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mardi, 09 décembre 2008

Flagrant délit de dé(sin)formation

Liem.jpgUn débat sur le plan de relance m'a fait croiser le fer, hier, avec l'économiste Liêm Hoang-Ngoc, membre du conseil national du PS et tendance Benoît Hamon. Ce maître de conférence est l'auteur de "Sarkonomics", pamphlet virulent dans lequel il dénonce l'ultra-libéralisme de Sarkozy, prétendûment adepte forcené du reaganisme (les clichés ont la vie dure au PS). J'avais déjà eu l'occasion d'entendre cet adversaire coriace au cours de débats autour de l'économie. Je n'avais pas souvenir d'une telle capacité à manipuler et à déformer les concepts avec autant de virtuosité. Dans cet affrontement avec l'apôtre de l'impôt et du tout-Etat, nous n'étions d'accord sur rien. Nicolas Bouzou, économiste libéral également présent, ne semblait pas non plus partager beaucoup d'avis avec lui.

 

Au cours du débat, Nicolas Bouzou et moi-même avons été surpris par cet argument percutant et sonnant faux : l'analyse de l'OCDE sur le marché du travail montrerait, chapitre IV selon Liem, que la flexibilité du travail n'a aucun impact sur la croissance. Dans la confusion du débat opposant 4 intervenants sur une multitude de thèmes (52 minutes passent très vite; très très vite même), difficile (et inutile) de rebondir sur chaque propos choquant (dont le but recherché est d'engluer la discussion) de pareil adversaire si on veut progresser et ne pas subir le rythme.

 

Ce matin, je pars à la recherche de cette analyse de l'OCDE sur l'emploi et la politique du marché du travail (chapitre II, pas très grave). L'intro va effectivement (et étrangement) dans son sens alors que le contenu du chapitre défend le contraire. C'est subtil, mais efficace lorsqu'on a bien travaillé l'argument.

 

Intro :

Certains ont affirmé que seuls les pays qui mettent en oeuvre des politiques d’inspiration libérale (...prestations sociales limitées et ...réglementation peu contraignante) peuvent enregistrer simultanément de bonnes performances en matière d’emploi et une forte croissance de la productivité du travail, qui améliorent incontestablement le PIB par habitant. Cette affirmation n’est cependant pas corroborée par les données contenues dans le présent chapitre, où l’on constate que d’autres pays dont les performances en matière d’emploi sont bonnes (et qui associent des mesures d’incitation au travail énergiques à une protection sociale généreuse et à une réglementation bien conçue) ont enregistré, en moyenne au cours de la dernière décennie, une croissance de leur PIB par habitant du même ordre que celle des pays qui s’en remettent davantage au marché

Cette formulation ambiguë relativise le rôle de la protection de l'emploi en évoquant le recours aux "incitations au travail énergiques" et à une "réglementation bien conçue". Le détail va bien plus loin.

 

Développement :

La protection de l'emploi inciterait les salariés à déployer plus d'efforts pour leur entreprise mais :

  • Accroît les coûts des licenciements et fait augmenter par là même le coût d’une adaptation rapide lorsque apparaissent de nouvelles technologies (en particulier lorsque se diffusent de nouvelles technologies génériques et/ou dans les secteurs à faible intensité technologique, où leur adoption se traduit souvent par des réductions d’effectifs).
  • Fait obstacle à la flexibilité et ralentit le redéploiement des ressources en main-d’oeuvre vers les nouvelles activités à forte productivité.
  • Encourage l’inertie au travail (pas si motivés que ça, au final) en rendant plus difficile le licenciement pour insuffisance professionnelle.

 

La restriction sur les emplois temporaires incite les entreprises à former leur personnel (qui ne peut avoir recours à des compétences ponctuelles en fonction de ses besoins et de l'activité) mais :

  • Empêche les entreprises de s’adapter rapidement au changement technologique ou à l’évolution de la demande en redéployant leurs ressources en main-d’oeuvre vers de nouvelles activités à forte productivité.
  • Réduit les incitations des travailleurs à investir dans le capital humain pour échapper à la précarité de l’emploi.

 

En gros, on nous explique que la protection de l'emploi fige une économie en freinant l'adaptation à des secteurs à forte productivité, en protégeant "l'économie de rente", mais n'a pas d'impact clair global. A croire que le rédacteur du chapitre n'a pas lu les analyses qu'il présente. L'ensemble du document mérite une lecture soigneuse, ce qui n'interdira nullement aux antilibéraux primaires d'instrumentaliser les tournures floues en leur faveur.

11:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : liêm hoang-ngoc, bouzou, relance | | | Digg! Digg |  Facebook

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Commentaires


"ce qui n'interdira nullement aux les antilibéraux primaires d'instrumentaliser les tournures floues en leur faveur."

oui : ceux qui défendent bec et ongles une idéologie sans vouloir la confronter avec les faits prennent ce risque.

Écrit par : LOmiG | mardi, 09 décembre 2008


Rien que le fait que ce monsieur pense que Sarko a une politique (ultra-néo-méga-hyper) libérale le discrédite totalement.
Comment peut-on prêter attention à la suite de ses propos, après avoir sorti une telle énormité?

Franchement, j'ai envie de dire que même Chirac était plus libéral que Sarko (c'est pour dire!) tellement notre cher (de part ce qu'il va nous coûter) président est interventionniste, étatiste, dirigiste, collectiviste. Du pur anti-libéralisme conservateur "de droite" quoi, qui n'a rien à envier à l'anti-libéralisme de gauche tendance socialo-communiste….

Je n'arrive même pas à comprendre comment des gens "sérieux", certainement cultivés, arrivent à affirmer sérieusement et en public que Sarko a une politique libérale…

Savent-ils ce que les mots "libéralisme et "libéral" veulent dire? J'en doute fortement…

Écrit par : Mateo | mardi, 09 décembre 2008


Un antilibéral, membre du PS qui plus est, n'a que faire de nos idées je suppose. Il ne les aime pas et doit marquer des points dans un débat. Débacle financière du marché, politique néolibérale etc. Quelques mots qui percutent bien, c'est efficace et ça ne mange pas de pain.

Écrit par : Joe | mardi, 09 décembre 2008


Il faut accepter que le mot "libéral" soit simplement détourné de son sens véritable. Surtout qu'il ne s'agissait pas d'un débat entre experts mais d'un débat politique. L'objectif, pour Liem, consistait à dézinguer la politique de Sarkozy et, accessoirement, le néo-ultra-hyper libéralisme qui fait trembler dans les chaumières. Je n'étais qu'un obstacle accessoire dans son plan de tir. Et j'avais pour ma part autre chose à faire qu'à me justifier sur chacune de ses piques sur la main invisible et la faillite des marchés, je ne l'ai fait que deux ou trois fois au cours du débat pour ne pas me retrouver piégé.

Mon but était de mettre le doigt sur les dangers d'un plan de relance et de défendre en priorité les bonnes réformes. Je n'avais pas à défendre la majorité pour son plan, ni à défendre Liem et son altermondialisme.

Je ne suis pas aussi virulent que toi à l'égard de Sarko. Il est plus actif que Chirac, mais aussi plus ouvert au mouvement et au changement. Dans les mauvais choix, il est bien pire que Chirac (nouvelles taxes, Grenelle de l'environnement), mais dans les choix corrects, il est incomparativement meilleur. Bref, un personnage étrange vis-à-vis duquel il est difficile (et dangereux) de se positionner. Je préfère juger chacune de ses mesures.

Écrit par : Aurelien | mardi, 09 décembre 2008


Depuis 10 ans, l'OCDE n'est plus véritablement libérale ; en fait, les conclusions de ses études sont assez floues pour ne pas trop mécontenter ses pays membres (et payeurs), dont la France fait partie. En plus, il y a un biais de sélection des économistes vers le "pro-interventionnisme" car un partie des économistes sont français ou les autres sont des économistes qui "aiment" la France car ils ont bien voulu venir travailler à Paris. Enfin, il arrive que certaines études de l'OCDE soient moins libérales que d'autres, en fonction de la personne qui s'en occupe. Typiquement ''Perspectives de l'emploi'' est moins libérale que ''Perspectives économiques'' ou encore que les études-pays de l'OCDE.

Disons que le document de l'OCDE ne tire pas de conclusion claire. Il souligne cependant que les pays comme le Danemark ou la Suède peuvent s'en tirer pas trop mal, tout en ayant des niveaux d'indemnisations du chômage généreux, CAR l'indemnisation est couplée à un contrôle fort (et que la population scandinave est plus honnête que la pop. française). Si on adoptait leur système, cela serait déjà un progrès vers le libéralisme pour la France (responsabilisation des individus en particulier).

