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mardi, 23 décembre 2008
Concours de Ponzi : le vainqueur est...
...le système de retraite par répartition. La croissance constante de la dette publique figurait aussi dans cette catégorie, mais ses proportions moindres ne l'ont pas fait monter sur la plus haute marche du podium. Contrairement à l'escroquerie de Charles Ponzi, notre système de retraites a été mis en place avec le soutien des autorités publiques en France, et il est obligatoire. Les montages pyramidaux comme celui de Madoff, eux au moins, s'adressent à des investisseurs consentants. La manipulation est donc légale et (un tout petit peu) plus transparente. Au lancement de la répartition, pour bénéficier des cotisations des actifs (jusqu'à 65 ans) et compte tenu de l'espérance de vie (70 ans) il vallait mieux avoir une profession qui offrait l'espérance de vie la plus élevée (autant dire ni dans l'industrie, ni dans le BTP) pour bien vivre vieux sur le dos de ceux qui cotisaient en ayant le moins de chance d'en profiter. Quelques régimes (très) privilégiés spéciaux se sont vite mis en place dans la fonction publique, mais financés par les contribuable bien plus que par les cotisants eux-mêmes.
Hélas, les progrès de la médecine et l'amélioration de notre qualité de vie nous ont permis de vivre de plus en plus vieux, menaçant progressivement la chaîne entière. Surtout, l'évolution de la pyramide des âges a tout bousculé. Aujourd'hui, nous ne sommes pas loin de la berezina du type Madoff. Surtout sachant qu'on a doublé ce mécanisme de répartition avec un financement de l'assurance maladie sur un modèle proche. Cette année, le "trou" serait entre 15 et 20 milliards d'euros, une broutille qui ne devrait cesser de croître d'année en année.
Bref, l'envergure du régime est restée longtemps modeste, et le baby boom d'après-guerre a constitué le mécanisme de croissance idéal pour ce type de pyramide Ponziesque. Bref, personne n'a vu la perversité du système jusqu'aux années 80. C'est alors devenu la bombe politique. Car comme on le voit avec la fraude de Bernard Madoff, le plus difficile (et le plus douloureux), c'est la sortie de la spirale infernale. Pour être cllair, tous les derniers entrants l'ont (ou vont l'avoir) dans l'os.
Etonnamment, il semble que les Etats-Unis ont été les premiers à instaurer une retraite par répartition obligatoire et généralisée, lors du New Deal de Roosevelt. La France ne l'a mise en place que sous Vichy, principe validé et renforcé après la seconde guerre mondiale. Les marchés financiers et assurantiels ne permettaient alors peut-être pas d'offrir des produits diversifiés et sans frais importants à tous comme dans les décennies qui ont suivi. Le système mutualiste existait pourtant bien à cette époque. Le système de la réparition est donc simple, aussi simple que les escroqueries de base : tous les actifs entrants cotisent pour les sortants. Mais contrairement aux arnaques, les cotisants perdent de l'argent tout au long de leur vie (avec une accélération lors des ajustements imposés au cours du déclin du système) au lieu de se voir promettre des gains faramineux rapidement intenables. Au lieu de constituer une bulle qui éclate rapidement, elle peut durer plusieurs décennies avant d'atteindre ses limites.
Illustration : imaginons un retraité qui a gagné 1.000 euros par mois pendant 40 ans et cotisé tout au long de sa carrière à inflation nulle. Avec une somme de cotisations sociales salariales et patronales de 350 euros mensuels, il aura cotisé 168.000 euros au total (350 X 12 X 40). Ces sommes seraient devenues 323.000 euros si elles avaient été placées mensuellement à un taux de 3 % (sur 40 ans, ces chiffres restent des hypothèses, certes, mais des hypothèses réalistes; j'attends une approche actuarielle plus fine si un volontaire se manifeste), ou 411.965 euros avec 4 % de taux moyen. Avec la répartition, il n'aura droit qu'à 50 % de la moyenne de ses 25 meilleures années, soit 500 euros par mois jusqu'à la mort. Rien ne sera légué à ses hypothétiques héritiers. Alors qu'en ayant capitalisé ses cotisations, et en ne touchant qu'aux intérêts (toujours 3 %) de ses 323.000 d'épargne finale, il gagnerait 800 euros mensuels sans grignotter son capital transmissible à ses héritiers. Ou avec ses 411.965 euros, sa rente mensuelle atteindrait 1370 euros environ à 4 % !
