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jeudi, 31 janvier 2008

N'aggravons pas la situation de la Société Générale

Un jeune homme qui voulait devenir "trader exceptionnel" est devenu "escroc exceptionnel" (voici comment). Pas de bol pour la Société Générale qui s'est retrouvée contrainte à liquider une position gigantesque dans les pires conditions. Ce timing très malchanceux a multiplié la perte initiale par plus de 3. Aujourd'hui, ce beau fleuron bancaire français est affaibli, un genou à terre. La Société Générale est devenue une proie idéale pour un groupe bancaire en quête d'expansion (son cours s'est d'ailleurs envolé de +10 % le jour où les actionnaires l'ont compris !), quoi qu'en pensent Nicolas Sarkozy et  Henri Guaino. Ce dernier ose avancer que «Dans le système financier tel qu'il est, nulle part dans le monde, un patron de banque ne sait exactement ce qui se passe dans sa banque. Plus personne ne sait où sont les risques et quelles sont les valeurs exactes des actifs». Notre conseiller spécial n'a pas dû lire la presse : les positions de notre trader malhonnête concernaient des produits extrêmement simples et faciles à suivre, très loin des montages sophistiqués.

 

Mais voilà. Personne n'est plus mauvais que l'Etat dans la gouvernance et le pilotage d'entreprises ! Du Crédit Lyonnais à EADS, l'Etat accumule les prix au hit parade des scandales. D'ailleurs, le conseil d'administration de la banque a choisi de garder Daniel Bouton pour le moment, contrairement aux exigences d'un Sarkozy totalement incompétent pour enjuger, totalement illégitime pour en décider. On ne jette pas le capitaine par-dessus bord en pleine tempête, quoi qu'en pensent nos politiques.

 

Reprenons. Un monde sans risque n'existe pas. Le risque zéro, c'est l'activité zéro. Même dans un univers bancaire réputé pour la qualité de son contrôle des risques, l'acumulation d'erreurs et le talent d'un fraudeur peuvent aboutir à ce type d'accident. Fort rarement heureusement. Si les procédures se renforcent continuellement, elles ont un coût financier mais aussi un coût en terme de déperdition d'énergie (procédures multiples qui ralentissent la réactivité et limitent les capacités d'action de nombreux opérateurs de marché). Ces procédures, en se compliquant, offrent aussi des failles de plus en plus complexes à déceler une fois qu'un opérateur malhonnête sait les exploiter. C'est particulièrement vrai dans des multinationales dont les structures centralisées sont vite très lourdes. L'équilibre n'est pas facile à trouver entre un niveau de contrôle élevé, coûteux, et un niveau trop faible qui expose à des erreurs et des fraudes d'ampleur.

 

En attendant, chaque intervention de nos gouvernants met de l'huile sur le feu, amplifiant la médiatisation du scandale, fragilisant les plans de reprise du groupe par des banques qui pourraient faire grimper le cours de la banque et lui offrir un bel avenir. Bref, l'immixtion des politiques dans cette affaire pénalise les salariés du groupe ainsi que les actionnaires, dont il ne faut pas oublier que 10 % sont aussi salariés de la SG.

 

Les membres du gouvernement et notre président de la république ont tous largement montré leur totale méconnaissance des rouages économiques. Dans une situation aussi grave, je leur recommande d'éviter les déclarations populistes dont ils sont coutumiers. Elles sont non seulement extrêmement dommageables pour la résolution de cette crise, elles le sont aussi pour l'ensemble de notre économie.

Le meilleur score d'Alternative Libérale aux législatives

4f149e88840d2c93b3f10824de697ea6.jpgJ'ai enfin rencontré le candidat qui a fait le plus haut score d'AL en 2007 sous les couleurs d'Alternative Libérale. Ce n'est pas Louis-Marie Bachelot, ni Sabine Herold. Cela ne se passe pas dans le 16eme ou à Neuilly, n'en déplaise aux mauvaises langues. Non, David Pierre-Bloch a "scoré" 2.1 % avec 565 voix dans le 19eme arrondissement ! Il défend aujourd'hui sa liste pour les municipales dans le 18eme arrondissement.

