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mardi, 30 septembre 2008
Crise du libéralisme ou crise de l’interventionnisme ?
L’accélération de la crise financière a abouti au plus grand plan interventionniste de l’histoire des Etats-Unis. Après la nationalisation de Fannie Mae et Freddy Mac et la quasi-nationalisation de l’assureur AIG, le gouvernement américain cherche à mettre en place un fond de reprise des actifs douteux avec 700 milliards de dollars d’argent public. La vague de nationalisations de banques atteint aujourd’hui l’Europe. Nicolas Sarkozy annonce la fin d’un prétendu « laissez-faire », notion pourtant inconnue dans notre pays. Ce retour en force de l’Etat marque-t-il la fin du libéralisme ?
Personne ne peut nier la responsabilité des banques dans les excès des dernières années. Elles le payent au prix fort par une restructuration brutale du paysage bancaire : liquidation de Lehman Brothers et Washington Mutual, dépeçage de Merril Lynch, de Wachovia, etc. Hélas, l’ampleur du choc va aussi avoir des répercussions sur notre vie à tous. Comment ne pas comprendre la colère du citoyen qui subit les erreurs d’un univers qu’il ne connaît pas ? A y regarder de plus près, le premier responsable de cette crise est-il vraiment ce fameux « marché libre » si décrié par Nicolas Sarkozy ? Que penser du rôle des mauvaises interventions publiques et des mauvaises réglementations ?
Pour commencer, le laxisme de la banque centrale américaine est partiellement responsable de « l’exubérance irrationnelle » du crédit. Cet argent facile, trop abondant, a grisé les banques ainsi que les particuliers et les entreprises qui se sont collectivement surendettés. En 1980, la dette du secteur financier représentait 21 % du PIB américain et celle de l’ensemble de l’économie américaine, 163 %. En 2007, ces chiffres étaient de 116 % et 346 % ! Si Alan Greenspan a su gérer les crises qu’ont traversé les Etats-Unis pendant son long mandat à la tête de la Fed, il n’a hélas pas eu la sagesse de resserrer le robinet monétaire en période de croissance. Les Américains vont devoir ajuster leur comportement au resserrement nécessaire du crédit. L’envolée du crédit n’a rien à voir avec le libéralisme mais relève bien de la responsabilité de la banque centrale, un monopole public.
Deuxième coupable, les institutions parapubliques Fannie Mae, créée par Franklin Roosevelt en 1938 en réponse à la crise de 1929, et Freddy Mac son petit frère apparu en 1970. Ces dernières ont repris aux banques 56 % des nouveaux crédits hypothécaires en 2007, portant leur part de l’ensemble des crédits immobiliers américains à 40 %. Pire, elles l’ont fait sans évaluation appropriée de la qualité des emprunteurs. Dans ces conditions, était-ce bien sage de laisser ces GSE (Government Sponsored Enterprise) conserver un portefeuille d’une valeur de $ 5.200 milliards pour seulement $ 80 milliards de fonds propres? Elles l’ont fait sous la pression d’objectifs politiques qui leur étaient assignés par le gouvernement américain, en échange d'avantages fiscaux et comptables. Cette opacité intrigue d’ailleurs les parlementaires américains depuis de nombreuses années, sans qu’aucun ne parvienne jamais à ouvrir une enquête sur leurs comptes jusqu’au scandale récent. Le fait que ces institutions pilotées par l’Etat aient financé les camps républicain et démocrate n’y est sans doute pas pour rien. L’Etat a donné sa caution morale et financière à des comportements irresponsables dans des proportions gigantesques. Nous sommes loin du « marché libre » tant décrié.
Les marchés assurent une gestion responsable du risque …tant qu’aucune institution d’Etat ne vient fausser sa perception en le délestant partiellement des risques encourus ou en les incitant à prendre des risques excessifs. Critiquer le pilier financier du capitalisme nous fait revivre la montée des populismes dans les années 30. L’affreux spéculateur était alors désigné comme responsable de tous les maux pour mieux dissimuler la responsabilité des Etats. N’oublions pas que les marchés financiers constituent le moteur de la croissance mondiale. Tenir des propos démagogiques sur cette dynamique d’innovation et d’allocation des capitaux présente des dangers pour le monde. Les marchés sont imparfaits, tumultueux. Ils se corrigent parfois dans la douleur. Mais ils ne peuvent faillir dans une telle ampleur sans intervention majeure de l’Etat.