Il ne faut pas rejeter les études économétriques, les analyses empiriques et le pragmatisme. Un parti qui serait idéologiquement libéral serait une catastrophe. Moi je pense qu'il faut être pragmatique ; aujourd'hui le pragmatisme nous dit qu'il faut réduire le poids de l'Etat en France et converger vers le modèle canadien, irlandais, néozélandais, dans l ; cela serait déjà un énorme progrès et il se trouve que cela va dans le sens du libéralisme. Il n'y a pas de parti politique français qui propose de faire ça, il y a un énorme créneau pour le PLD (surtout dans 3 ans lorsque les pays libéraux iront mieux) ; inutile d'être extrémiste et idéologue : la solution libérale n'est pas toujours la meilleure.

Écrit par : Philippe | mardi, 09 décembre 2008


@ Aurélien

Désolé, mais NON, il ne faut plus accepter que le mot "libéral" ne soit galvaudé, vidé de son sens (et c'est un euphémisme).

Comment se revendiquer libéral si on accepte que ce mot soit devenu le synonyme du mal absolu sur Terre?

C'est à nous, libéraux, d'expliquer ce que le mot "libéralisme" veut dire, pas aux anti-libéraux de droite et de gauche.

Quant à Sarko, j'ai beau examiner ses propositions mises en pratique, je ne vois rien de libéral, ou alors de très très loin. Et encore, je n'ai même pas d'exemple qui me vienne en tête…

Peut-être qu'il est meilleur que Chichi dans ses choix corrects, mais j'ai bien du mal à en trouver.

Écrit par : Mateo | mercredi, 10 décembre 2008


@Mateo, tu ne m'as pas compris. La technique de débat, c'est de fixer l'adversaire sur la défensive. Une pique prend 5 secondes. Et pendant que tu défends tes valeurs pendant ton (court) temps de parole, sous les quolibets qui ne font que t'agacer, le débat a déjà décalé. Les auditeurs, qui se moquent de Keynes, du libéralisme ou du reste, retiennent que tu t'escrimes à parler de ton nombril libéral, en bon dogmatique, pendant que les autres parlent de l'actu et de leurs préoccupations concrètes.

En revanche, tu défends bien mieux tes valeurs en collant au débat, en glissant adroitement tes propositions et ta manière de voir les choses, et en plantant aussi des piques sur le dogmatisme qui nous a toujours mené à l'échec de l'adversaires. Les téléspectateurs retiendront que "le libéral" était bon, et que finalement, cette pensée n'est pas si mauvaise que ça.

Écrit par : Aurelien | mercredi, 10 décembre 2008


Je comprends très bien, mais tu peux tout à fait en une phrase dire quelque chose du genre "je crois que vous ne savez manifestement pas ce que le mot «libéralisme» veut dire, mais passons…" ou "si vous pensez que Sarkozy est libéral, c'est que vous ne savez manifestement pas ce que ce mot veut dire, mais bassons, ce n'est pas le sujet du jour…".

Je sais bien que tu n'as pas le temps de développer ce sujet lors d'un débat où tu n'as que quelques secondes pour répliquer. Mais il y en a marre de laisser les anti-libéraux "définir" (à leur façon) le libéralisme car sinon on devra se "cacher" encore pour longtemps.
C'est donc à chacun des libéraux s'exprimant en public de corriger, même brièvement, l'interlocuteur qui galvaude le mot "libéralisme". Si le temps est vraiment compté, répliquer à une affirmation péremptoire par une affirmation péremptoire et développer si on le demande.

Au passage, la nouvelle insulte à la mode en ce moment, c'est "capitaliste" (sic!)…

Écrit par : Mateo | mercredi, 10 décembre 2008


Comme tu le dis, il faut faire court et péremptoire.

Écrit par : Aurelien | mercredi, 10 décembre 2008


Bonjour Aurélien, je viens de voir l'emission. Bravo pour ta prestation digne et exemplaire, pas comme Monsieur PS.

Écrit par : Damien Peiffer | mardi, 23 décembre 2008


Aurélien : je viens de voir la vidéo et trouve que tu as été convaincant en ne te laissant pas désarçonner par Liem et M. Gréau qui ont tenté par moments de te disqualifier au seul motif que tu étais ouvertement libéral. C'est un problème quand des débatteurs pourtant eux aussi partisans (qui ne l'est pas en fait, à moins de n'avoir aucune valeur et/ou vision à défendre...) refusent d'écouter leur(s) contradicteur(s) du simple fait de leur étiquette, même si, cela dit, l'intelligence a prévalu dans cette intéressante confrontation d'idées sur la crise qui a permis à chacun de s'exprimer et d'être entendu. Pour moi, au hit parade de la pertinence des interventions : 1er toi, 2e N. Bouzou, 3e M. Gréau, 4e Liem (ce dernier étant trop animé par un désir de démolition idéologique)

Écrit par : Archilibéral | mercredi, 31 décembre 2008

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