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vendredi, 22 février 2008
Interview par Lomig Unger
Lomig Unger tient un blog intéressant, politique.blomig.com, dans lequel il avait déjà parlé d'Alternative Libérale en avril 2007, autant dire une éternité. Lomig défendait alors (et sans doute toujours) une transversalité des valeurs libérales à l'opposé du principe de constitution d'un parti politique fondé sur elles. L'exemple des verts montre pourtant qu'en tenant une place sensible sur l'échiquier politique, l'impact de leur socle idéologique a été largement supérieur à ce qu'il aurait eu si les verts étaient restés vides cantonés au seul monde associatif.
Très récemment, Lomig m'a sollicité pour répondre à six questions sur mon libéralisme. Après avoir un peu tardé à répondre, occupé par différentes affaires prenantes que je vous laisse deviner, voici mes réponses, reprises sur Agoravox :
Peux-tu nous dire quelques mots sur ton parcours (personnel, professionnel, politique) ?
38 ans, père d’une fille en 2eme année de prépa, cadre bancaire depuis 1991. Peu attiré par la politique, je me suis intéressé au libéralisme vers 2003, lors des grèves contre la loi Fillon. Les propos d’Alain Madelin que j’avais pu lire dans la presse m’avait toujours paru très sensés, sans que je cherche à en savoir plus jusque là. L’organisation de la manifestation du 15 juin 2003 « contre les blocages, pour les réformes » m’a plongé directement dans le bain de l’activisme libéral. L’association Liberté Chérie, que j’ai présidée pendant un an en 2006, permettait enfin d’agir pour marquer les médias et développer un discours nouveau auprès du grand public. Je me suis aussi impliqué dans les Cercles Libéraux d’Alain Madelin, qui m’ont beaucoup appris. Grâce à l’émergence d’une blogosphère active et de forums importants comme liberaux.org, de solides réseaux militants se sont enfin rapidement développés.
Comme un certain nombre de libéraux, je me suis rendu compte qu’à côté des associations de terrain comme Liberté Chérie, des Think Tanks comme l’Ifrap ou des groupes de pression comme Contribuables Associés, il manquait un parti pour occuper l’arène politique. En 2006, nous avons donné naissance à Alternative Libérale sans élus ni ressources autres que les nôtres.
Aujourd’hui, Alternative Libérale devient la référence libérale de la sphère politique. Si nous sommes encore une petite formation, peu connue du grand public, notre impact commence à être réel. Plusieurs personnalités politiques cherchent à travailler avec nous pour bénéficier de la richesse de nos réflexions, de nos propositions et de notre capacité militante.
Pascal Salin définit dans son livre “Libéralisme”, un libéralisme humaniste et un libéralisme pragmatique (ou utilitariste, qui met une dose de libéralisme quand ça l’arrange, et maintient la contrainte étatique quand ça l’arrange), pour montrer que seul le libéralisme humaniste est cohérent, dans un souci de ne plus utiliser la contrainte comme moyen d’échange. Quelle est ta position sur ce point ?
L’opposition entre libéralisme éthique et utilitariste n’est pas si simple. Une bonne pédagogie associe souvent les deux approches en fonction du sujet ou de l’interlocuteur. Personnellement, je ne crois pas que la pensée libérale offre des réponses à tout, et surtout des réponses uniques à des questions spécifiques. Dans un environnement profondément Etatique et encore hostile à notre pensée, la réflexion des libéraux doit porter sur les points névralgiques de notre « modèle social » qu’il est réaliste d’attaquer, et sur les attentes insatisfaites des Français auxquelles notre discours apporte une réponse. Inutile, selon moi, d’aborder des thèmes trop déstabilisants ou trop abstraits tels que la fin du monopole des banques centrales. Il y a suffisamment à faire avec, par exemple, nos propositions sur l’école, le statut de la fonction publique dans la réforme de l’Etat, ou sur les corporatismes.
Cela ne m’interdit pas d’approfondir ma réflexion personnelle avec la lecture de Mises ou de Hayek. Mais l’action politique consiste à dialoguer avec un public qui se fiche de la pensée libérale et qui ne s’est jamais posé de questions aussi fondamentales et abstraites. Le convaincre exige davantage de talent pédagogique que philosophique. Deux grands auteurs classiques ont choisi cette approche de vulgarisation destinée au grand public : Frédéric Bastiat avec “Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas” et, plus récent, Henry Hazlitt avec “L’économie politique en une leçon“.