Le secteur bancaire des Etats-Unis est le plus réglementé de tous, et l’empilement des textes (Sarbanes-Oxley, nouvelles normes comptables, Bâle II etc) n’a pas permis d’éviter le désastre. Plutôt que d’augmenter l’opacité de cette stratification, attaquons-nous aux sources de cette crise. Nous devons féliciter Jean-Claude Trichet pour sa rigueur monétaire et encourager la BCE à garder ce cap une fois la crise passée, malgré les assauts répétés de Nicolas Sarkozy. Cette sagesse a évité aux banques européennes de connaître les excès de leurs concurrentes américaines. Nous devons aussi garder à l’esprit que les acteurs économiques doivent rester pleinement responsables de leurs risques, sans être partiellement déchargées de cette responsabilité par des instances publiques dont la caution, au final, est le contribuable.
Le plus importants, pour les Français, c’est de garder à l’esprit le fait que cette crise internationale rend les réformes plus nécessaires que jamais. Alors qu’elle risque d’aggraver encore les difficultés de financement que connaissent depuis plusieurs mois entreprises et particuliers en France, le gouvernement doit agir rapidement. Au lieu de multiplier les taxes en tous genres qui asphyxient notre économie (financement du RSA, Grenelle de l’environnement, etc.), il doit libérer au plus vite les entreprises et les investisseurs des contraintes administratives et financières excessives qui les pénalisent. A défaut, nous risquons la récession et une probable remontée du chômage et un appauvrissement général.
14:06 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : crise financiere, subprime, hank paulson, fed


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Commentaires
Merci pour cette démonstration magistrale que vous prenez vos lecteurs pour des abrutis.
Vous titrez "Crise du libéralisme ou crise de l’interventionnisme ?" pour reconnaître quelques lignes plus loin qu'une des origines de la crise est la sélection insuffisante des dossiers des demandeurs de crédit, problème qu'en France nous n'avons précisément pas parce que réglementairement les exigences sur les dossiers des demandeurs sont plus élevées.
Dans le même texte, vous déplorez le choix de Greenspan qui a décidé en toute indépendance de garder des taux d'intérêts un peu faibles et vous louez les choix de Trichet, qui jouit de la même indépendance, de les avoir maintenus élevés. Mais vous le faites dans deux parties différentes de votre texte histoire de noyer un peu plus le poisson et de faire mine d'apporter une preuve du lien entre la crise et l'existence en soi des banques centrales, de leur statut et de leur action.
Enfin, vous vous gardez bien de pointer du doigt la responsabilité accablante des banques d'affaires américaines qui ont profité de failles de réglementation pour concevoir et faire la promotion du produit subprime en dehors de tout contrôle du système financier.
Mais bon, retirer ou tout le moins minimiser de l'équation la responsabilité des banquiers dans la crise pour renvoyer dos à dos réglementation et libéralisme, qu'attendre de plus de la part d'un banquier?...
Ecrit par : pinuche | mardi, 30 septembre 2008
pinuche, sois un peu honnête avec toi-même. Je ne te parle pas de la France, mais des Etats-Unis, de leur réglementation, de leur interventionnisme et de leur banque centrale. La crise vient en grande part de là.
Je ne nie pas la part de responsabilité des banques, et pas seulement d'affaire (Exemple : Wachovia, Washington Mutual ou, en Europe, Fortis qui s'est fragilisée en rachetant 24 milliards d'euros un bout d'ABN bien trop gros pour elle). Ce qui est en train de se passer est finalement une restruturation brutale mais attendue d'un secteur qui a trop longtemps vécu dans son cocon avec l'argent facile des banques centrales. La note de ces abus est salée.
