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lundi, 01 décembre 2008

Le gouvernement français peut-il cesser de rembourser sa dette ?

Le titre est moins sexy que "La France en faillite ?". Mais il correspond bien au risque de voir l'Etat (l'administration, pas la nation) dans l'impossibilité de rembourser sa dette. Ce risque, même minime minime, existe bel et bien. Pas tout de suite, pas dans les prochains mois ou les prochaines années (sauf apparition d'un "cygne noir"). Mais notre génération a toutes les raisons de connaître un jour une crise de la dette publique. Pour le moment, ce sont des pays émergents comme l'Argentine, ou des petits pays comme l'Islande qui ont eu les yeux plus gros que le ventre, qui se sont retrouvés dans l'incapacité de rembourser leurs emprunts. Le risque se rapproche de nous avec l'apparition de problèmes de financement de membres de l'eurogroupe. Bref, nous pouvons trembler un peu quand même. Une émission sur France 5 rassemblait hier soir des personnalités aussi éminentes que Michel Rocard, Michel Pébereau, Laurence Parisot, Jean-Claude Mailly ou François Chérèque sur cette question qui fait peur. L'unanimité sur la solvabilité du gouvernement français dissimulait mal l'inquiétude. Bref, une vision d'ensemble moins rassurante qu'ils ne voulaient nous faire croire.

 

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Le risque de ne pouvoir rembourser des emprunts concerne d'abord les petits pays, davantage fragilisés par le retournement brutal de la conjoncture et l'aversion pour le risque des investisseurs. La défiance a renforcé le poids de la signature comme critère de sélection pour le crédit. Cette aversion pour le risque affecte aussi bien les banques et les entreprises que les Etats. Voilà pourquoi plusieurs fonds directement en prise avec ces questions ont pu constater que des pays de la zone euro comme l'Autriche, l'Irlande ou la Grèce avaient des difficultés à emprunter pour rembourser leur dette arrivant à échéance. Des pays plus importants comme l'Italie ont déjà dû reporter des émissions prévues de longue date. Très logiquement, les primes de risque se différencient de plus en plus d'un pays à l'autre au sein même de la zone euro. Bref, la situation des comptes publics des gouvernements emprunteurs commence à peser lourd dans la décision des acteurs financiers (voilà pourquoi les Etats feraient bien de bien réflechir avant d'en faire les bouc-émissaires de leur propre incurie). Alors certes, jusqu'ici, la France n'est pas vraiment touchée.

 

Mais alors, pourquoi se poser la question de la faillite aujourd'hui, après 34 exercices déficitaires ininterrompus ? Par souci pédagogique bien entendu, mais aussi parce que la faillite de gouvernements n'est pas si absurde que ça dans la conjoncture actuelle, même en Europe. Par conséquent, il est important que les Français comprennent les dangers que pose un endettement important :

  1. Effet d'éviction sur l'investissement privé. Les acteurs économiques ont une fâcheuse tendance à privilégier les placements peu risqués, le moins risqué de tous étant la dette publique des grands Etats encore jugés solides. Les acteurs privés qui veulent emprunter pour se développer doivent donc faire monter le prix de l'argent qu'ils sont prêts à payer pour attirer les capitaux à eux. Et malgré tout, les volumes ne suivent pas toujours la demande. Bref, le secteur privé paye indirectement l'endettement public au prix fort.
  2. Mise en danger des pays concernés. Lorsqu'un gouvernement ne parvient plus à rembourser sa dette, les citoyens le payent cher, très cher. Si l'invasion du pays qui ne remplit plus ses obligations par les créanciers (ou l'inverse) est passée de mode, la confiscation du capital  des ménages et des entreprises par l'Etat en détresse reste tout à fait d'actualité. Par ailleurs dans le cas de l'euro, les gouvernements n'ont pas la main sur une banque centrale complaisante prête à faire tourner la planche à billets pour créer de l'inflation (diminuer la valeur de la dette, remplir les caisses de l'Etat...de monnaie de singe). La communauté de l'eurozone risque au contraire d'exiger une reprise en main vigoureuse des comptes d'une brebis galeuse qui se trouverait en difficulté. Le FMI, à côté, c'est sans doute de la gnognotte. A moins que cette implosion d'un pays membre de l'euro ne le fasse voler. En tout cas, les critères de Maastricht vont enfin avoir du sens aux yeux des Européens jusque là sceptiques.

 

Quoi qu'en pensent certains économistes utilitaristes, l'endettement public est porteur de dangers. Surtout lorsqu'il est excessif. Il diminue le potentiel de croissance des économies (le fameux effet multiplicateur ne prend en compte ni le facteur "économie ouverte", ni les anticipations d'acteurs économiques lucides), ponctionne le contribuable actuel (paiement des intérêts de la dette) et futur (remboursement de la dette) pour un avantage limité, même si la notion "de dépense d'investissement" fait oublier le fait que l'essentiel de ces déficits part en gabegie courante et en investissements surtout utiles sur le plan électoral. Enfin, nous ne mesurons pas l'impact d'une faillite d'un pays membre de la zone euro sur ses autres membres. Sans doute en saurons-nous plus dans l'année qui vient si nous nous enfonçons dans la récession.

17:37 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires


Salut Aurélien,

Tu résumes bien la question. J'ajouterai que les "utilitaristes" que tu cites le sont nécessairement à courte vue, la "dette pour la dette" dévalue nécessairement la valeur des emprunts français !

Très heureux de t'avoir rencontré à la dernière RDB.
A+

Écrit par : Rubin | lundi, 01 décembre 2008


Moi aussi, Rubin, En attendant la prochaine rencontre ! Je suis allé voir le sie de Mathieu L., pas mal du tout.

Écrit par : Aurelien | lundi, 01 décembre 2008

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