est hélas le propre d'une guerre urbaine. Lorsqu'on retrouve des lance-roquette dans des mosquées et des dispensaires, difficile d'avoir des combats "propres". C'est absolument déplorabl;e d'en arriver là.

La responsabilité est-elle celle de la communauté internationale qui a déclaré que le Hamas était un groupe terroriste avec lequel il fallait cesser tout lien, engendrant un embargo général poussant les Gazaouis à bout ? Est-ce celle du Hamas qui a tué et torturé l'opposition du Fatah et continué à bombarder d'obus Israël ces 8 dernières années en cherchant manifestement le condflit armé ? Les civils sont toujours les otages des militaires, du Hamas ou Israéliens.

Ce que je regrette, c'est que quand des pouvoirs arabes tuent d'autre arabes, aucun musulman ne se plaint. Quand Israël rentre en jeu, les manifs ont lieu partout. Il y a deux poids deux mesures. Cela montre qu'il s'agit d'une question d'estime de soi du monde arabo-musulman qui est à la croisée des chemins dans la mondialisation actuelle. J'ai une grande estime pour le Qatar, par exemple (Et sa chaine de télévision, les débats qu;il organise,...). Et leur position est souvent assez juste.

Écrit par : Aurelien | mercredi, 14 janvier 2009

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