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mardi, 15 janvier 2008
Les enseignants et l'économie
Le Figaro nous ressort un vieux sujet, connu de tous mais jamais traité : Les manuels scolaires d'économie en accusation. Sous-entendu : les profs d'éco en accusation, les premiers clients des maisons d'édition. Après tout, ici aussi l'offre répond à la demande, rien de plus. Père d'une jeune fille en prépa d'école de commerce, dont j'ai bien suivi le parcours scolaire depuis l'origine, je confirme le bien-fondé de cette critique. Même dans le semi-privé, le contenu laisse de quoi inquiéter. Il révèle surtout le gouffre qui sépare les enseignants du monde réel. Voici la critique émise par l'article :
En classe de seconde, avant même de parler du monde de l'entreprise, un ouvrage comme Magnard consacre une trentaine de pages à la précarité et au chômage. À peine évoquées en seconde, les relations sociales au sein de l'entreprise sont principalement développées en première puis en terminale. Mais le plus souvent étudiées à travers les conflits sociaux que les différents ouvrages valorisent pour faire évoluer le sort des salariés.
En outre, ces mêmes manuels reflètent une image assez étatique de l'économie. Pour Hatier, les pouvoirs publics doivent «remédier aux défaillances du marché». Soit près de 70 pages contre à peine une trentaine pour l'entreprise , quelques pages dans l'ouvrage de Magnard… Agrémenté de caricatures parfois savoureuses sur les patrons et les actionnaires. L'économie de marché n'est pas non plus épargnée.
Source : Le Figaro
Le Figaro et moi ne sommes pas seuls à faire ce constat de déformation de la réalité par bon nombre d'enseignants, hélas de bonne foi. L'ex-premier ministre socialiste Michel Rocard, est allé jusqu'à qualifier de «catastrophe ambulante» l'enseignement de l'économie, qu'il rend «responsable du blocage du dialogue social dans notre pays». Or, voici que je retombe sur un blog que j'aime et que je recommande à tous, même si je ne me retrouve pas toujours dans les idées qu'il défend. Notre professeur d'histoire-géographie au collège "Félix-Djerzinski de Staincy-en-France" a écrit ceci en novembre dernier : L'invasion des adolescents ultra-libéraux. Rien que le titre fait saliver le moindre libéral en chasse de perles. Il prend le problème de l'autre côté. Ce ne sont pas les livres qui racontent mal le monde, mais le monde qui ne répond pas à leur vision.
Les échanges avec des élèves spontanés, très logiques avec ce qu'on leur présente, sont très savoureux. Les commentaires de l'enseignant confirment le décalage qui existe entre ses convictions personnelles et la perception de la réalité d'une nouvelle génération sans illusions.
Moi. -Bernadette, lis-nous le texte 3, s'il te plaît.
Bernadette (en ânonnant). -Préambule de la Constitution de 1946. Article 11. La Nation garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs.
Moi. -Bon, voyons si vous avez compris ce texte. Qui bénéficie d'une protection particulière ?
Bogdan. -Ben "l'enfant, la mère et les vieux travailleurs", non ?
Moi. -Oui, bien Bogdan. Et pourquoi est-ce qu'il faut les protéger ? Parce qu'ils sont plus...
Stéphanie. -... fragiles ?
Moi. -Bravo, Stéphanie, c'est exactement ça. Ils sont plus fragiles, donc il faut mieux les protéger.
Ilias. -Eh mais monsieur, c'est de la discrimination, ça.
Que c'est bien vu ! A force de jouer aux nounous, l'Etat parvient à des contradictions tellement énormes qu'elles apparaissent immédiatement à de jeunes enfants.
Moi. -Voilà. Et c'est pour ça qu'on dit qu'en France, l'impôt est progressif : plus vous êtes riche, plus vous payez.
Pierre. -Et les plus riches, ils paient combien ? Style, Pauleta ?
Moi. -Ah eh bien les plus riches, et notamment les footballeurs professionnels, puisque ça t'intéresse, les plus riches peuvent être imposés jusqu'à 50 %.
Pierre. -Ah.
