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vendredi, 23 mai 2008

Oui, je suis libéral ET socialiste

1721376322.jpgDelanoë fait son coming out avec un timing bien calculé. Il se démarque de Ségo qui, poussée à réagir dans la confusion, révèle à nouveau une vision creuse de l'avenir du pays. Il surfe sur la mode du Blairisme flamboyant (cela dit fort critiquable et dont Gordon Brown est en train de payer la facture). Et avec l'actif concours de son fidèle allié, Le Nouvel Obs, et de Manuel Valls et Vincent Peillon le voilà lancé dans un pari audacieux : assumer l'étiquette libérale au moment où les Français déchantent avec les fausses bonnes réformes du gouvernement, et attendent une nouvelle proposition de "rupture".

Si ce roi du marketing estime que ce positionnement peut lui faire gagner le coeur des socialistes, puis celui du pays, c'est bien que les mentalités évoluent vite. Une aspiration à davantage de liberté, de mouvement et de changement. Le libéralisme, jamais mis en oeuvre dans notre pays, commence à faire rêver. Même à gauche.

Mais qu'entend-il vraiment par "libéral" ? Nous sommes tous d'accord pour refuser la fatalité de la servitude, briser les chaines de l'oppression, défendre la liberté et la responsabilité. Même Henri Guaino. Cela marque-t-il pour autant une réelle volonté d'exiger moins d'Etat pour rendre leur espace de liberté aux individus et à la société civile, ou de défendre le vrai respect du libre choix de chacun ? Va-t-il abandonner les vieilles lunes socialistes concernant les services publics monopolistiques, les statuts protégés et la redistribution excessive pour porter ses priorités sur l'économie du savoir et de l'innovation, sur la mobilité sociale, sur l'émulation nécessaire au sein des services fondamentaux de l'éducation et de la santé ?

En lisant le détail de son propos, on se rend compte qu'il est beaucoup plus reservé sur le libéralisme que ce que le Nouvel Obs a fait ressortir. A la question "Tenez-vous un discours social-libéral ?", il répond d'abord :

"Non, je ne suis pas social-libéral : je n'adhère pas à ce courant de pensée. Mais je vous le dis tout net : je ne réfute pas mécaniquement ce vocable "libéral". Et quand il s'applique à une doctrine politique, au sens global, je crois même qu'un militant socialiste devrait le revendiquer. En revanche, ce qui est inaceptable pour un progressiste, c'est de hisser le "libéralisme" au rang de fondement économique et même sociétal, avec ses corollaires : désengagement de l'Etat et laisser-faire économique et commercial."

 

Nous voilà rassurés sur les limites de son "libéralisme". Cela dit, il est heureux qu'il se soit tout de même placé sur une voie dont il devra durablement assumer la portée : "être libre, ce n'est pas faire ce que l'on veut mais vouloir ce que l'on fait." Dans le flou de ses propos, nous sommes nombreux à souhaiter connaître sa définition du concept de "servitude", ainsi que le degré de la servitude auquel il n'est pas prêt à renoncer. Ce n'est pas tout de déclarer sa foi dans la Liberté. Encore faut-il en assumer le sens.

Il précise d'ailleurs sa pensée sur des sujets sensibles : "La gauche doit rester le parti de l'impôt", "La gauche a toujours été le parti des fonctionnaires, c'est à dire des agents de l'Etat." En consacrant le principe d'un statut dérogatoire pour le service de l'Etat, il vient contredire ses autres positions. Je ne reconnais pas un fonctionnaire en tant que tel mais en tant qu'enseignant, magistrat, guichetier au service des impôts... Par la fonction plutôt que le statut. Un prof ne sert pas l'Etat, il sert avant tout ses élèves et leur(s) famille(s). Un infirmier d'hôpital public ne sert pas l'Etat mais les patients. Bertrand va devoir réécrire sa copie avant de gagner en crédibilité auprès des libéraux. A ce jour, il reste ardent défenseur de l'impôt, des 35 heures, du statut de la fonction publique et de tout ce qu'il dénonce avec de grands mots pour faire croire à la modernité de sa pensée.