 

Je lui adresse rétrospectivement toutes mes félicitations.

lundi, 21 janvier 2008

Rapport Attali : une bombe bien étrange

Ca y est, le rapport Attali a été publié et mis en ligne quelques heures vendredi soir avant que LesEchos.fr ne le retirent sous la pression (probable et légitime) de la commission. Quelques petits malins auront eu le temps de la télécharger (he he !). Et de le lire rapidement pour le commenter à chaud. Résultat : une vraie bombe commentée par tous les journaux samedi ! Imparfait, bricolé par certains aspects, il propose toutefois un vrai changement structurel de société. On y retrouve une certaine vision technocratique typique de notre élite colbertiste, mais aussi une vraie approche libérale dans ses points essentiels. C'est suffisamment rare pour être remarqué.

 

Globalement, ce rapport relève plus d'un projet de société que d'un plan pour libérer la croissance. Les 314 propositions, étalées de la page 33 à la page 225, auraient pu servir de programme à un parti politique. Parmi elles, on trouve aussi bien le doublement des heures de formation des assistantes maternelles que la suppression des départements sur 10 ans. Mesurette typiquement planiste contre une proposition vraiment révolutionnaire. Bref, il faut faire son marché et espérer que Nicolas Sarkozy en retiendra les mesures les plus fondamentales : plutôt la disparition des départements que les heures supplémentaires de formation des assistantes maternelles et des éducatrices de crêche. Bien qu'il ait déjà annoncé son refus de supprimer le "principe de précaution" de la constitution, il faut rester positif et pousser la mise en oeuvre des mesures les plus audacieuses du rapport. 

 

 

La 1ere partie, "Participer pleinement à la croissance mondiale", commence sur un style plutôt dirigiste. Les bonnes idées doivent s'imposer à tous telles quelles, sans place pour l'initiative, l'expérimentation ou la diversité de modèles. Les propositions concernant la recherche sont tout de même intéressantes : financement par mission, contrats à durée déterminée de 3 ans pour les chercheurs, renouvelables en nombre limité de fois (décisions 29 et 30). Le 2eme chapitre sur les TPE et les PME n'introduit rien de très audacieux, c'est bien dommage. Le 3eme chapitre sur "Les révolutions à ne pas manquer" apparaît bien naïf, sinon inutile. Le secteur du net et des nouvelles technologies n'est clairement pas leur fort. L'économie de la santé est traitée plutôt légèrement, balayée rapidement dans l'esprit touche-à-tout de la commission qui semble bien vouloir se mettre à la place de tous les acteurs de notre pays et leur recommander quelques pratiques supposées meilleures. Au final, cette partie a une allure de gosplan un peu dépoussiéré. C'est clair. Ce sera aux entrepreneurs obéissants de suivre ces consignes. Au taf !

 

 

La 2eme partie, "Des acteurs mobiles et sécurisés",  ouvre des portes bien plus intéressantes. Elle commence par une réforme confuse du syndicalisme dans la quelle on sent que de bonnes questions ont bien été posées, mais sans réponses satisfaisantes. On sent que la commission a choisi de rester dans l'ambiguïté en traitant ce domaine tabou, alors qu'on sait que la réforme du syndicalisme peut avoir un impact déterminant sur la croissance en faisant évoluer les relations sociales de la confrontation vers la coopération.  Le chapitres 2, "De nouvelles sécurités", n'a rien d'enthousiasmant, exception faite de la possibilité de cumuler un emploi et la retraite, si on considère cette décision comme une révolution. Les chapitre 3 et 4 axés sur "La mobilité sociale" et "La mobilité géographique" ne sont pas plus audacieux. Bourse des HLM, transformation de 25 % des loyers HLM en capitalisation pour baisser le coût d'acquisition du logement social par leurs occupants, suppression des droits de mutation jusqu'à 500.000 euros de transaction et quelques points intéressant sont isolés dans un lot de propositions banales.  C'est peut-être une méthode pour avancer de quelques petits pas, c'est aussi un risque de voir ce bric à brac de mesures dilué ou enterré par manque de lisibilité.