Mais cet argent facile n'est pas de leur responsabilité, pas plus que les autres interventions publiques qui ont nourri cette crise. Tant mieux pour la France si nos propres interventions et réglementations ne se sont pas traduits par un même désastre. L'Etat n'agit pas forcément mal parce qu'il s'agit de l'Etat. mais en l'occurrence, les institutions publiques américaines sont largement à l'origine de la crise.
Ecrit par : Aurel | mardi, 30 septembre 2008
Donc en résumé, vous reconnaissez que la crise ne vient pas de la règlementation en soi des marchés financiers mais d'une mauvaise régulation de la part des autorités américaines ces dernières années? Pourtant, j'ai compris que ce que vous critiquiez, c'est le fait qu'il y ait un Etat pour intervenir et établir des réglementations qui sont en elles-mêmes les génératrices de ces crises. Et que donc la suppression de ces règlementations impliqueraient la disparition des crises. C'est ce que j'ai compris de votre texte.
Ecrit par : pinuche | mardi, 30 septembre 2008
Je dénonce ici la planche à billets et les mauvaises interventions, ainsi que le comportement de banques qui en payent (en partie) le prix aujourd'hui. C'est en cela que ce n'est pas une crise du libéralisme mais celle de la "mauvaise intervention" si tu préfères.
Je constate qu'une intervention plutôt faible de l'Etat français dans la vie des banques, d'un bon encadrement par la Commission Bancaire et d'une banque centrale qui applique (relativement) bien les principes monétaristes, nous ont évité ce type de crise. Ces différences nous prouvent que la France est plus libérale dans certains domaines que les Etats-Unis qui savent aussi être protectionnistes et subventionner des secteurs de leur économie (actions dont ils sont les premiers à payer le prix).
Plutôt que de réglementer davantage, je suggère de réglementer moins et mieux.
Ecrit par : Aurel | mardi, 30 septembre 2008
Hong Kong, où se trouvee le siège de la HSBC ainsi que celui de nombreux fonds, est la place financière la moins réglementée du monde. Elle ne connait pas les soucis de nos contrées sauvages.
Ecrit par : Aurel | mardi, 30 septembre 2008
>Plutôt que de réglementer davantage, je suggère de réglementer moins et >mieux.
Vu comme ça, je suis d'accord.
Ecrit par : pinuche | mardi, 30 septembre 2008
Et si tu veux comprendre plus finement les arguments d'Aurel, je ne peux que te conseiller cet article: http://www.objectifliberte.fr/2008/09/subprimes-cause.html
Ainsi que (et surtout) cette série d'articles: http://www.objectifliberte.fr/2008/09/subprimes-recap.html
L'argumentation est solide, basée sur les faits, et il est difficile de nier la (grande) part de responsabilité de l'État fédéral américain.
Pour résumer brièvement, voici la recette du cocktail (explosif!):
- la FED a trop fait marcher la planche à billets, ce qui a provoqué du malinvestissement
- une bulle immobilière s'est créée, due au "boostage" artificiel de la demande (taux d'intérêt de la FED trop bas) et (surtout) à l'étouffement artificiel de l'offre (réglementations foncières excessives), comme l'ont montré des économistes tels qu'Ed Glaeser.
- les banques se sont senties protégées des risques car Fannie Mae et Freddie Mac étaient là (c'est "garanti par l'État!" - et merci pour les exemptions fiscales et législatives accordées à ces deux entreprises para-publiques)
- les banques ont en plus été forcées de prendre des risques en prêtant à des personnes auxquelles elles ne voulaient pas prêter, pour des raisons politiciennes (favoriser l'accès à la propriété aux minorités): voir les lois "CRA" (Community Reinvestment Act)
- le US Department of Housing and Urban Development (HUD), qui, de par son pouvoir de tutelle sur Freddie Mac et Fannies Mae, les a forcées à compter au moins 42% de prêts subprime dans leur portefeuille (1995), 50% en 2000, et 56% en 2004
Le reste c'est de la "mecanique"...
(Par exemple, les banques, voyant bien que nombre de créances étaient douteuses, les ont refourguées au milieu de créances un peu plus saines et ont appelé ça "CDO".
C'est sur, elles n'ont pas manqué d'imagination pour créer des produits financiers en tous genres pour refourguer leurs créances pourries...)