Je crois toutefois que nous devons féliciter Bertrand Delanoë pour cette audace qui place ce débat de fond sur le devant de la scène. Les prochaines années verront probablement s'opposer, à droite comme à gauche, les étatistes et les libéraux. Et sur ce point, Delanoë a raison : "Sarkozy n'est pas libéral, il est conservateur. Il l'a prouvé à plusieurs reprises : étatiste, protectionniste, il impose à tous les échelons  l'omniprésence d'un Etat que dans le même temps il désarme". Mais est-ce tellement différent à gauche ?

Commentaires


Delanoë est le roi du marketing politique. Il vient de se rendre compte que "libéral", d'un certain côté, c'était plus cool que "socialiste". Va pour "libéral", alors.

Ca rime avec liberté; c'est sympa, ça, la liberté. Ca permet de prendre Sarkozy à revers en l'accusant de ne pas être libéral. Ca permet de flatter sa propre clientèle de lilis-bobos parisiens, qui sont au libéralisme ce que la musique militaire est à la musique.

Mais il ne fait même pas semblant, Delanoë. Il s'empresse de préciser: "Ce qui est inacceptable pour un progressiste, c'est de hisser le libéralisme au rang de fondement économique et même sociétal, avec ses corollaires : désengagement de l'Etat et laisser-faire économique et commercial."

Ah. Donc Delanoë est libéral, mais il ne veut pas que le fondement de l'économie soit libéral. Ni que le fondement de la société soit libéral. Alors dans quel fondement le place-t-il, son libéralisme? J'ai bien une idée, mais vu que ceci est un blog de haute tenue, je la garderai pour moi.

Delanöe est libéral, mais il ne veut surtout pas de désengagement de l'Etat. Alors que la France possède peut-être l'Etat le plus envahissant et le plus interventionniste de toutes les démocraties occidentales.

Il est libéral, mais il ne veut pas du laissez-faire économique, qui est pourtant l'une des bases du libéralisme depuis sa création.

Alors c'est quoi, au juste, le libéralisme de Delanoë? La Gay pride? Les Vélib? Paris-Plage?

Ecrit par : Robert Marchenoir | vendredi, 23 mai 2008


Pas d'insultes pour la musique militaire, svp !

Ecrit par : Fifo | vendredi, 23 mai 2008


EXCELLENT ! Le PS va donc s'éffrondrer et l'on va assister à l'émergence d'un grand arc de la vraie gauche du "vrai PS", jusqu'aux anars modérés, en passant par Besancenot, les Communistes, les Verts, etc.

Et lorsque la politique Sarko sera K.O. après 5 ans de délabrement, et que le PS se sera autodétruit...

DEVINEZ QUI VA PRENDRE LE POUVOIR ?





Allons enfants de la patrie,
Groupons-nous et demain... :)))

Ecrit par : buzzladouar | vendredi, 23 mai 2008


Selon DirectSoir de ce soir, il a dit : "Je suis libéral. La droite aujourd'hui ne l'est pas. La gauche doit se réapproprier, avec fierté, et le mot et la chose."

Attention : il a raison et en avance pour son temps. "Libéral" finira-t-il un jour comme synonyme pour "gauchiste" ? On parle ici de tendances profondes de société, et dans cette matière l'Europe importe très souvent des Etats-Unis.

Ecrit par : Rollo | vendredi, 23 mai 2008


Dire "je suis libéral", ce fut jusqu'il y a peu le genre de coming-out qui plombait l'ambiance, ce sera désormais "très tendance" dans les soirées parisiennes. Et vous cher(-ère) ami,(e) êtes-vous liiiibéraaaaaaal(e) ?

Ecrit par : Archilibéral | vendredi, 23 mai 2008


Ségolène vient de répliquer en disant que "libéral" et "socialiste" étaient antinomiques.
On avance, on avance...

Ecrit par : Landry | samedi, 24 mai 2008


Delanoe est bien plus malin que certains ne le pensent.

Face à une partie d'échec difficile, il essaye de retourner la situation et de jouer avec les blancs.

Il n'affirme pas son adhésion aux idée libérales, au contraire! il sait très bien en bon socialiste que la liberté est une chose dangereuse pour lui et ses camarades si jamais le peuple la demande.