Le vrai bouleversement vient du chapitre 5 : "La mobilité économique : étendre et mieux organiser la concurrence". Le rapport propose de faire sauter de nombreuses corporations afin d'ouvrir notre économie au jeu de la concurrence, porteuse d'innovation, de création de valeur et d'emplois. le chapitre est à lire dans le détail, très attentivement. Malgré un certain colbertisme, le projet va très loin.

Le chapitre 6 sur "La mobilité internationale", ose attaquer de front l'approche anti-immigration du gouvernement. Clairement, l'ouverture des frontières est porteuse de valeur. La décision 222 propose de simplifier la délivrance d'autoriation de travail pour les travailleurs étrangers, privilégiant une sélection par les compétences plutôt que sur des secteurs prédéfinis comme c'est le cas aujourd'hui. Le gouvernement va-t-il accepter de revenir sur sa stratégie dans ce domaine qui a été un thème de campagne important ? Espérons-le, sans grand espoir.

 

La 3eme partie du rapport s'intitule "Une meilleure gouvernance au service de la croissance". Entre de nombreuses mesures dictées par le bon sens, quelques points forts : pour lutter contre le coût de l'inflation normative, le rapport préconise une évaluation systématique de tout nouveau texte législatif ou réglementaire (proposition 230). Pour réaliser une réforme de l'Etat digne de ce nom, la proposition 247 préconise de transformer l'Etat en agences autonomes. Implicitement, c'est une remise en question du statut de la fonction publique, des corps et de sa rigidité managériale. Comme le montre le rapport de Gérard Braun, c'est surtout la voie empruntée par de nombreux pays pour parvenir à moderniser leur Etat et à le rendre plus performant et plus réactif. Le 4eme chapitre n'apporte rien de très nouveau au secteur de la santé, sinon l'instauration d'une réelle autonomie des hôpitaux publics, calquée sur le modèle des cliniques privées. En fin de cette dernière partie, la décision 298 propose de fusionner les charges salariales et patronales, dont nous savons l'impact . Avant, point suivant, de proposer une mini TVA sociale pourréduire leur poids de 3 %, une goutte d'eau.

 

Il est fort étonnant de voir l'entreprise traitée avec aussi peu d'audace que la réforme de l'Etat ou que le thème de l'immigration. Le plan d'aide aux PME/TPE est faible, la réforme du code du travail est deportée très limitée et la vie syndicale seulement un peu modernisée. L'entreprise est pourtant au coeur de la création de valeur. Cette négligence s'explique sans doute par la composition de la commission. Nos 41 intellectuels, économistes et représentants de grandes entreprises ont sans doute plus eu à coeur de redessiner l'architecture de notre société, parfois dans des domaines sans rapport avec la croissance, que de se pencher sur les freins à la croissance...des entreprises. L'attaque en règle des corporations constitue certainement le point fort pour redynamiser nos entreprises dans ces secteurs aujourd'hui fermés. Le résultat est finalement bien étrange, un OVNI dans le paysage politique français. Tentons d'en défendre les meilleures décisions.

dimanche, 20 janvier 2008

Non, je ne suis pas le fils de Carla Bruni

Je remarque qu'un certain nombre de visiteurs sont venus sur mon site en cherchant Aurélien Bruni. Nous avons un point commun : nous appelons tous deux "Aurélien". Bon. Concernant nos poids et mensurations, je n'en sais pas plus. Si Carla a plus de printemps à son actif que moi, ce ne sont pas les quelques mois qui nous séparent qui lui permettent de prétendre être ma mère...ou en tout cas à ceux qui m'ont trouvé de me donner l'âge de son fils. Et je vous promets que Carla n'est jamais passée dans mon lit non plus. Bref, il s'agit d'un malentendu, rien de plus. Si toutefois vous aviez le télephone de la mère, je vous serais reconnaissant de me l'envoyer par mail, j'ai deux mots à lui dire.

