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vendredi, 28 novembre 2008

Le vilain petit Canard

Canard.jpgLe Canard se déchaine chaque semaine sur le monde politique, les hauts fonctionnaires et les grands patrons parfois complices des premiers. C'est amusant, horriblement amusant. Sur le ton viscéralement anti-libéral qui est le sien, le journal se montre toutefois très arrogant et intolérant. Cette lutte du bien contre le mal finit parfois en chasse cruelle lorsqu'ils prennent en grippe une personnalité particulière. On sent les scuds téléguidés par les clans au pouvoir qui savent instrumentaliser le journal. Et l'irrévérence générale dissimule mal une forte fascination pour le pouvoir, surtout son sommet, qui a de quoi mettre mal à l'aise. En bas, on y est rarement vil, seulement ridicule.

 

Dans l'ensemble, difficile tout de même de ne pas défendre sa mission essentielle de poil-à-gratter de la république. Mêlant les anecdotes inutiles, souvent déformées (parfois erronées), aux vrais scoops qui font trembler le pouvoir, le travail du Canard est globalement sain, surtout dans notre régime qui garde quelques vilains traits de la monarchie. Même s'il est difficile de ne pas faire vaciller ses convictions démocrates à la lecture des mesquineries permanentes, sinon de la corruption générale du monde politique. La présentation du livre "Le vrai Canard", signé Karl Laske (Libé) et Laurent Valdiguié (Match) par l'Express donne un éclairage un peu différent du rôle du Canard. Et pas très sympathique. Je vais certainement lire ce livre ce week-end pour avoir les détails de l'enquête.

 

Surtout qu'à peine sorti, ce livre décapant est déjà menacé de procès par le Canard Enchaîné. Il montre d'abord que ce dernier est une machine très rentable, et c'est tant mieux pour eux. 92 millions d'euros de cagnotte, 7 millions de profit annuel environ, des salaires qui, avec les primes, atteignent une moyenne de 7.500 euros mensuels par journaliste, cela montre que la presse peut être rentable et rémunérer très correctement ses journalistes (contrairement à Libé qu'ils semblent prendre de haut, avec condescendance, ce qui explique peut-être que l'un des deux auteurs de l'enquête travaille à Libé). Lorsqu'il évoque les méthodes autoritaires de la direction et son blocage à la mise en place d'un CE (au Canard, les salariés sont libres de ne pas en vouloir, non ? Contrairement aux autres entreprises qui, elles, ne font qu'exploiter leurs salariés), c'est plus inquiétant. 

 

Beaucoup plus grave, les liens avec le pouvoir. Le journal de Carla (beaucoup moins drôle que celui de ses prédécesseurs) serait ainsi, selon le livre, quasiment dicté par elle-même et Pierre Charon (comme les précédents). De nombreuses infos actuelles viendraient souvent de Sarkozy (catégorie choucou) et Hollande qui feraient ainsi passer leurs messages destinés à leurs troupes dans la page 2. Mitterrand et son équipe avaient déjà su se servir de cet outil bien rôdé pour gagner plusieurs batailles politiques cruciales, à commencer par la présidentielle de 1981. Bref, le Canard a ses préférés, ses intouchables et ses cibles (négociées ?), et ses méthodes pour tirer quelques ficelles dans la cour des grands tant admirés. 

 

A la lecture de l'article, les méthodes de la direction, le sexisme de l'équipe éditoriale et l'éthique générale apparaissent indignes d'une institution qui se permet de faire la morale à tout le monde. Et le Canard Enchaîné, qui se prend très au sérieux, ne semble pas prêt à admettre la critique, surtout venant d'autres journalistes. Attendons de voir si le procès se confirme, attendons de lire les preuves des deux camps.

17:57 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : canard enchaine, sarkozy, mitterrand | | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires


«Surtout qu'à peine sorti, ce livre décapant est déjà menacé de procès par le Canard Enchaîné.»

J'aimerais bien savoir où vous avez eu cette information. En tout cas, rien de tel dans les colonnes du Canard enchaîné de cette semaine, (quasi) seul endroit où l'hebdomadaire a réagi à la sortie du livre.

Écrit par : Jeddo | vendredi, 28 novembre 2008


Pour le moment, le seul document officiel est l'article de Michel Gaillard. Pour le moment, rien de plus sinon des bruits de couloirs digne de finir page 2 du Canard. Nous n'en sommes qu'aux amuse-gueule. Nous allons juger de la capacité du Canard de garder son sang-froid.

Écrit par : Aurelien | vendredi, 28 novembre 2008


valdiguie est passe dans les grandes gueules sur rmc.
son intervention etait tres pertinente.
1.le canard a ses tetes en contre parti de scoop delivre par les politiques.
2.le canard fait des revelations mais sort aussi des enormites sans s excuser.
3.il n y meme pas de CE EN LEUR SEIN alors qu il donne des lecons a la terre entiere.
4.le canard est un business tres rentable et qui pourrait grace a son independance financiere jouer son role de poil a gratter.
FARID.....

Écrit par : farid | samedi, 29 novembre 2008

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