N’y a t-il pas un paradoxe à vouloir être élu quand on est libéral ? Puisque le libéralisme dénonce dans une large mesure la contrainte étatique, et l’intrusion des pouvoirs publics dans les affaires privées…
Compte tenu du degré d’Etatisme en France, les libéraux ont encore une marge considérable avant de rentrer dans des considérations plus pointues au sujet du périmètre “naturel” des pouvoirs publics. Plus concrètement, mon engagement politique a d’abord pour ambition de réduire le poids de l’Etat, et nous avons de la marge dans cette voie. Pour vous montrer à quel point nous aimons scier la branche sur laquelle nous sommes assis, nos candidats aux cantonales proposent la suppression des conseils généraux pour en attribuer les compétences aux communes ou aux régions. Etre élu pour supprimer son mandat, c’est osé. Le message passe de mieux en mieux dans l’opinion publique, et je suis heureux de voir que le rapport Attali l’a repris.
Bref, comptez sur nous pour assumer pleinement notre programme de réduction de l’Etat.
Le contexte français, avec un Etat très fort et très présent, semble très défavorable aux libéraux : si on cumule le nombre de fonctionnaires, au nombre de ceux qui récupèrent de l’argent de la redistribution étatique, cela fait tout de même beaucoup de potentiels opposants à des réformes vraiment libérales. Comment comptez-vous convaincre les français de voter pour vous ?
Je ne crois pas que ce soit le poids de l’Etat qui rende les Français plus hostiles au libéralisme que nos voisins. De nombreux pays sont beaucoup plus libéraux avec des Etats forts. Je vois surtout notre inculture économique à l’origine de cette appréhension. Enseignants, journalistes et artistes ne comprennent pas les rouages de l’échange. Ils s’enferment dans leurs propres contradictions qu’ils ne cessent d’enseigner et de diffuser aux Français depuis des générations.
L’échiquier politique est très en retard sur l’opinion, c’est pourquoi Alternative Libérale a un réel potentiel. La droite reste profondément conservatrice et méfiante à l’égard du capitalisme et de la mondialisation. La gauche française reste anticapitaliste pour des raisons historiques. Vivant une crise profonde, elle est en train de se transformer dans la douleur. Elle se rend compte qu’elle va devoir choisir entre une ligne anticapitaliste idolâtrant Bové, le Che et Chavez, et une gauche social-démocrate beaucoup plus proche du libéralisme. L’émergence d’une gauche qui accepte l’économie de marché, la concurrence et le risque devrait avoir un profond impact culturel sur les Français. Mais ce n’est pas pour tout de suite, et les quelques hommes politiques ouverts aux idées libérales se trouvent encore au centre droit.
Deux tendances me donnent de l’espoir : la forte croissance du nombre d’expatriés offre aux familles des témoignages directs bien plus efficaces que tous les discours du monde. Ensuite, Internet a ouvert les volets en grand, permettant à tous d’aller regarder ailleurs. Dans un monde profondément attaché à la Liberté, l’anachronisme de notre modèle commence à apparaître clairement aux Français, ainsi que les risque qu’il leur fait courir à terme. Et ils apprennent vite. Je suis très optimiste pour les années à venir.
Je suis d’accord avec les fondements philosophiques du libéralisme. Une seule question me turlupine : le libéralisme défend un droit strict à la propriété privée (propriété de soi, propriété du fruit de son travail, etc…). Un enfant battu et détruit par sa famille doit-il être considéré comme nécessitant une protection particulière, à ce titre ? Qui organisera son “sauvetage” ?
Un enfant a des droits fondamentaux indiscutables, l’autorité parentale n’est pas illimitée. La justice doit pouvoir être saisie pour déterminer s’il y a atteinte à ces droits ou non, notamment si cette atteinte est le fait des parents. Par qui, comment ? C’est un sujet extrêmement délicat pour lequel je n’ai pas de réponse simple et tranchée. Il est surtout important que des institutions dédiées puissent assurer la relève de l’éducation des enfants lorsque les parents ont commis des actes graves à leur égard. Je crois nettement à l’avantage d’institutions privées ou semi privées sur un organisme public comme la DDASS. Elles assurent leur mission sous le regard vigilant de leurs membres contributeurs alors qu’au sein d’un organisme public, personne ne connaît la notion de responsabilité.