samedi, 19 janvier 2008

Sarkozy nous étonnera toujours

Vous comprenez quelque chose, vous, à Edgar Morin ? Honnêtement. La pensée complexe ? L'auto-éco-organisation ? Le principe dialogique et celui de récursion ? Oui ? Et celui hologrammatique ? Et les six volumes de La Méthode, vous avez lu une seule intro ?

Et puis, il y a "la politique de civilisation". Pour Edgar Morin, la politique de civilisation "vise à remettre l'homme au centre de la politique en tant que fin et moyen et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être". Ouah ! Entre la complexité complexe et le banalissime "bien-vivre", on a dû louper des cours intermédiaires...

Sérieux. Qu'un philosophe décrive aujourd'hui la complexité du monde et se risque à la déchiffrer en faisant appel à une "méthode" complexe est très louable et très nécessaire. Personne ne doute qu'Edgar Morin est un penseur intéressant.

Mais que Nicolas Sarkozy le reçoive et adopte brutalement sa "politique de civilisation" pour nous en bassiner depuis Noël, en France comme à l'étranger, alors là, on reste interloqué. Le dirigeant le plus matérialiste que la France a eu depuis Pépin le Bref, qui nous expose continûment en "une" ses yachts et ses petites pépés, qui aime l'argent et ne s'en cache pas, qui a fait de la croissance sa priorité - ô combien avec raison -, nous évoque maintenant l'amour et Dieu.

 

Ce n'est pas moi qui exprime ainsi ce sentiment d'étonnement mais Eric Le Boucher dans son edito de ce soir. Le ton est rude, la critique sans appel :

Le hic du truc, c'est que Nicolas Sarkozy manquait de cohérence, et voilà qu'il nous propose une métacohérence : tir au-dessus, disent les artilleurs. Au mieux c'est une diversion, au pire c'est une erreur.

 

 Lisez l'intégralité du texte, ça vaut le coup !

vendredi, 18 janvier 2008

Les enseignants de SES sont-ils responsables du chômage ?

La question est outrageusement provocante, mais elle est souvent avancée dans les débats récurrents sur l'impact de l'enseignement sur la culture économique des Français. De ce fameux "formatage" découlerait la méfiance largement répandue à l'égard de l'entreprise et de la concurrence. Il est vrai que les Français ne comprennent pas grand chose aux mécanismes de l'échange, à commencer par nos politiques, ce qui alimente le sentiment de méfiance à l'égard du marché et de la concurrence. La part de responsabilité de l'enseignement de l'histoire-géographie ou des SES me paraît toutefois très marginale dans cette spécificité française. Ce qui ne veut pas dire qu'elle est nulle, ou qu'elle ne complète pas efficacement la même approche de nombreux médias tout aussi engagés.

 

Notre "société de défiance" si bien exposée par Pierre Cahuc, repose sur des fondements bien plus consistants. L'auteur cite essentiellement le corporatisme, qui bloque la mobilité sociale et l'égalité dans la concurrence, et l'Etatisme qui fige toute la sphère sociale à laquelle il se substitue progressivement.  En restant dans le périmètre scolaire, Thomas Philippon auteur de l'ouvrage "Le capitalisme d'héritiers", propose une analyse complémentaire. Notre pédagogie scolaire entretiendrait autrement mieux, selon lui, notre tradition d'autorité hiérarchique, de parcours élitiste et solitaire et d'absence de coopération ou de délégation. Les élèves ne sont pas là pour apprendre à coopérer en équipe, à débattre ou à s'épanouir ensemble dans le respect des règles de vie collective. Ils sont là pour écouter en silence, apprendre seuls et répondre mécaniquement aux exigences élevées des multiples enseignants qu'on leur impose, avec un système de notation particulièrement humiliant (le summum étant la prépa). En clair, la responsabilité de notre enseignement dans cette défiance générale est surtout due à son mode de fonctionnement, bien plus qu'au contenu que les élèves savent plus facilement remettre en cause seuls (et ce  d'autant plus que les enseignants ont perdu de leur prestige aux yeux d'élèves qui doutent bien plus facilement qu'autrefois).