Moi. -Je veux dire qu'ils versent à l'Etat la moitié de ce qu'ils gagnent. S'ils gagnent deux millions, ils doivent en donner un.
Pierre (qui a compris). -Ouaaah !
Une voix. -Tu m'étonnes qu'ils vont tous en Angleterre !
Plusieurs élèves. -C'est pas juste.
[...]
En fait, ils posent eux-mêmes la question cruciale :
Moi. -Oui, bien sûr, ça ne fait rigoler personne, de devoir payer des impôts. Mais vous devez essayer de comprendre que ça n'est pas du vol. L'argent des impôts, il va dans une sorte de très grande caisse, qui s'appelle le Trésor public. Et avec cet argent, l'Etat peut financer plein de choses qui rendent la vie meilleure. Et ce sont des choses dont vous profitez, d'ailleurs.
Cindy-Lou. -Style ?
Eux ne voient rien venir...
Alors, égoïsme ? Oui, sans doute un peu. Mais surtout une lucidité sans concession sur les limites du rôle de l'Etat. Censé assurer notre bien à tous, il a fini par figer la mobilité sociale, porteuse de risque en soi, et la vie sociale, captive de multiples partenaires sociaux supposés représentatifs et associations agréées par les différents pouvoirs publics. Quand l'Etat fait aussi mal ce qu'il fait, n'est-il pas temps de réflechir autrement ? Ces bambins, eux, ont déjà commencé à y penser. Peut-être que l'enseignant qui tient ce blog devrait tenter de regarder le monde différemment.
16:00 Publié dans Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : Enseignement, manuels scolaire, économie


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Commentaires
Et oui malheureusement il faudra bien que les plus libéraux des libéraux acceptent aussi un jour l'idée que les entreprises ne sont pas les seules à créer de la richesse .. que les administrations en produisent aussi et surtout que sans l'enseignement prodigué dans nos écoles ou les soins prodigués dans nos hopitaux auxquels tous les citoyens ont encore droit bien peu d'entreprises viendraient s'installer en France et celles qui y sont produiraient certainement beaucoup moins de richesses. Par ailleurs, les entreprises réclament toujours moins de règles et plus de liberté lorsqu'elles vont bien mais dès qu'elles vont mal n'hésitent pas à tendre la main en réclamant l'aide de l'état, c'est à dire du contribuable. Et oui, le marché n'est pas parfait, il existe des imperfections, qui conduisent par exemple à des situations de monopole ou de quasi monopole contre lesquelles les Etats doivent prendre des mesures (exemple d'actualité récente : le cas Microsoft encore une fois) pour garantir l'existence d'un minimum de concurrence, etc .. Je veux bien que l'on discute du nombre de pages que doit occuper l'entreprise dans un manuel de SES mais je pense qu'il serait tout à fait regrettable de présenter l'entreprise comme un acteur économique idéal, qui ne fait jamais d'erreur, qui est profondement philanthrope et qui n'a jamais besoin de l'aide de l'Etat. Par ailleurs, vous parlez dans votre article des professeurs d'éco, formulation bien vague puisque l'enseignement de l'économie peut prendre plusieurs formes au lycée. J'enseigne personnellement les Sciences Economiques et Sociales = Sociologie + Economie et à ce titre je ne vois aucune raison qui justifierait que l'entreprise dans nos manuels occupe à elle seule la moitié de l'espace : en seconde, la famille, la stratification sociale, la consommation, etc .. sont des parties tout aussi importantes et méritent une place respectable.
Cordialement,
R.N.
Professeur de SES
Ecrit par : R.N | mardi, 15 janvier 2008
Et ben, on est pas sorti de "la berge" ;)
Avant de réformer les programmes, il faudrait peut-être réformer les profs lol :D
PS: au cas où vous ne seriez pas au courant les libéraux sont farouchement opposés à toutes formes d'aides publique envers les entreprises…
Ecrit par : Mateo | mardi, 15 janvier 2008
@ RN : Personne n'ignore que vous, profs de SES, êtes à l'origine de la rebaptisation de votre matière, car vous trouviez l'enseignement des seules lois économiques fondamentales trop austères sans leur prêter une finalité sociale garantie par l'Etat.