Aussi, pour mieux pouvoir torpiller les libéraux, il s'en revendique! ainsi, il va pouvoir dans les mois à venir vider ce mot de son sens et le pervertir au point que d'ici quelques temps ceux qui oseront demander le recul de l'état seront estampillés gauchistes.

Ainsi, la route sera plus praticable pour lui, puisqu'il est fort prévisible que la "droite" française ne cherchera pas à lui enlever l'héritage libéral.

Abrutir un peu plus le peuple, voilà la technique delanoe ... je crains hélas qu'elle soit efficace.

sam

Ecrit par : sam_00 | dimanche, 25 mai 2008


"La gauche doit se réapproprier, avec fierté, et le mot et la chose."

LA CHOSE ... on croirais que le delanoé parle du monstre du loch ness, ou de la bête du gévaudant.

@sam :

A mon humble avis, vous êtes proche de la vérité ... il ne manque à la droite aujourd'hui que la volonté de réduire l'emprise de l'état, et elle aura trouvé une solution simple et efficace pour relancer le pouvoir d'achat: baisser les dépenses de l'état, et donc les impôts en diminuant les dépenses ... donc le nombre de fonctionnaires.

Vous allez me dire qu'elle le fait déjà? certes! mais pas dans les bonnes proportions ... et en s'excusant de le faire. Alors qu'avec une bonne dose de pensée libérale, elle diminuerait drastiquement le nombre de fonctionnaire et en se sachant dans la bonne voie.

Ecrit par : max | dimanche, 25 mai 2008


Cette déclaration du maire de Paris est tragique.

A la rigueur, s'il avait dit "de gauche et libéral", ça pouvait coller, très bien. Mais "socialiste et libéral"... c'est le degré 0 de la réflexion. La démagogie politique populiste qui fait fi du sens des mots et des définitions des concepts.

Il est rigolo ceci dit, il paraît qu'il citait comme exemple de mesures libérales prises par la gauche: le PACS, la peine de mort et la parité.
Alors, la peine de mort, c'est ni libéral ni pas libéral... ça n'a juste rien à voir.
Le PACS, à la rigueur, et encore... Juste dans la mesure où c'est un progrès dans la reconnaissance des droits aux minorités sexuelles.
Mais alors la parité !!!! Une mesure libérale??? Des quotats????

Non, malheureusement, il s'agit avant tout d'un coup médiatique.
Pour Delanoë, se dire libéral, ça se résume à faire un coming out sur ces préférences sexuelles. Point à la ligne. Et vu qu'il est directement concerné quand il parle de reconnaissances de droits à la communauté hommosexuelle, ça s'apparente presque à une posture corporatiste.

Ecrit par : Bigstop | lundi, 26 mai 2008


"Et sur ce point, Delanoë a raison : "Sarkozy n'est pas libéral"

Il se murmure qu'un certain ALBERT LI serait devenu conseiller politique de Delanoë, à la faveur d'une nuit coquine

Ecrit par : RG | mardi, 27 mai 2008


Je me permets de vous proposer, ci-dessous, le texte intégral de la mise au point de Mme Royal.

http://lamauragne.blog.lemonde.fr/2008/06/02/tres-belle-mise-au-point/

Bien cordialement,

jf.

Ecrit par : jacques | mardi, 03 juin 2008


je trouve au contraire que le vrai libéralisme est de gauche...donner la liberté de destin à chacun est un projet tout à fait dans le corpus idéologique du ps

Ecrit par : romain blachier | samedi, 21 juin 2008


Les vrais libéraux ne font pas de distinction entre les "types" de liberté. Pas de "bonnes" et de "mauvaises" liberté. Dans l'idéologie socialiste, les libertés "sociétales" sont acceptables, alors que les libertés économiques sont "dangereuses".
Il suffit d'ailleurs de lire quelques lignes de son livre pour s'apercevoir qu'il n'est absolument pas libéral.

Historiquement, on ne peut pas vraiment dire que le libéralisme est "de droite" ou "de gauche". Par contre, historiquement toujours, les libéraux se sont toujours opposés tant aux conservateurs qu'aux socialistes.
Effectivement, des libéraux comme Bastiat siégeaient à gauche, mais s'opposaient aux socialistes.