 

La source de défiance des Français à l'égard du marché (mais aussi des institutions, des syndicats, des politiques...du voisin de palier) provient aussi des entreprises elles-mêmes, et pas seulement de l'Etat ou de nos corporatismes. Une étude révélait il y a quelque temps que les salariés français étaient méfiants à l'égard de leur hierarchie, de même celle-ci l'était à leur égard. Ce rapport malsain privilégie naturellement une culture de la confrontation plutôt que de la coopération. Par comparaison, le mode de management courant des entreprises des autres pays de l'OCDE repose sur une culture moins autoritaire, moins hierarchique que la nôtre et bien plus coopérative. On y délègue facilement afin de laisser une vraie autonomie à tous les niveaux de l'échelle. Résultat : les salariés, même dans un environnement très flexible, y sont bien plus heureux au travail que chez nous. Moins figés dans leur statut, les salariés y ont meilleur espoir d'évoluer. La confiance est plus forte, ce qui explique une bien meilleure perception courante des entreprises et du marché. De la même manière, les salariés travaillant pour des entreprises étrangères en France sont bien plus contents de leur sort que ceux qui travaillent pour des groupes français. Ce trait saillant confirme bien l'impact défavorable de cette culture managériale archaïque dans la dégradation de nos relations sociales. Donc de l'image des entreprises et de la concurrence, et surtout de la croissance et du chômage.

 

En effet, Thomas Philippon nous prouve que la croissance et la faiblesse du taux de chômage sont bien corrélées à la qualité des relations sociales entre partenaires sociaux au niveau de l'entreprise. Le mauvais état de celles-ci serait donc clairement à l'origine de nos soucis économiques. Bien plus que les réformes du code du travail ou de la fiscalité, c'est bien le retour de la confiance entre employés et employeurs qui constitue le préalable nécessaire au retour de la prospérité. Or, l'essentiel des relations dans le travail sont fixées par l'Etat, sans laiser de marge de manoeuvre à des partenaires qui n'ont par conséquent pas d'espace pour négocier quoi que ce soit. Il reste la confrontation lorsque la direction est un peu fermée au dialogue. Il est d'ailleurs intéressant de noter que dans les entreprises dont le management satisfait les attentes des salariés (en termes d'information, de coopération et de participation aux décisions...), l'activité syndicale est faible, sinon inexistante. Et la qualité de vie au travail bien meilleure.

 

Nous sommes très loin du contenu des manuels scolaires de SES ou de l'opinion des enseignants, il est parfois bon de remettre les choses à leur place...

mardi, 15 janvier 2008

Les enseignants et l'économie

49897d97471e249de3d7e2e31d3c1eb4.jpgLe Figaro nous ressort un vieux sujet, connu de tous mais jamais traité : Les manuels scolaires d'économie en accusation. Sous-entendu : les profs d'éco en accusation, les premiers clients des maisons d'édition. Après tout, ici aussi l'offre répond à la demande, rien de plus. Père d'une jeune fille en prépa d'école de commerce, dont j'ai bien suivi le parcours scolaire depuis l'origine, je confirme le bien-fondé de cette critique. Même dans le semi-privé, le contenu laisse de quoi inquiéter. Il révèle surtout le gouffre qui sépare les enseignants du monde réel. Voici la critique émise par l'article :

 

En classe de seconde, avant même de parler du monde de l'entreprise, un ouvrage comme Magnard consacre une trentaine de pages à la précarité et au chômage. À peine évoquées en seconde, les relations sociales au sein de l'entreprise sont principalement développées en première puis en terminale. Mais le plus souvent étudiées à travers les conflits sociaux que les différents ouvrages valorisent pour faire évoluer le sort des salariés.