Ecrit par : Mateo | mardi, 30 septembre 2008
Au fait:
1) Le marché financier est déjà TRES réglementé en général, et c'est particulièrement vrai aux USA
2) Oui, la réglementation française est mieux faite (et plus libérale).
Ecrit par : Mateo | mardi, 30 septembre 2008
Suite à ton article dans R&M, je voulais te faire passer en copie le mot que je leur adressais, mais je n'avais que ton mail sur AL, je ne m'en suis pas servie!
voilà ma réponse à ce bulletin n°11 :
Bonjour,
Arrêtez de faire "défaut" à votre intitulé de "Réforme et Modernité" !
Arrêtez d'appeler l'opposition gauchiste PS et autre à faire bloc avec le gouvernement pour sortir de la crise. Balayez plutôt devant votre porte et désolidarisez-vous d'un gouvernement et d'un Président ignare en économie qui fera plus de mal à la France que toute l'opposition gouvernementale actuelle. Toutes ses prises de positions actuelles continuent de plonger la France dans la crise tant financière que sociétale. Parmi les dernières et hormis le fait que les caisses de l'Etat soient vides pour le faire, financer, avec le plan Boutin, 30.000 logements qui ne sont pas construits (parce qu'il n'y a pas de "marché"), c'est la certitude de germes de subprime à la française. Etre nullard en économie, c'est d'abord ne pas savoir tirer les leçons de l'histoire.
Arrêtez de dire que l'Europe est en panne du "NON" irlandais quand vous savez tous dans le club R&M qu'elle est aussi en panne de tous les référendums pas faits et qui auraient été un formidable "NON" à tous les eurocrates dont les peuples ne veulent pas. Je sais bien qu'en qualité de politiciens, il y a des choses que vous n'arrivez pas à entendre, mais arrêtez au moins de nous faire croire que c'est pour le bien des peuples.
Arrêtez de défendre ce que vous savez pertinemment être une utopie, l'Europe politique ! Ce n'est pas la peine d'aller chercher au delà de ce que nous voyons faire aux différents états européens depuis un an pour s'en convaincre. Et d'abord par l'Etat français. Quand Sarkozy va à Moscou pour la Georgie, c'est d'abord le Président français et non le Président de l'Europe en exercice, etc etc. Et d'abord avons-nous, en temps qu'européen besoin d'une Europe politique ? Avons-nous besoin de "politique" tout court ?
Il y a 20 ans, la Chine avec les mêmes instances dirigeantes qu'actuellement était un nain "politique". Si elle existe aujourd'hui et va devenir le premier pays du monde c'est qu'elle devient un géant économique. Et c'est cet essor économique qui a sorti des centaines de millions de chinois de l'indigence. Si l'Europe s'est faite c'est sur l'économie, continuez à la renforcer et n'allez pas chercher l'impossible. Et cette richesse existante encore en Europe veut être accaparée par les "politiques" pour se faire "plus gros que le bœuf" ! Mais qu'ont-ils crée ces politiciens, qui, au contraire n'ont été que des freins à la libre-circulation, comme on le voit encore pour les services.
Quand les Etats-Unis veulent revenir à la guerre froide en menaçant les frontières russes, tout comme ils le faisaient en agissant pour que la Turquie entre dans la CE, c'est uniquement pour défendre leur économie. Aujourd'hui une Europe économique adulte, c'est au contraire, faire entrer la Russie dans l'UE. Tant pour ses richesses naturelles dont nous avons besoin que parce que nous avons les mêmes valeurs culturelles donc religieuses et qu'ils viennent, tout autant que les Républiques de l'Est, de se libérer du joug du communisme. A partir de là les choses seront plus claires et nous pourront prétendre à un espace économique qui pourra demain face à la Chine et autres pays d'Asie, tout comme vis à vis de l'Amérique prise dans tout son continent. Et pourtant je suis pro-américain. Comment leur jeter la pierre que de défendre leurs intérêts économiques ?