PS: rappelons que "la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits."

Ecrit par : Mateo | samedi, 21 juin 2008


"je trouve au contraire que le vrai libéralisme est de gauche...donner la liberté de destin à chacun est un projet tout à fait dans le corpus idéologique du ps"

Il s'agit là d'une étrange idée !

D'abord le concept "gauche" est problématique. Qu'est-ce que la gauche? La gauche et la droite sont des concepts mouvants. Le curseur a bougé dans l'histoire. Il fut un temps tout le monde était de gauche, bonapartistes, orléanistes, républicains, babouvistes (c'est à dire l'extrême gauche).. tout le monde sauf les partisans de la monarchie absolue la plus réactionnaire.
Les libéraux furent ainsi longtemps de gauche.

De nos jours, la gauche en France commence au niveau du PS.
Le PS est un parti dit "socialiste". Il y a certes des différences (souvent non assumées) entre l'aile centriste et l'aile de gauche, mais le parti continue de se dire "socialiste". Et le corps de ses militants et élus locaux est très à gauche, c'est à dire "socialiste". Le terme socialiste a une définition précise. C'est une doctrine particulière et bien définie qui ne laisse de place aucunement au libéralisme.

Le PS évoluera peut-être à l'avenir, mais à ce jour, c'est un voeu pieux.

On a, à mains égards, tort d'accorder au PS et à ses représentants le bénéfice de pouvoir revendiquer le "libéralisme politique".
Il est évident qu'ils ne sont pas libéraux au sens économique du terme, mais ils ne sont pas libéraux non plus au sens politique et ce pour 3 raisons:

1- Les libertés économiques ne sont pas toujours séparables des libertés politiques. Le PS n'est pas un défenseur du droit de propriété par exemple. Sa doctrine fiscale de la redistribution par exemple est incompatible avec le droit de propriété. Or il ne peut y avoir de liberté politique sans droit de propriété.

2- S'ils défendent la liberté dans le domaine des moeurs, à l'instar de Delanoe qui défend les droits de la communauté homosexuelle (par provocation contre les conservateurs? Par corporatisme? Par reaction contre la religion catholique?), ils ne sont pas pour autant des défenseurs du libéralisme politique. Le PS n'a pas renoncé au projet révolutionnaire et jacobin de façonner un "homme régénéré". Aussi, ils n'acceptent les libertés individuelles que dans la mesure où elles correspondent à l'idéal du citoyen socialiste et progressiste. Ca explique pourquoi dans les régimes communistes les homos furent persécutés d'ailleurs. La sphère privée, et la liberté que les marges de manoeuvre de liberté que les individus peuvent exercer dans cette sphère privée sont très limitées. Seuls les régimes fascistes ont osé aller aussi loin dans l'intrusion de l'Etat et de la doctrine d'Etat jusque dans les familles, dans l'éducation des enfants, dans le comportement individuel dans le cercle privé en imposant ce qui est convenable et acceptable.

3- Le libéralisme politique n'est pas qu'affaire de libertés individuelles, mais aussi institutionnelles. Les grands philosophes libéraux ont d'ailleurs faits leurs armes sur ce thème au début: organiser les régimes politiques afin qu'ils ne soient pas autoritaires, qu'ils n'abusent pas de leurs pouvoirs, que les majorités ne persécutent pas les minorités, que les pouvoirs s'équilibrent, qu'il existe de véritables contre-pouvoirs. L'idéal institutionnel du PS, c'est un modèle très jacobin, centralisé, de tyrannie de la majorité (qu'on présuppose socialiste) sans aucun contre-pouvoir efficace, tous les organes étant par hypothèse soumis et adhérents à la doctrine). Les parodies de contre-pouvoirs, verrouillés par la démagogie et le populisme (cf la démocratie participative de Royal) ne constituent pas des garanties suffisantes.

Le fait qu'on reconnaisse au PS sa prétention de défendre un certain libéralisme politique est à mon sens un des signes les plus évidents de la médiocrité, de l'absence d'esprit critique et de la méconnaissance des concepts de base de la philisophie/science politique au sein des analystes (qu'ils soient journalistes ou non) de la scène politique française.

Ecrit par : bigstop | dimanche, 22 juin 2008

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