Quelles sont, pour toi, les champs d’action légitimes de l’Etat ?
Dans un monde idéal, cette question ne se pose pas puisqu’il est sans Etat. Mais cette utopie relève du conte de fées. D’un point de vue plus pragmatique, je pense que l’Etat doit continuer à superviser le pouvoir de la Justice et la sécurité tant intérieure qu’extérieure, ce qui n’est nullement contradictoire avec l’émergence de tribunaux privés, par exemple de proximité, ou le développement des sociétés de sécurité. A mon sens, l’Europe est l’échelon nécessaire pour assurer notre défense extérieure et prendre en main notre politique étrangère.
A titre personnel, je suis attaché à l’accès général à l’enseignement et à l’universalité d’une couverture santé couvrant les soins essentiels. Sans réaliser lui-même ces services, l’Etat doit pouvoir les garantir à tous. Je crois au rôle redistributif de l’Etat, même simplifié et allégé, tant que la société civile n’est pas en état de prendre le relais, par exemple sous la forme de l’impôt négatif de Milton Friedman.
17:35 Publié dans Libertés individuelles, Société, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Lomig Unger, Libéralisme







Commentaires
>salut,
merci pour ce lien vers mon blog (Expression Libre)...
A vrai dire, entre temps, j'ai lu le bouquin de Pascal Salin, et je t'avoue que je ne sais plus si j'écrirais la même chose sur le fait de rester "indépendant" ou de participer à l'exercice du pouvoir dans un autre parti...
Pascal Salin met en avant un argument de poids, à mon sens : le libéralisme n'est pas à saupoudrer quand ça nous arrange...si on est contre la contrainte, on l'est toujours car elle est toujours illégitime.
Je n'ai plus d'avis tranché là-dessus, et c'était une des raisons de mon rapprochement avec toi : pour comprednre la position d'AL...qui visiblement est loin d'être "unique" en ce moment..
à bientôt =
Ecrit par : LOmiG | vendredi, 22 février 2008
>Aurélien nous cacherait-il qu'il est atteint d'une grave maladie ? Pour en savoir plus :
http://blogs.aol.fr/ href="mailto:saviorofzeworld@neuf.fr">saviorofzeworld@neuf.fr/sos-encephalite-conservatrice/
Ecrit par : WCCL | samedi, 23 février 2008
>Bonjour Aurélien,
Rien à redire sur l'interview. Je ne suis pas d'accord sur le fait que l'Etat doive resdistribuer les richesses, assurer l'enseignement et la santé de tous, mais ce n'est pas de ça dont je veux discuter.
Tu es candidat à la présidence d'Alternative Libérale.
Tu étais pour le soutien à Bayrou, tu m'a dit ne pas le regretter et tu veux à ce que j'ai compris continuer de faire des alliances avec des partis proches de nous.
Pourquoi pas.
Mais en quoi être associé à une planche pourrie comme Bayrou-Sarkozy-Royal (je les met dans le même sac) nous aidera à faire passer les idées libérales dans l'opinion publique ?
N'est ce pas au contraire le meilleur moyen de les discréditer ?
Moi je milite depuis longtemps pour les idées libérales et je suis convaincu qu'un parti libéral serait une excellente chose pour faire avancer nos idées.
Mais si après avoir fait beaucoup d'efforts pour esssayer d'expliquer nos idées, il faut qu'on s'entende dire que finalement Sarkozy-Bayrou-Royal c'est drôlement chouette et qu'on les soutient, autant te dire que je n'ai pas trop envie de me fatiguer pour ce genre de parti "libéral" là.
Merci donc de me dire ce que tu en penses.
Tous les lecteurs du Champ Libre attendent tes réponses. (il n'y en a pas beaucoup rassures toi)
Ecrit par : Le Champ Libre | samedi, 23 février 2008
>Christophe Vincent, tu devrais lire un peu les textes des sites sur lesquels tu reviens régulièrement exposer le même projet qui semble vraiment te tenir à coeur, avant de réciter ton mantra en boucle.