Ce faisant, vous avez fait d'énormes dégâts dans les mentalités en gonflant à bloc des jeunes contre l'entreprise diabolisée à tort. Votre grand problème, c'est que vous confondez l'enseignement de l'économie, ce qui devrait votre matière, et de l'économie politique. Je me souviens encore des cours pathétiques d'IES que j'ai pu avoir en lycée d'Etat avec une prof qui comprenait l'éco comme je comprends la biologie moléculaire (degré 0). Heureusement, mes études universitaires et ma curiosité intellectuelle m'ont permis d'accéder aux ouvrages interdits, censurés par les agents de l'Education Nationale, bras armé de l'Etat en matière d'embrigadement mental des jeunes. Je veux parler des Bastiat, Hayek, Rothbard, Friedman père et fils, Salin et j'en passe, bref ces auteurs immenses que vous n'aborderez sans doute jamais par idéologie. Abordez-vous toutes les théories économiques dans vos cours, y compris un tant soit peu le libéralisme (si oui, sous quel angle et selon quelle définition ?) Votre réponse serait très intéressante. Vous appartenez à une caste déconnectée du réel, préoccupée par la jouissance de faux droits et par la consommation de loisirs rendues possibles par la spoliation des richesses de celles et de ceux que vous avez asservis. Ne vous étonnez pas ensuite que de nombreux parents et élèves lucides sur vos "compétences" n'aient plus guère de respect pour votre profession. Occulter des pans de la connaissance revient à promouvoir l'obscurantisme.
Ecrit par : Archilibéral | mercredi, 16 janvier 2008
N.C. : heureusement que le marché est imparfait et permet l'échec. C'est en tirant les leçons des erreurs qu'on progresse, donc par le risque et le mouvement. Vouloir interdire le risque et l'erreur, c'est comme surprotéger un enfant et lui interdire de mener ses expérimentations. Dangereux.
L'entreprise créé forcément plus de valeur qu'un service public parce qu'elle se remet en permanence en question, qu'elle doit améliorer ses prestations en termes de qualité et de coût. Si elle n'est pas satisfaisante, elle perd des clients puis disparait. Pas une administration ou une entreprise publique.
Exemple : imaginons qu'on nationnalise les boulangeries, après tout le pain est vital. Une administration se chargerait de nommer les boulangers sur la carte selon des priorités définies par un département propre, en fonction de multiples critères (choix des maires, des collectivités locales...). Le coût de la baguette, au final, grimperait à 5 euros avec tous les coûts de la bureaucratie et de la planification, et la qualité ne serait plus un critère prioritaire pour une administration plutôt préoccupée par l'homogénéité de la production partout en France.
Le consommateur devrait céder alors 5 euros (contre 1 aujourd';hui) pour un service équivalent (ou dégradé) qui ne prendrait plus en compte ses préférences. Il me semble bien que cette "création de valeur" constituerait alors une destruction de pouvoir d'achat au final pour les Français.
Appliquez le même principe aux services publics, et réflechissez un peu...
Ecrit par : Aurel | mercredi, 16 janvier 2008
Mais Aurélien, tu as eu ta fille à quelle âge pour qu'elle soit déjà en prépa HEC?
Hermione
Ecrit par : Hermione | mercredi, 16 janvier 2008
Elle a 19 ans, j'en ai 38. Je vous laisse faire le calcul, à la virgule près ;)
Ecrit par : Aurel | mercredi, 16 janvier 2008
@ RN : pour votre formation continue d'enseignant avide de connaissances, je vous renvoie à la lecture de ceci, qui illustre parfaitement la vaste opération de dé-formation des jeunes à l'économie à laquelle vous semblez participer (mais il n'est jamais trop tard pour devenir un enseignant éclairé prêt à transmettre l'héritage des Lumières au lieu de perpétuer les ténèbres) : http://bastiat.net/fr/cercle/rencontres/2007-3.html
Ecrit par : Archilibéral | mercredi, 16 janvier 2008
"collège Félix-Djerzinski de Staincy-en-France" : Mdr, le type a de l'humour !