Alors quand on se veut réformiste et moderne, on se projette dans un avenir réaliste et avec pragmatisme et on se bat pour les vrais projets, sans faire de démagogie à la "petite semaine" qui ne conduit à rien. Je ne dirais pas " "R&M" combien de divisions ?" Mais cela me paraît une évidence. Il y a tant encore à faire en Europe sur le plan économique que vouloir défendre tant une Europe politique, qu'une Défense européenne n'est que de la "bouillie pour chat". A chacun, dans chaque pays européen, de prendre ses responsabilités et les "vaches seront bien gardées". Avec l'Euro et une libre circulation des hommes et des marchandises, l'harmonisation fiscale et sociale ne pourra que se faire dans le temps sauf par ceux qui ne le voudront pas, par manque de courage, comme en France, quitte jusque là, à s'enfoncer dans la crise, jusqu'à ce qu'ils aient enfin compris la leçon. De gré ou de force.
Défendez le projet libéral, c'est le seul qui soit bénéfique à la nation, même si c'est au détriment de "l'Etat régulateur". Pour ce faire n'œuvrez que pour l'économie et la création de richesses, le reste viendra tout seul.
Cordialement
http://liberalisateur.blogspot.com
Ecrit par : Libéralisateur | dimanche, 05 octobre 2008
Ton argumentation contient une contradiction majeure comme toujours, la distinction échevelée entre Etat et marché libre. Ainsi toute ta réthorique me semble hors de propos en occultant l'aspect systémique d'une crise bancaire globale.
Exemple simple, tu commences ton texte en avouant la nationalisation de freddie-fannie et d'AIG. Puis tu nous rappelles l'origine publique des deux premières après le New Deal. C'est donc des structures publiques qui sont responsables de la crise. Ha? Alors pourquoi les nationalise-t-on?
J'ai beaucoup ri.
Je sais, tu ne veux pas admettre que le modèle libéral US et Wall Street sont subitement devenu socialistes, et Henry Paulson, l'ancien boss de Goldman Sachs (rires) la réincarnation de Lénine.
Ce qu'a du admettre Karl Paulson c'est que la finance libéralisée est structurellement d'une instabilité explosive. Non seulement elle est certaine de déclencher des catastrophes à répétition, mais elle est incapable de les enrayer par elle-même, ha! Ben oui, qui peut recapitaliser à part l'Etat? Si le système du crédit s'effondre - car il s'agit bien du système, c'est ce que ne voient pas les malvoyants libéraux républicains outre atlantique qui prêchent le non-interventionnisme - c'est toute l'économie qui s'arrête.
Autre chose, et ça risque de devenir très important dans les mois à venir, est-ce que l'autorité publique bancaire européenne a autant de pouvoir de manoeuvre que son homologue américaine. Non.
Car si Vladimir Ilich Paulson a eu bon ton de transgresser le dogme du Dieu marché au grand soulagement des courtiers de Wall street qui préparaient leurs valises, dans une grande fusion anti-jacobine de l'Eglise et de l'Etat, est-ce que la BCE et la Commission européenne sauraient en faire autant?
Le traité de Lisbonne prohibe les aide de l'Etat dans le secteur financier ( art.107)... C'est à dire le seul moyen d'enrayer un effondrement que les acteurs privés sont incapables de rattraper eux-mêmes! L'aberration originelle a eu lieu en 1994 quand la Commission voit dans le dossier Crédit lyonnais l'occasion de soumettre le secteur financier au droit commun de la concurrence en matière d'entreprises en difficulté et d'aides d'Etat, au mépris de la spécificité absolue des faillites bancaires et du risque systémique.
Il a fallu quatre années de conflit pour valider le plan de sauvetage du Crédit lyonnais et la reprise de 145 milliards de francs (22 mE) d'actifs par le Consortium de réalisation (CDR, structure de cantonnement). Par chance pour eux - et aussi pour nous ! - les Etats-Unis et leur structure de cantonnement a 1000 miliards de dollars n'ont pas de Commission sur le dos. Ni sa camisole de force de dogmes chéris . Car le vrai chantier à venir n'est pas tant le désamiantage du Berlaymont mais la désintoxication idéologique des esprits qui l'habitent.