Celui qui gagne 1000 euros par mois et cotise pendant 40 ans aura perdu bien plus que 300.000 de capital, et sa rente sera 30 à 60 % plus faible que s'il avait capitalisé ses cotisations. Et ceux qui cotisent pour ce système ne sont pas sûr qu'il restera suffisamment de cotisants le jour où leur tour viendra. Voilà pourquoi la fameuse "solidarité intergénérationnelle" est aujourd'hui de plus en plus fragile. Tout ça à cause d'une arnaque à la Ponzi qui remonte à 60 ans en arrière, dont les jours années sont comptées mais qui reste obligatoire.
13:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : ponzi, madoff, retraites, repartition |
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Commentaires
Je ne peux que conseiller le dossier de Vincent Bénard sur les retraites: http://www.objectifliberte.fr/2008/04/la-retraite-p-2.html
Il y compare différents systèmes: le système par répartition actuel, le système par répartition "à points" et le système par capitalisation. Et comme on peut l'attendre de Vincent Bénard, le tout chiffres à l'appui (même si j'obtiens des résultats légèrement différents des siens).
Un must pour tout comprendre sur les retraites!
Écrit par : Mateo | mardi, 23 décembre 2008
La différence entre le système de retraites par répartition et un Ponzi scheme, c'est que dans le premier cas personne n'y gagne rien ! Au moins, dans le second, l'arnaqueur gagne tant qu'il n'est pas pris !
Écrit par : Rubin | mardi, 23 décembre 2008
Les partenaires sociaux sont les grands gagnants de la retraite par répartition. Gros budget, personnel important et, en m'avançant un peu, blocage important au développement du capitalisme en France. Si les Français suivaient tous leur portefeuille en vue de leur retraite, leur culture économique serait nettement meilleur ;o)
Écrit par : Aurelien | mardi, 23 décembre 2008
Donc, lorsqu'on rentre dans la vie active, on devient du même coup partie prenante d'une pyramide de Ponzi.
Il faut donc avoir une intégrité douteuse pour rentrer comme un seul homme dans la vie active !!!
Écrit par : Josick d'esprit agricole | dimanche, 11 janvier 2009
La solution au trou de la sécu et au problème du paiement des retraites : des obligations d'Etat pour des paiement en monnaie de singe, en argent de Monopoly...
C'est l'analyse de Charles Gave ici reproduite http://www.jpchevallier.com/article-26828771-6.html#comment36257852 .
Extrait : "Dans tous nos systèmes sociaux en Europe (à l'exception de la Suède et de la Grande-Bretagne), il existe une vraie bombe à retardement : les retraites à verser dans le futur et pour lesquelles aucune provision n'a été faite. Pour la Grèce, le montant est d'environ 8 fois le PNB, pour la France, l'Espagne, l'Allemagne, nous en sommes entre 4 et 5 fois les PNB sous-jacents. Tant que la population au travail croît, cette notion reste purement comptable. Quand la population au travail ou en âge de travailler se met à baisser, ce qui était un problème comptable devient un problème de cash-flow. Où trouver l'argent pour payer ces retraites ? En émettant des obligations, bien sûr !"
"Résultat : pour des raisons cycliques et structurelles, les émissions d'obligations d'Etat vont exploser dans les années qui viennent... leur cours va donc baisser. Ces retraites vont bien entendu être payées, le contraire est impensable. Mais, comme l'a fort bien dit Rueff, elles vont être payées en monnaie de Monopoly."
Ou comment "sortir" crânement d'une pyramide de Ponzi...
Écrit par : Josick d'esprit agricole | samedi, 17 janvier 2009
L'équation des retraites repose sur 3 paramètres : la durée de cotisation, leur montant et le montant des retraites versées. Les deux inconnues sont le nombre de cotisants et le nombre de bénéficiaires. Avant de devoir emprunter le fameux trou, les cotisations vont probablement augmenter, sur une durée plus longue, et nos retraites diminueront. Progressivement afin d'ébouillanter les Français qans qu'ils s'aperçoivent que la température monte.
Indépendamment des retraites, les emprunts publics vont doubler en 2009 par rapport à 2008. Cette tendance inflationniste va vite atteindre sa limite.
Écrit par : Aurelien | dimanche, 18 janvier 2009
Pour un système de retraite par répartition, chaque nouveau retraité doit être perçu comme une charge et chaque décès d'un retraité comme un soulagement.
Quelle considération humaine !!!
Écrit par : Josick d'esprit agricole | samedi, 24 janvier 2009
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