Ecrit par : vincent | jeudi, 17 janvier 2008
Aurelien,
vous devriez lire ce petit article, qui est une admirable réponse à votre billet :
http://uneheuredepeine.blogspot.com/2008/01/faut-il-enseigner-lconomie-bisounours.html
Ecrit par : Fichte | jeudi, 17 janvier 2008
Ce billet verse dans la caricature exactement opposée à la situation actuelle. Un peu de bonne foi, je vous prie.
Ecrit par : Aurel | jeudi, 17 janvier 2008
Ce billet ne verse pas plus dans la caricature que le vôtre ! J'avais déjà eu l'occasion de le rappeler, et surtout de le démontrer, après votre post sur Chavez dont la malhonnêteté intellectuelle le partageait à l'alignement d'idées reçues et d'approximations voire d'erreurs. Il y a pourtant beaucoup de vrai dans ce que vous dites à propos des SES en général et des manuels en particulier. Mais en déduire qu'il s'agit d'un "formatage des esprits", et de la raison (du moins d'une d'entre elles) du supposé désamour des jeunes devant l'entreprise, il y a un gouffre de ridicule que vous franchissez pourtant avec allégresse ! L'article que vous décriez a pourtant une vertu : celle de rappeler que 75% des jeunes ne suivent pas l'enseignement SES au lycée, et que de nombreux amis à moi, pourtant formés à la sauce ES (enfin, B à l'époque!) sont aujourd'hui de grands cadres dynamiques dans des boîtes privés internationales, ne jurent que par les stock options et la culture d'entreprise, et sont aussi libéraux que vous pouvez l'être ! Un peu de mesure, donc, pour un libéral, vous faites bien peu de cas de la confiance en l'individu, en son épanouissement personnel, sa faculté d'aller chercher ailleurs pour confronter les points de vue, et finalement se faire leur propre opinion. Présenter ces jeunes comme des réceptacles à la pensée unique,cela vous arrange bien pour servir vos généralités, mais ne correspond malheureusement à aucune réalité! La preuve : j'ai fait ES, et je me sens proche du libéralisme sur beaucoup de point !
Cela me fait penser un peu à ces insupportables sermonneurs qui prétendent interdire les jeux video ou les films d'horreur parce qu'un cinglé a commis un meurtre en s'inspirant de scream ! Faites un peu confiance à la curiosité et à l'analyse des gens, même si quelques uns tomberont dans le panneau, d'autres en profiteront pour se révolter contre le keynésianisme et mèneront une vie en conformité avec leur conviction et en contradiction avec ce qu'ils ont appris en classe.
Ecrit par : Anomalie | jeudi, 17 janvier 2008
Je sais que les professeurs de SES conseillent aux élèves des lycées de lire les journaux. Mais cela est-ce bien suffisant ? Ne devraient-ils pas aussi donner une bibliographie avec les auteurs de leurs choix. Ca me fait aussi penser à l'intérêt que les professeurs doivent avoir une liberté dans leur enseignement. Mais l'article d'aurel est de qualité il me semble. En effet, ça fait des années qu'on nous dit, que ce soit dans les médias ou autres qu'il faut absolument du social, qu'il faut absolument plus d'Etat et il semble même y'avoir un concensus là dessus.
Vraiment désolé mais les libéraux sont rares en France et quand on a eu des chefs d'Etat autoritaires tels que De Gaulles il y'a quarante ans (chef d'Etat tout aussi respectable cependant) ou encore actuellement Nicolas Sarkozy (eh oui ! même lui est autoritaire et absolument pas libéral malheureusement) il ne faut pas s'étonner qu'il y'ait une perversion de l'esprit humain.
Alors oui, il y'a la conjoncture internationale avec la crise des subprimes, mais là encore, on a désigné les mauvais coupable. Le vrai coupable étant la FED qui a versé trop de liquidités. Bref, les médias participent aussi beaucoup au formatage des esprits.
Heureusement, il existe des gens comme nous prêts à critiquer cette vision des choses mais nous sommes rares du fait d'un tel abrutissement. Mais la vertu du libéralisme n'est pas de faire confiance en un seul individu mais de faire confiance en un ensemble d'individus pour amener à une société où l'on soit réellement responsables et où l'on ne fait pas appel à l'Etat au moindre soucis.