Seul L'Etat, par un geste de souveraineté pure, totalement exhorbitant du droit commun, s'autorisant l'impensable - comme nationaliser à vue en ne payant que plus tard, capter unilatéralement tous les dividendes, y compris ceux des actions qu'il ne détient pas ! - peut mettre un terme aux rendements croissants d'effondrement que nourissent les mécanismes du divin marché.
Ce sera donc l'étoile rouge ou l'Apocalypse.
Ecrit par : Dovobo | lundi, 06 octobre 2008
"Ce sera donc l'étoile rouge ou l'Apocalypse."
Je préfère encore essayer l'Apocalypse.
Ecrit par : Landry | mardi, 07 octobre 2008
«Ton argumentation contient une contradiction majeure comme toujours, la distinction échevelée entre Etat et marché libre. Ainsi toute ta réthorique me semble hors de propos en occultant l'aspect systémique d'une crise bancaire globale.
Exemple simple, tu commences ton texte en avouant la nationalisation de freddie-fannie et d'AIG. Puis tu nous rappelles l'origine publique des deux premières après le New Deal. C'est donc des structures publiques qui sont responsables de la crise. Ha? Alors pourquoi les nationalise-t-on?
J'ai beaucoup ri.»
J'ai hésité à répondre à un commentaire manquant autant de courtoisie et de respect. Mais peut-être que ça intéresse d'autres lecteurs qui ont eu peu moins de mauvaise foi.
Alors, Fannie Mae et Freddie Mac sont des GSE: GOVERNMENT Sponsored Enterprise. Ça veut bien dire ce que ça veut dire non? Ce sont bel et bien des entreprises para-publiques.
D'ailleurs, elles:
- ne sont pas soumises aux mêmes règles comptables que les autres
- n'ont pas le même régime fiscal (autant te dire qu'il est plus avantageux)
- sont sous la tutelle du HUD (United States Department of Housing and Urban Development)
Si tu avais lu les liens que j'ai donnés, tu saurais que "les différents patrons du HUD purent faire adopter des mandats obligeant les GSE à compter au moins 42% de prêts subprime dans leur portefeuille (1995), 50% en 2000, et 56% en 2004!"
Ecrit par : Mateo | mardi, 07 octobre 2008
Pour le reste, ni l'envie ne le temps de contredire une telle somme d'absurdités…
Ecrit par : Mateo | mardi, 07 octobre 2008
L'Etat est nécessaire pour éteindre l'incendie qu'il a lui-même allumé. Le marché ne peut réparer les erreurs d'Etat lorsque celles-ci sont trop importantes. Mais pour gérer une telle situation de crise, il manque en effet l'équivalent du Secrétaire au Trésor en Europe. Ce sera sans doute l'un des enjeux des Européennes : indépendance de la BCE (souhaitable avec un objectif strct de croissance de M3 si possible), instance financière européenne pour être le pendant politique de JC Trichet.
La comparaison de la situation actuelle avec le CL et le CDR ne tient pas. Contrairement au Crédit Lyonnais qui avait des actifs pourris, les banques ont des bilans sains. Celles qui sont tombées sont, pour la plupart, victimes du retrait abérant mais bien réel de leurs financeurs quotidiens paniqués.
Les banques sont aujourd'hui en arrêt cardiaque. Les subprime ne constituent plus le coeur de la crise. C'est l'absence totale de confiance mutuelle des acteurs économiques qui fige la circulation de la monnaie. En temps normal, l'activité bancaire repose sur un emprunt continu auprès d'investisseurs institutionnels, de fonds divers et de banques excédentaires. Aujourd'hui, ces investisseurs structurels ne prêtent qu'à l'Etat (gros emprunteur naturel). Même les grandes banques qui se connaissent et savent que leurs concurrentes ont les reins solides ne se prêtent plus.
La banque centrale injecte donc de la monnaie (inflation) pour assurer la liquidité immédiate et prend le relais des investisseurs qui ne confient plus les leurs qu'à l'Etat. Et l'Etat prend le relais en investissant dans les banques afin de redresser leurs fonds propres et améliorer leurs ratios prudentiels. pari risqué mais qui peut se révéler bénéfique lorsque la crise sera passée.
