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samedi, 14 juin 2008
La banque mise en accusation
Si les banques résistent bien dans l’ensemble à la crise des subprimes, plusieurs d’entre elles se sont tout de même retrouvées en grave difficulté. Effrayés par le risque d’une crise systémique, les Etats et les banques centrales n’ont pas hésiter à les rattraper par leur intervention directe. Ainsi Bear Stearns a-t-elle été bradée sans ménagement par la Federal Reserve en un week-end, et Northern Rock sauvagement nationalisée par le gouvernement anglais. Ces interventions nous empêchent de savoir quelles auraient été les conséquences d’une faillite bancaire, comment auraient réagi le monde bancaire dans cette situation.
Je persiste à penser que le laxisme monétaire des banques centrales est en partie à l’origine de la crise des subprimes. Cela rend d’autant plus choquante l’intervention du président de la Fed de New York, Timothy Geithner, lorsqu’il exige de réglementer davantage le système bancaire, déjà excessivement encadré (notamment avec Bâle II en train de se mettre en placE). Au moins a-t-il trouvé là un moyen efficace de se défausser de sa propre responsabilité personnelle sur un bouc émissaire bien pratique. La critique du monde de la finance est incomparablement plus populaire que celle des erreurs des banques centrales, trop technique et abstraite. Au lieu de voir les avantages remarquables que nous devons aux banques et à la finance en termes de prospérité et d’allocation efficace des ressources, le grand public en garde une mauvaise image.
Les politiques ne sont pas en reste. En dénonçant le « monstre » qui doit être « remis à sa place », le président de l’Allemagne, Horst Köhler, tente même de nous faire oublier l’état de délabrement avancé du système bancaire allemand…univers opaque où la connivence règne parfois, sous la tutelle des Länders (IKB, Landesbanks). Cette surenchère démagogique est plus surprenante dans la bouche d’Angela Merkel qui m’avait habitué à davantage de courage politique. Sans doute dénonce-t-elle « la régulation à l’anglo-saxonne » pour se refaire une santé dans les sondages au moment où la coalition CSU-CDU/SPD est proche du point de rupture.
Bref, ce petit monde veut faire le travail des banques à leur place, augmenter les réglementations dont nous savons qu’elles ne feront que diminuer la rentabilité des banques et freiner l'innovation sans diminuer les risques encourus. Des politiques vont même jusqu'à proposer la création d'agences de notation publiques, comme si une entité publique allait être plus performante dans l'évaluation de risques nouveaux. C'est bien connu, les institutions publiques excellent dans l'art de la gestion et de l'anticipation ! Plus sérieusement, il est important de se ppeler que la prise de risque et l’accompagnement du risque sont au cœur du métier des banques, c’est pour cela qu’elles ont tant contribué à la croissance des pays occidentaux. Revenir sur ce principe constitue un retour en arrière et, pire sans doute, une menace pour notre richesse future.
L’effet de ces interventions, si elles devaient se concrétiser, m’apparaît doublement pernicieux. Ainsi protégées des conséquences de leurs erreurs, forme insidieuse de déresponsabilisation, le monde de la banque se retrouve à la merci de ses sauveteurs. Les banques savent qu’elles ne risqueront plus la faillite, ce qui pourrait les inciter à prendre de nouveaux risques inconsidérés à l’avenir. Par ailleurs, elles se retrouvent soumises à une tendance hyper-régulatrice qui pourrait menacer non seulement leur modèle économique, mais aussi la croissance des pays économiquement avancés.
13:25 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : crise subprime, systeme bancaire, finance |
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Commentaires
"Au lieu de voir les avantages remarquables que nous devons aux banques et à la finance en termes de prospérité et d’allocation efficace des ressources, le grand public en garde une mauvaise image."
C'est à dire que ça dépend où l'on se place, comme dirait Devos en un de ses sketches célèbres.
La mauvaise image qu'a ce grand public, décidément ignare, remarque qu'elle peut se comprendre, du point de vue du péquin qui comprend mal pourquoi on n'intègre pas les frais qu'il casque à la moindre incartade débitrice, au taux hagiographique déjà remarquable qu'on lui applique sans coup férir. Lui, calcule bêtement, que tout cumulé, ça atteint des sommets décidément bien au delà de l'usure. Mais on lui dit que non, il n'en est rien, voyons. Tu sais l'allocation des ressources, et la prospérité, les champs, les fées, l'élysée, et tout le tintouin grécolatin.
Oh je sais les banques… si soutenantes des économies, et les cohortes en col blanc, qui pianotent leurs calculs infinis. Pas vraiment bandant de certains points de vue.
Quant aux maigres ressources du péquin, elle ont été allouées par siphonnages successifs à des postes abscons, sans doute utiles aux finances avisées de monopoles bancaires. Vivement la liberté bancaire, on s'en fera peer to peer, à la roots, comme le prédit déjà J de Rosnay, et sans les usines à siphonnage concerté.
Sûr que tu sais très bien et avec compétence de quoi tu parles, et a sans doute raison quant aux distorsions induites par les banques centrales. Mais du coté du péquin, ça passe pas vraiment, tu vois, quand l'une de ces chéries soucieuses de la prospérité de tous, a pompé sans compter, sans doute pour m'enrichir, mais si mais si, bien plus d'un mois en même pas neuf mois. Sans doute pour m'aider à mieux compter. Mais j'ai la réponse pimpante bientôt en ligne, de mire.
Ah délicieux, ce champagne, ah vraiment, quelle liberté !
Écrit par : Phil | samedi, 14 juin 2008
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