Et surtout, ne vous en faites pas, nous savons très bien que notre monde n'est pas peuplé que de gentils mais qu'il y'a aussi des méchants (façon de parler bien sûr). Prenons l'exemple d'EADS et du délit d'initiés que nous condannons puisque la société a ici profité de l'incrédulité de futurs acquéreurs pour vendre des actions alors qu'ils savaient très bien que l'entreprise allait vers la faillite. Mais ici, c'est à la justice d'agir et de condamner les éventuels coupables.
Bien entendu, à la tête de l'entreprise se trouve un ami du président de la République, comme chez DASSAULT aussi d'ailleurs, mais c'est ici un vrai problème puisqu'en politique dans ce domaine on ne va pas non plus obéir à ce que demandent les grandes entreprises (et celles-ci, vous avez raison RN n'hésitent pas à tendre la main au sacro-saint Etat quand elles sont en difficulté).
Ecrit par : deniserp | vendredi, 18 janvier 2008
Merci à Fichte de me citer. Si la lassitude de mon dernier billet peine à vous convaincre, vous pouvez lire mes deux billets de défense des SES : http://uneheuredepeine.blogspot.com/2007/09/eloge-funbre-des-ses-i.html ; http://uneheuredepeine.blogspot.com/2007/11/eloge-funbre-des-ses-ii.html
C'est plus long mais vous y trouverez tous les arguments contradictoires qui ne sont qu'évoqués dans le dernier.
Ecrit par : Une heure de peine | vendredi, 18 janvier 2008
"Imaginons qu'on nationnalise les boulangeries, après tout le pain est vital. Une administration se chargerait de nommer les boulangers sur la carte selon des priorités définies par un département propre, en fonction de multiples critères (choix des maires, des collectivités locales...)." (Aurel)
Eh... mais... vous ne croyez pas si bien dire. Le Wall Street Journal, il y a quelques années, a commencé un long article de une en citant le nom du fonctionnaire de la Mairie de Paris chargé de fixer les dates de vacances des boulangers de la capitale.
Vous ne saviez pas qu'il y en avait un? Evidemment, personne n'est au courant, et ce n'est pas les médias français qui vont vous le dire.
L'enquête du Wall Street Journal finissait par expliquer que dans la pratique, les boulangers s'entendaient entre eux pour fixer leurs vacances, de façon à ce qu'un quartier entier ne soit pas complètement privé de pain.
Mais ça ne fait rien. Alors que le pain ne représente plus rien dans l'alimentation des Français, les boulangers parisiens n'ont toujours pas, légalement, le droit de partir en vacances sans la permission du maire (c'était le cas quand l'article est paru, en tous cas). En creusant un peu, on devrait pouvoir faire remonter cette règle à la Révolution, quand le pain était l'aliment principal, les famines périodiques, et les "accapareurs" et autres "monopoleurs" à l'ordre du jour.
Ecrit par : Robert Marchenoir | vendredi, 18 janvier 2008
Vous reprenez la critique du Figaro : "En outre, ces mêmes manuels reflètent une image assez étatique de l'économie. Pour Hatier, les pouvoirs publics doivent «remédier aux défaillances du marché».
Au 23 Octobre 2008, vous ne vous sentez pas un peu ridicule mon cher ami?
Ecrit par : rogel | jeudi, 23 octobre 2008
Quand on voit aujourd'hui les conséquences désastreuses de l'interventionnisme de l'État américain, qui a causé, exacerbé et propagé la crise actuelle, décidément non il ne doit vraiment pas se sentir ridicule, sa remarque est on ne peut plus d'actualité.
Ecrit par : Mateo | jeudi, 23 octobre 2008
Ce que vous appelez les résultats de l'interventionnisme américain c'est la politique de bas taux d'intérêt d'un greenspan qui s'est toujours présenté comme libéral!
Ceci dit, qu'il n'y ait pas maldonne, je n'ai jamais nié que l'intervention de l'Etat peut avoir des effets pervers.