En outre, ces mêmes manuels reflètent une image assez étatique de l'économie. Pour Hatier, les pouvoirs publics doivent «remédier aux défaillances du marché». Soit près de 70 pages contre à peine une trentaine pour l'entreprise , quelques pages dans l'ouvrage de Magnard… Agrémenté de caricatures parfois savoureuses sur les patrons et les actionnaires. L'économie de marché n'est pas non plus épargnée.

Source : Le Figaro

 

Le Figaro et moi ne sommes pas seuls à faire ce constat de déformation de la réalité par bon nombre d'enseignants, hélas de bonne foi. L'ex-premier ministre socialiste Michel Rocard, est allé jusqu'à qualifier de «catastrophe ambulante» l'enseignement de l'économie, qu'il rend «responsable du blocage du dialogue social dans notre pays». Or, voici que je retombe sur un blog que j'aime et que je recommande à tous, même si je ne me retrouve pas toujours dans les idées qu'il défend. Notre professeur d'histoire-géographie au collège "Félix-Djerzinski de Staincy-en-France" a écrit ceci en novembre dernier : L'invasion des adolescents ultra-libéraux. Rien que le titre fait saliver le moindre libéral en chasse de perles. Il prend le problème de l'autre côté. Ce ne sont pas les livres qui racontent mal le monde, mais le monde qui ne répond pas à leur vision.

 

Les échanges avec des élèves spontanés, très logiques avec ce qu'on leur présente, sont très savoureux. Les commentaires de l'enseignant confirment le décalage qui existe entre ses convictions personnelles et la perception de la réalité d'une nouvelle génération sans illusions.

 

Moi. -Bernadette, lis-nous le texte 3, s'il te plaît.
Bernadette (en ânonnant). -Préambule de la Constitution de 1946. Article 11. La Nation garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs.
Moi. -Bon, voyons si vous avez compris ce texte. Qui bénéficie d'une protection particulière ?
Bogdan. -Ben "l'enfant, la mère et les vieux travailleurs", non ?
Moi. -Oui, bien Bogdan. Et pourquoi est-ce qu'il faut les protéger ? Parce qu'ils sont plus...
Stéphanie. -... fragiles ?
Moi. -Bravo, Stéphanie, c'est exactement ça. Ils sont plus fragiles, donc il faut mieux les protéger.
Ilias. -Eh mais monsieur, c'est de la discrimination, ça.

 

Que c'est bien vu ! A force de jouer aux nounous, l'Etat parvient à des contradictions tellement énormes qu'elles apparaissent immédiatement à de jeunes enfants. 

 

Moi. -Voilà. Et c'est pour ça qu'on dit qu'en France, l'impôt est progressif : plus vous êtes riche, plus vous payez.
Pierre. -Et les plus riches, ils paient combien ? Style, Pauleta ?
Moi. -Ah eh bien les plus riches, et notamment les footballeurs professionnels, puisque ça t'intéresse, les plus riches peuvent être imposés jusqu'à 50 %.
Pierre. -Ah.
Moi. -Je veux dire qu'ils versent à l'Etat la moitié de ce qu'ils gagnent. S'ils gagnent deux millions, ils doivent en donner un.
Pierre (qui a compris). -Ouaaah !
Une voix. -Tu m'étonnes qu'ils vont tous en Angleterre !
Plusieurs élèves. -C'est pas juste.
[...]

 

En fait, ils posent eux-mêmes la question cruciale :

Moi. -Oui, bien sûr, ça ne fait rigoler personne, de devoir payer des impôts. Mais vous devez essayer de comprendre que ça n'est pas du vol. L'argent des impôts, il va dans une sorte de très grande caisse, qui s'appelle le Trésor public. Et avec cet argent, l'Etat peut financer plein de choses qui rendent la vie meilleure. Et ce sont des choses dont vous profitez, d'ailleurs.
Cindy-Lou. -Style ?

