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mercredi, 08 octobre 2008

Qui comprend la crise actuelle ?

Horoscope.jpgTrois débats en une semaine sur la crise financière et ses implications sur la capacité (ou non) d'autorégulation des marchés financiers. Une heure jeudi dernier sur BFM contre Bernard Maris, ex-membre du conseil scioentifique d'ATTAC et en compagnie de Marie-Paule Virard (Ex-directur éditorial des Enjeux les Echos), une heure et demie hier sur Beur FM contre Jean-Pierre Brard, député communiste de Seine-Saint-Denis et en présence de Slimane Haddadj, économiste de  Gauche Moderne, et une heure et demie aujourd'hui sur France O en compagnie d'un conseiller régional et député PS, Victorin Lurel, Philippe Vigier député Nouveau Centre et de l'économiste Jean-Luc Gréau.

 

Chaque débat est dur. Entre le communiste roublard de la Seine-Saint-Denis, le provocateur subtil d'Attac et l'incompréhension générale des mécanismes de la crise actuelle, les échanges sont confus, reposent surtout sur des clichés et une vision idéologique des marchés et de l'économie. Pourtant, chaque fois, les adversaires les plus féroces acceptent une bonne partie de mon analyse sans vouloir en tirer les conséquences pour autant. Ils ne parviennent pas à admettre leurs propres incohérences.

 

Sans prétendre proposer une solution magique pour sortir de la crise et préparer l'avenir, mon diagnostic et mes propositions sont souvent partagées.

  • Les mêmes qui appellent la BCE à pratiquer le laxisme monétaire hors temps de crise, critiquent comme moi le laxisme de la Fed. Vouloir utiliser l'arme monétaire (l'inflation) pour relancer l'emploi constitue une excellente manière de préparer une crise. Nous le constatons aujourd'hui, et dans une ampleur encore inégalée.
  • Les mêmes qui parlent de marchés non régulés reconnaissent la perversion des dernières normes comptables, censées assurer une transparence tellement absolue qu'elles ont amplifié la fonte des fonds propres des banques pendant la crise, les mettant au tapis malgré des bilans sains. Les mêmes reconnaissent la perversion de l'institutionnalisation des agences de notation dans la définition des normes prudentielles (Bâle I et II, Solva I et II pour les assurances), l'opacité générale résultant de l'empilement de lois (Glass Steagal Act avant 1993, Sarbanes-Oxley, Bâle...). Ils persistent à vouloir davantage de réglementations.
  • Les mêmes qui accusent les banques d'être à l'origine du surendettement de l'Amérique, alimenté par l'inflation continue, reconnaissent la nocivité des règlementations du type RCA ou des institutions Fannie Mae et Freddy Mac. Ils persistent à défendre les aides de l'Etat français pour faciliter le crédit immobilier des couches défavorisées.

J'en conclus que leur découverte récente de certains aspects de l'économie ne leur permet pas encore d'en assimiler les principes. Ils restent engoncés dans leurs vieux réflexes qui distinguent le patron de l'ouvrier, "l'économie réelle" du "capitalisme financier", le gentil "entrepreneur" du méchant "spéculateur". Dialectique du pauvre, poussiéreuse et ringarde.

 

Certes, les Français sont furieux. Et ils ont raison. Ils sont perdus. Mais quand Nicolas Sarkozy appelle à "punir les coupables", je ne les crois pas dupes. Ils savent que les origines de la crise sont complexes, que tous les acteurs sont responsables, du petit ménage qui s'est surendetté avec ses 18 cartes de crédit au gouvernement américain qui a trop réglementé les échanges financiers, sans oublier le banquier qui a commis des excès sur ces fondements incertains. Ils savent que la réponse à une telle crise ne peut être qu'européenne, sinon mondiale.

 

Espérons que cette crise sera l'occasion  d'assimiler durablement des concepts nouveaux pour les Français. Espérons surtout que le prochain "cygne noir" ne sera pas l'attaque en règle des Etats les moins responsables sur le plan financier. Rappelons à ce titre que la France, avec sa dette sociale "hors bilan", dispose d'une dette publique qui dépasse allègrement les 115 % selon le rapport de Michel Pébereau (sans parler des engagements de retraite du secteur privé et de la sécu qui constituent implicitement une seconde retraite par répartition). Qui peut exclure un scénario catastrophe si nous laissons filer nos déficits sans remettre en question notre fameux "modèle social" ?

 

Nous assistons aujourd'hui, en réponse à la crise, à une création monétaire colossale, à une accélération de l'endettement des pays qui n'hésitent pas, comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, à mettre 5 % du PIB sur la table pour augmenter les fonds propres des banques ou reprendre leurs actifs douteux au prix bradé (merci les normes comptables qui imposent...la transparence court-termiste) ainsi que des sommes importantes à disposition des acteurs économiques pour éviter que le coma bancaire actuel n'entraine une gangrène économique.

18:24 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires


Pour débattre avec tes contradicteurs, encore faut-il publier leurs messages.
Surtout quand je te parle de l'actuelle juridiction européenne et de ses précédents jurisprudentiels en matière bancaire. Maintenant je fais du droit international mon métier, je ne me contente plus seulement de ressentir l'iniquité totale qui ressort de la bureaucratie du marché ET de la bureaucratie étatique, donc je connais comme toi les conséquences de la crise, grand savant perché sur sa science qui s'adresse à un public " qui n'a pas assimilé certains aspect de l'économie". Je n'ai malheureusement juste pas la même analyse.
Et je ne suis toujours pas adhérent à Attac et au PC.

Mais tu peux aussi continuer de parler tout seul avec tes fans.
Bientôt s'offre à vous une carrière de moine trappiste, pour chanter votre nostalgie de vos temples boursiers partis en fumée http://abbayedudesert.com/

Écrit par : Dovobo | jeudi, 09 octobre 2008


Dovobo, tes messages sont tous publiés ici, si c'est ce que tu veux dire.

Je confirme ce fait : les hommes politiques français ont une culture économique faible, et la crise les dépasse largement.

Écrit par : Aurel | jeudi, 09 octobre 2008

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