Ecrit par : Aurel | mercredi, 08 octobre 2008
Oui mais !...
L'activité économique, c'est de la croissance qui passe elle par le pouvoir d'achat et celle-ci n'a rien à voir avec l'état sauf .... à ce que les entrepreneurs aient envie d'entreprendre, surtout dans une période comme celle-ci, pour créer de l'emploi.
Quelle carotte ? Une baisse des impôts, je n'en connais pas d'autres, car la médaille du "bon citoyen" pour celui qui déjà prend des risques avec son capital, cela ne marche pas.
Mais comment l'état français pourrait-il baisser des impôts sans faire autrement que de réduire drastiquement la "fonction publique" ? Il n'y a pas d'autres solutions. Dans le cas contraire on va continuer à s'enfoncer jusqu'à la banqueroute.
En effet sans activité économique, ce seront des milliers d'entreprises qui vont fermer et mettre des dizaines de milliers de personnes au chômage qui vont plomber l'activité économique encore plus. Baisser les taux d'intérêt si les banques dans le même temps n'accordent plus confiance en ceux qui veulent emprunter, entreprises et particuliers, à quoi cela sert-il ?
Alors que l'Etat, pour modifier le long terme, ne se trompe pas de mesures. Un exemple de l'intervention étatique aux Etats-Unis, c'est celui d'AIG. L'état - avec l'argent public, donc les impôts de tous - renfloue cet assureur acculé à la faillite et les cadres vont immédiatement se reposer dans un hôtel 5 étoiles en bord de mer, à coup de millions de dollars payé par AIG, donc par les contribuables. Comment pourrait-il en être autrement ?
Ecrit par : Libéralisateur | mercredi, 08 octobre 2008
@ Libéralisateur
Le "vrai" moteur de la croissance ce n'est pas la consommation mais l'investissement. Pour la simple raison que le but d'un investissement est d'être rentable et donc, même si on ne gagne pas à tous les coups, globalement il permet une plus grande création de richesses sur le long terme.
La consommation a effectivement un effet bénéfique à court terme sur la croissance mais à long terme elle se révèle moins efficiente que l'investissement.
Une fiscalité excessive et fortement progressive comme elle l'est en France est un frein très important à l'investissement. Tu as donc bien raison de dire que seule une baisse de la fiscalité par la baisse des dépenses (et non par l'endettement) permet d'assurer la croissance, donc l'emploi, donc moins de problèmes sociaux, donc…
Ecrit par : Mateo | mercredi, 08 octobre 2008
@mateo
J'ai toujours été d'accord avec toi, mais j'ai bien peur que nous soyons peu nombreux à professer une telle évidence pour le moment.
Bien sur quand on annonce ces temps-ci aux français que l'Etat va donner de l'argent ici, va garantir les capitaux là, de plus en plus de gens se posent la question de savoir où l'Etat prend tout cet argent et donc la réponse qui doit être dans de plus en plus de tête, c'est qu'il importe, avant tous ces colmatages et de sanction contre les fautifs - s'il y en avaient d'ailleurs - de recréer de la richesse et relancer l'activité économique.
Je me demande d'ailleurs si cette crise ne va pas servir, avant tout à montrer la nocivité de toute la classe politique dans le fait que ces gens là ne savent pas - sauf chez les libéraux qui ne sont pas encore au pouvoir d'une manière évidente pour tous - recréer de l'activité économique. Jusqu'à quelle démolition de notre système actuel faudra-t-il tomber avant que la population en soit consciente ?
Sur une courte période, l'élection américaine est symptomatique et les électeurs américains sauront-ils faire le bon choix ? Reagan avait montré le chemin et parait-il des centaines d'économistes réfutent le bien fondé de l'action actuelle du gouvernement pour sortir de la crise. Mais Mac Cain n'a pas ni le charisme nécessaire ni ne montre assez de certitude pour défendre cette cause. Il reste aux américains en quelques jours à comprendre ce qui est en définitive bon pour eux et abandonner un confort factice à court terme pour remettre la société sur de bons rails.
Ecrit par : Libéralisateur | jeudi, 09 octobre 2008
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