 

Eux ne voient rien venir...

 

Alors, égoïsme ? Oui, sans doute un peu. Mais surtout une lucidité sans concession sur les limites du rôle de l'Etat. Censé assurer notre bien à tous, il a fini par figer la mobilité sociale, porteuse de risque en soi, et la vie sociale, captive de multiples partenaires sociaux supposés représentatifs et associations agréées par les différents pouvoirs publics. Quand l'Etat fait aussi mal ce qu'il fait, n'est-il pas temps de réflechir autrement ? Ces bambins, eux, ont déjà commencé à y penser. Peut-être que l'enseignant qui tient ce blog devrait tenter de regarder le monde différemment.

lundi, 14 janvier 2008

Le culte de la culture du résultat à la Culture

0f020a0d6c3a66a96690a5fd881a3553.jpgDans son action culturelle, le gouvernement a choisi une voie résolument dirigiste. Le mouvement vers l'autonomie totale des musées est stoppé net, la gratuité imposée constituant un grave retour en arrière. La fin de la pub sur les chaînes publiques va engendrer 800 millions d'impôts nouveaux, prélevés notamment sur les factures de téléphonie mobile et Internet. A ces mesures pas si anecdotiques qu'on peut le croire, les critères d’évaluation du travail du ministère de la culture vont ajouter la dimension de la performance. Ce qui est bien naturel à partir du moment où un Ministère existe pour "fonctionnariser" la Culture. Nous pourrons enfin connaître les priorités du pouvoir, en l’occurrence celles que Nicolas Sarkozy a fixées à Christine Albanel, son actuelle ministre de la Culture jusqu'au remaniement attendu.

 

Les grands axes de l'évaluation concernent l'éducation artistique, la démocratisation culturelle dans les musées, la lutte contre le piratage, la place de la France dans la compétition internationale et la politique du patrimoine. S’il est bien connu que "la Culture n'est pas une marchandise comme les autres", les notions utilisées "d'industrie de la culture", de "produits culturels", de "parts de marché" ou de "piratage" montrent qu'elle n'en reste pas moins une marchandise avec des acteurs économiques traditionnels, des segments de clientèle qu'il faut séduire et fidéliser et des produits qu’il faut protéger, vendre et exporter.

Ce qui peut choquer...ou rassurer selon l'angle choisi, c'est l'absence de critères concernant la création dans la grille proposée. Cela confirme que le Ministère de la Culture a pour mission essentielle de produire et de diffuser la Culture en gardant le contrôle maximal sur toute la chaîne, soumettant implicitement l’acte créatif, jugé accessoire, à la validation de ses responsables. La Culture n’est donc qu’un outil au service de l’administration et, dans une certaine marge, des gouvernements successifs, avec une double ambition implicite :

-         Eduquer et divertir le peuple selon des normes dictées par l’administration de la Culture. Ces normes mélangent le divertissement courant à des évènements plus médiatiques, modes éphémères qui donnent une impression d'élévation du niveau général selon des critères prétendus élitistes. Cette forme d’académisme moderne surfe sur un fond uniformément contestataire, forme de "pensée unique" de la création encouragée, sur lequel les gouvernements n’ont que peu d’emprise. En revanche, ceux-ci retirent tout le bénéfice de leur « volontarisme culturel », dernier espace où le nationalisme de gauche comme de droite peut s’épancher sans être taxé de xénophobe ou de ringard.

-         Maintenir accessible une production plus hermétique, fort onéreuse (opéra, ballet, théâtre, art contemporain) destinée à un petit public exigeant, essentiellement parisien. Les contribuables de toute la France financent ainsi 75 % du coût de spectacles et d’évènements qui se prétendent 'élitistes' destinés principalement aux intellectuels et CSP++. 

 

Bref, on le voit bien : la 'Culture' n'est pas une marchandise comme les autres, elle est avant tout comme un outil politique ciblé, entièrement au service des différentes composantes du pouvoir.