Je suis juste agacé par les propos partials et peu informés de commentateurs qui n'ont manifestment jamais regardé ce que sont les programmes enseignés en lycée
Ecrit par : Rogel | mardi, 04 novembre 2008
1) La politique de taux bas de la FED, dénoncée par les libéraux, n'est qu'une des causes de la crise des subprimes. Dans un système libéral, il n'y aurait tout simplement pas de banque centrale. Un (soit-disant) libéral à la tête d'un monopole d'État, ça nous fait une belle jambe. Si c'était un libéral qui était à la tête de la sécurité sociale française, diriez-vous que le système d'assurance santé, retraite et chômage français serait libéral?
2) Pour une analyse approfondie, détaillée, documentée de la crise, voir: http://www.objectifliberte.fr/2008/09/subprimes-recap.html
Il y a eu de nombreux autres articles sur le sujet sur objectifliberte.fr depuis, ils sont également très intéressant à lire.
Vous constaterez par vous-même le rôle central de l'État dans le déclenchement, l'amplification et la propagation de la crise des subprimes.
Ecrit par : Mateo | mercredi, 05 novembre 2008
D'après de nombreux économistes, la source première est à chercher dans les années 80, notamment dans les réformes des "3D". Les "3D", ce n'était pas du libéralisme?
Le premier krach important est celui de 1987 (après la crise du mexique de 1982) : c'est à ce moment qu'on a su ne pas refaire les erreurs de 1929 et qu'on a entrepris de baisser les taux d'intérêt. A l'époque, je n'ai vu personne protester (même pas les libéraux, il me semble). Par la suite, tout le monde a encensé Greenspan (y compris les libéraux, il me semble).
Attribuer le fait que la crise soit si violente à la pratique des taux d'intérêt faible me parait juste. Attribuer les causes profondes de la crise à l'intervention de l'Etat me semble tout à fait erroné.
Ecrit par : rogel | mercredi, 05 novembre 2008
rogel, tu confonds "baisse des taux en période de risque déflationniste", et "taux trop bas en période de croissance".
Mais tu as raison de rappeler qu'une politique monétaire laxiste n'explique pas à elle seule la crise actuelle. Elle n'en est qu'un élément.
Ecrit par : Aurel | mercredi, 05 novembre 2008
J'aimerais bien savoir quels sont ces économistes dont vous parlez afin d'analyser leur argumentation…
En 1987, j'étais trop jeune pour m'intéresser à ce que disaient les libéraux à cette époque là et je n'ai pas le temps de faire de recherches sur le sujet, je ne peux donc pas vous répondre.
De plus ce que vous dites est contradictoire: vous dites que la politique de la FED est responsable de la crise, mais vous dites que l'action de l'État n'est pas responsable. Or, une banque centrale est un monopole accordé par l'État, avec toutes les conséquences néfastes que cela implique.
Si vous lisez l'anglais et voulez un point de vue libéral sur la question de la politique monétaire et la crise des subprimes, lisez: http://www.cato.org/pub_display.php?pub_id=8849
Greenspan et son poulain Ben Bernanke se sont posés les mauvaises questions et ont donc donné de mauvaises réponses.
S'ils sont vraiment libéraux, j'aurais envie de leur dire de réviser leurs classiques, Von Mises et Hayek pour ne citer qu'eux. S'ils ne le sont pas, ces lectures leur aurait évité de faire les erreurs qu'ils ont commises.
De manière plus générale, les économistes de référence des libéraux, ceux de l'école "autrichienne" d'économie, Von Mises, Hayek ou Rothbard pour les libertariens, ont depuis longtemps dénoncé et expliqué les mécanismes de bulles-récessions dus aux politiques monétaires étatiques (dopage artificiel de l'économie par une politique "d'argent facile"). Cherchez sur Google "théorie dite autrichienne des cycles économiques".
Vous pouvez en lire un résumé succinct sur la page Wikipedia traitant de l'École Autrichienne d'économie: http://fr.wikipedia.org/wiki/École_autrichienne (dans le paragraphe "Les positions substantielles").
D'autre part, je me répète, mais la politique laxiste de la FED est UNE des causes (importante) de la crise, mais pas la seule.