Je t'ai déjà répondu de nombreuses fois sur le soutien à Bayrou, manques-tu de mémoire à ce point ou bien est-ce une obsession que je commence à trouver presque pathologique ?
Nulle part ai-je parlé d'aller vers des alliances, ce type de décision relevant du Conseil National et nos membres manifestant surtout l'envie que notre parti grandisse dans l'indépendance.
Je ne suis pas plus partisan de Sarkozy, de Bayrou ou de Royal. Je ne suis pas pour autant favorable à l'autisme politique. Alors que des centaines de milliers d'électeurs ont soutenu Madelin en 2002, sommes-nous condamnés à végéter comme un groupuscule qu'on ne consulte qu'au moment des grèves pour jouer les vilains "anti-syndicalistes" ?
Je crois que nous méritons mieux, cela exige un effort dans notre ligne et dans notre ouverture au dialogue avec autrui.
Ecrit par : Aurel | samedi, 23 février 2008
>Aurélien,
Excuse moi d'être un cas pathologique qui récite son mantra en boucle (décidément le respect chez les dirigeants d'AL, on en parle beaucoup, mais on ne le voit pas venir).
Tu es pour un parti ouvert et indépendant ? Super.
Mais y a t-il quelqu'un qui est pour un parti fermé et dépendant ? Personne.
Excuse moi donc de chercher à préciser les choses et de ne pas m'en tenir aux beaux discours.
Tu étais pour le soutien à François Bayrou (comme Edouard et Sabine d'ailleurs).
Tu as dit dans un autre commentaire sur ce blog (tu vois, je les lis) que tu ne regrettais pas ce soutien (sur le fond du moins).
OK.
J'ai cru comprendre que tu étais pour que l'on fasse même dans l'avenir d'autres alliances de cette sorte.
OK.
Je ne suis pas moi-même autiste (désolé de te contredire), contre toute alliance. Si l'on a VRAIMENT la possibilité d'appliquer une partie de nos idées en s'alliant avec tel ou tel parti, pourquoi ne pas y aller en effet.
Mais franchement, avec François Bayrou, auriez vous pu appliquer quoi que ce soit ? Je crois que la réponse est non.
Donc moi mon propos est le suivant. Des alliances, pourquoi pas. Mais nous n'en sommes vraiment pas là. Je pense qu'il faut défendre les idées libérales sur le long terme et acquérir un électorat. Après, on pourra se poser la question de faire des alliances ou non.
Mais chercher à avoir des élus à tout prix en faisant des alliances comme celle que vous avez faites avec François Bayrou, je ne pense pas que soit une bonne idée : cela discréditera les idées libérales au lieu de les faire avancer.
Voilà mon propos. (mon mantra pathologique pardon)
Donc comme tu as dit ne pas regretter le soutien à Bayrou et vouloir poursuivre dans cette voie, je te demande de préciser les choses pour que tout soit bien clair pour tout le monde.
Ecrit par : Le Champ Libre | samedi, 23 février 2008
>Bonjour,
Quelqu'un peut-il m'indiquer où je peux trouver la profession de foi d'Aurélien Véron? Y a-t-il autre chose que le post du 12 février ici?
Il est dommage que la profession de foi d'un candidat à la présidence du parti ne soit pas signalée en tête de son blog, en mode clignotant , avec un gyrophare, une sirène et une petite main virtuelle qui saisit le lecteur par les burnes (ou la foufoune).
D'habitude, un homme politique, on n'a pas à la lui demander, sa profession de foi. Il vous la colle dans la gueule d'office.
Ecrit par : Robert Marchenoir | dimanche, 24 février 2008
>Le blog de Lomig est super! Il interview même des personnalités comme Olivier Bonnet (devenu boucher depuis peu) qui crache sans cesse sa haine sur les libéraux. et censure sur son blog toute critique hostile à Chavez.
Lomig écrit des articles où plusieurs sensibilités différentes débattent dans le respect mutuel.
Ecrit par : Aurélien | mercredi, 27 février 2008
>@Robert Marchenoir :
En page d'accueil du site national AL, en haut à droite :
http://www.alternative-liberale.fr/
Ecrit par : Landry Thomazo | mercredi, 27 février 2008
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