Une belle histoire d'amour qui finit bien

Deux personnes s'aiment, s'installent ensemble et vivent une belle histoire pendant 15 ans. Je sors mon mouchoir, c'est trop beau. Un petit garçon est né en 1998, puis une petite fille en 2003. Magnifique. Hors mariage, bon. Après tout, chacun vit son couple comme il le peut. Pour protéger l'avenir des enfants, les parents se sont tournés vers la justice pour demander une délégation parentale croisée. Délégation parentale croisée... étrange pour des parents, non ? Pas tant que ça pour ce couple qui ne respecte pas la règle de la parité. Cette première juridique est passée bien inaperçue en ce début d'année. Signe que le sujet est encore trop tabou ?

 

f638a73f833e3aae515cda1a1042fd80.jpgCette jolie histoire de deux mamans vivant ensemble à Tourcoing méritait un peu plus de publicité que ce que nos médias ont laissé filtré de l'affaire. Non pas pour exposer leur vie privée, mais pour faire avancer une cause importante : l'homoparentalité. Je sais que le sujet fâche beaucoup de monde, mais il me tient à coeur. C'est certainement moins fédérateur que la frénésie sexuelle de Sarkozy, mais pourtant bien plus essentiel pour de nombreux Français dont l'avenir est en jeu, un avenir un peu plus lointain que la probable durée du couple Sarko-Bruni. Sans encourager quiconque ni quelconque préférence particulière, je constate que ces situations familiales existent en soi, indépendamment des normes juridiques établies depuis longtemps.

 

Les bébés ne sont pas apparus dans une rose ou un chou mais bien dans le ventre de leur mère. Chacun dans le ventre de la sienne. Et pour la fécondation, nos deux mères ont fait appel à une procréation médicale assistée réalisée en Belgique (eh oui, en France, c'est interdit).  Après des années de vie commune pendant lesquelles elles ont élevé en commun leurs deux bambins, il leur fallait  prendre des dispositions en cas de maladie, de décès, d'absence ou d'indisponibilité momentanée de l'une d'elles. Elles ont donc déposé une requête pour autorité parentale croisée. "L'objectif était de 'légaliser' la situation pour qu'elles aient chacune l'autorité parentale partagée sur les deux enfants et deviennent légalement co-responsables des deux enfants comme dans une vie de famille classique", a déclaré Maître Pascal Cobert, leur avocat. Voilà deux jeunes enfants dont l'avenir est dorénavant un peu plus sûr.

 

Surtout, cette jurisprudence marque un pas de plus dans la voie de la normalisation du cadre juridique de l'homoparentalité. Un petit pas, mais un pas tout de même.

 

Drôle de coïncidence, un expert réputé de ces questions est candidat aux municipales à Tourcoing : Christian Vanneste. Il sera intéressant de suivre ses commentaires sur le sujet. A suivre...

jeudi, 10 janvier 2008

35 heures maintenues, mais partage imposé des bénéfices en vue

Si le gouvernement a nié vouloir remettre en cause la durée légale du travail après avoir laissé entendre que les accords de branche ou d'entreprise pourraient prendre le pas sur les 35 heures (ce qui revenait à faire exploser l'usine à gaz sarkozyste des heures sup'), Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il réfléchissait à un partage légal des bénéfices des entreprises : 1/3 pour les salariés, 1/3 pour les actionnaires et 1/3 pour l'investissement. Sans évoquer les 33 % d'IS prélevés par l'Etat qui, lui, ne cherche aucunement à partager son pactole avec les autres acteurs, Nicolas Sarkozy semble en bonne voie de reprendre la direction des entreprises françaises d'une main ferme. A quand une école d'encadrement des pratiques managériales sous la tutelle de l'Elysée ?

 


Etrangement, je finis par me demander si Ségolène Royal n'aurait pas été plus sérieuse comme président de notre pays. Allons, allons, il ne faut pas que je m'égare...

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