Je ne peux que vous inciter à vous documenter sur le rôle de Freddie Mac et Fannie Mae, organismes para-publics sous la tutelle du ministère du logement américain qui les as forcées à refinancer toujours plus de prêts aux catégories sociales les moins solvables, pour des raisons politiques, sur le rôle du Community Reinforcement Act, sur le rôle de l'hyper réglementation foncière dans de nombreuses villes américaines importantes, qui, en étouffant l'offre de logement par la restriction foncière a largement amplifié la bulle immobilière (la bulle immobilière est naît de la politique laxiste de la FED qui a boosté la demande et de la restriction de l'offre immobilière), sur les lois comptables mal faites etc. etc.
Tout ça est très bien expliqué dans les articles que j'ai mis en lien dans mon précédent commentaire.
Enfin, il me semble au contraire que les politiques répètent inlassablement les mêmes erreurs, que ce soit sur ce sujet au sur d'autres, malheureusement…
Ecrit par : Mateo | mercredi, 05 novembre 2008
En réponse à Aurel,
Tu as raison, j’ai parlé simplement de baisse des taux en général (en fait après l’éclatement d’une bulle) ce qui est simplificateur ; Comme toujours en économie, une même action peut avoir des conséquences diverses selon le contexte.
A Mateo, je donnerai dès que possible la liste des économistes (qui ne sont pas tous libéraux », évidemment) mais, de mémoire, je peux citer Fitoussi, Aglietta, Cohen (Elie) (PS : j’espère ne pas faire d’erreurs) et , évidemment, Lordon et Plihon mais je suppose que vous ne leur accorderez pas grand crédit.
Je pense qu’il sera difficile de trouver un terrain de consensus (ce n’est d’ailleurs pas l’objectif d’une discussion) mais si on doit au moins tirer une chose de tout cela , c’est que , si on peut faire des reproches à l’intervention de l’Etat, on peut aussi admettre que le marché n’est pas sans failles. De ce point de vue, et je reviens à la discussion de départ, les critiques faites au programme d’économie de lycée ne me semblent pas fondées (je vous réponds par avance : il y a une critique que l’on peut faire c’est que la position « libérale » y est abordée à travers Smith et à travers les néoclassiques et qu’il ne serait pas absurde de laisser une place à Hayek).
Ecrit par : rogel | mercredi, 05 novembre 2008
A mateo J'ai oublié le point suivant
Vous écrivez : "De plus ce que vous dites est contradictoire: vous dites que la politique de la FED est responsable de la crise, mais vous dites que l'action de l'État n'est pas responsable."
Relisez moi attentivement; je n'ai rien écrit de tel
Ecrit par : rogel | mercredi, 05 novembre 2008
Vous avez dit, je cite "Attribuer les causes profondes de la crise à l'intervention de l'Etat me semble tout à fait erroné".
D'autres part, si on propage l'idée qu'au niveau économique les libéraux se réclament de l'école néo-classique, alors qu'ils ont un penchant assez prononcé pour l'école autrichienne, il est difficile dès lors d'avoir une discussion sereine…
Du reste, ce n'est pas la première fois que je lis cette idée étrange: des contradicteurs qui critiquaient les libéraux en évoquant les néo-classiques. Mais si c'est ce qui est enseigné à l'école, je comprends mieux pourquoi cette idée est si répandue.
Dès que j'aurai le temps, je regarderai de plus près les analyses de ceux que vous citez. J'ai plusieurs fois vu des analyses qui s'arrêtaient selon moi trop tôt dans la chaîne des causes, et considéraient comme causes des choses qui n'étaient que des conséquences de causes plus profondes… J'espère ne pas voir ce même type d'analyse chez Cohen, Fitoussi et consorts.
Ecrit par : Mateo | mercredi, 05 novembre 2008
Apparemment, j'ai envoyé un message il y a quelques temps et il ne semble pas être arrivé. Ca m'embête car j'avais commencé par m'excuser en indiquant que j'avais fait une erreur de citer Cohen. Par alleiurs j'avais envoyé un certain nombre de liens dont le rapport du CAE sur les crises financières datant de 2004 mais posant bien le problème et des liens à des articles d'aglietta et lordon. J'ajoute le lien ci dessous
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/DUMENIL/16162
Je reprenais aussi la question du libéralisme et du néo-classicisme. Je connais l'opposition que l'école autrichienne présente vis à vis des NC. Ceci dit beaucoup de NC sont libéraux (il serait ironique que les partisans de l'ecole autrichienne réclament un monopole de représentation). Ceci dit, vous avez raison, l'enseignement du libéralisme au lycée repose essentiellement sur Smith, la démarche NC et des auteurs comme Friedman. L'assimilation NC-libéralisme pose problème, je vous l'accorde (et j'aimerais que ce soit ce genre de critiques qu'on nous adresse et non les polémiques actuelles). Cependant, cette confusion existe aussi chez les journalistes et un certain nombre d'universitaires.
NB : pour la phrase que vous citez; je pense que je me suis mal expliqué ou que vous m'avez mal interprété. Je n'ai pas exonéré toute responsabilité mais j'ai parlé de "cause profonde".
Cordialement et Sereinement
Ecrit par : rogel | mercredi, 05 novembre 2008
Ah, ça existe encore les néo-classiques de nos jours? :D
Plaisanterie mise à part, vous dites "L'assimilation NC-libéralisme pose problème, je vous l'accorde"
C'est un euphémisme! Pour moi il s'agit ni plus ni moins que de l'endoctrinement de générations et de générations de lycéens. Quand on sait que la conscience politique se forme généralement aux alentours de cet âge, je trouve ça très inquiétant.
Et si en plus cette confusion est entretenue par certains (beaucoup?) universitaires et journalistes…
Concernant les programmes, j'ai par exemple personnellement eu la confirmation de plusieurs personnes que le "magazine" Alternatives Économique constitue un des principaux support documentaire pour les cours de SES. On leur demande même parfois de s'y abonner! Je n'ai pas besoin de vous décrire le contenu de ce "magazine"…
Et quand même des personnalités de gauche critique sévèrement l'enseignement de l'économie au lycée, on peut légitimement se poser des questions.
Tous ces éléments sont bien inquiétants!
Enfin, vous avez consicence qu'il va être difficile de convaincre les libéraux en citant un article d'un journal proche de l'extrême gauche tel que le Monde Diplo, non? ;)
Mais bon, j'irai quand même lire cet article.
Ecrit par : Mateo | mercredi, 05 novembre 2008
Je me doutais de votre réaction par rapport au mode diplo mais mon objectif n'est pas de vous convaincre mais de vous rappeler qu'il y a d'autres analyses économiques. (ceic dit, faisons attention que nous mélangeons deux débats : le débat sur l'analyse des causes de la crise financière et le débat sur la pédagogie). Ceci dit je vous ai aussi conseillé le rapport du CAE (je vous redonnerai le lien). Je peux aussi vous conseiller la lecture de Soros mais je suppose que vous n'apprécie pas non plus.
L'hmome politique de gauche auquel vous faites rféérence c'est, je suppose, Rocard et sa "catastrophe ambulante"; si c'est lui, je peux déjà vous dire qu'il y a eu une belle manipulation mediatique puisqu'il ne parlait pas de notre enseignement dont il a déclaré ne rien connaitre mais il parlait d'un souvenir vieux de 40 ans et d'une conversation avec trois élèves (qui avaient sans doute eu de mauvais cours; mais cela peut, helas, toujours arriver). Quant à Alter Eco qui est effectivement utilisé : j'ai eu l'occasion de voir que certains journalistes essayaient de faire des décomptes mais j'ai eu l'impression qu'il comptaient aussi les documents statistiques et factuels (un taux d'inflation sorti d'AE ou de l'Expansion doit être le même)
Ecrit par : rogel | mercredi, 05 novembre 2008
Pour Mateo
Compléments
Le rapport du CAE antérieur à la crise actuelle mais significatif : http://www.cae.gouv.fr/
Les propos de Rocard enregistrés sur Internet et sa transcription écrite :
http://www.apses.org/spip.php?article928
Ecrit par : rogel | mercredi, 05 novembre 2008
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