« En politique, il faut aller chercher les voix une par une | Page d'accueil | La Direction de la RATP estime que le régime spécial a été maintenu »

vendredi, 21 décembre 2007

Cas Bolufer : fraude dans une totale opacité

Le directeur de Cabinet de Christine Boutin, Jean-Paul Bolufer, habite un petit 190 m2 coquet donnant sur la chapelle du Val de Grâce. Au lieu de payer 20 à 30 euros le m2, il règle 6.30 euros le m2 à la RIVP, l'organisme très opaque de la Ville de Paris (qui ne gère "que" 43.539 logements à Paris, nettement moins que l'OPAC de Paris qui dispose, elle, de 119.418 logements à très bas prix locatif). Occupant cet appartement depuis 1981, lorsqu'il était directeur adjoint du cabinet de Jacques Chirac, on peut comprendre que le loyer n'ait pas suivi l'évolution du marché. Mais entre les 1.200 euros de loyer mensuel actuel et l'estimation haute de 5.700 euros par mois, notre haut fonctionnaire paye tout de même plusieurs milliers d'euros de moins par mois que le "vrai prix". Soit plusieurs dizaines de milliers d'euros d'avantage en nature defiscalisée par an !

 

Une fois de plus, nous constatons que le monde politique complète toujours les salaires de son personnel (sinon le sien même) par des avantages en nature divers et variés, non imposables et opaques. Si les rémunérations de base ne sont pas satisfaisantes, il faut les augmenter. Sinon, il faut s'en satisfaire. Il existe certainement des talents prêts à faire le même travail pour le salaire proposé. En attendant, le contribuable se rend compte que son argent ne va pas du tout où il le croit, le budget de la protection sociale servant ici implicitement à sur-rémunérer un haut fonctionnaire qui gravite depuis longtemps autour du monde politique.

 

Anecdote agravante, Jean-Paul Bolufer n'a pas hésité à sous-louer son bel appartement entre 1989 et 1996, alors qu’il avait été nommé à Toulouse puis de 1997 à 2007, alors qu’il bénéficiait d’un logement de fonction à Paris comme directeur des Journaux officiels. En tant que contribuable et en tant que responsable politique, j'aimerais savoir quels loyers il a perçu, et s'il les a bien déclarés au fisc. Si la fraude fiscale est lourdement sanctionnée lorsqu'elle concerne un entrepreneur ou une profession libérale, nous sommes en droit d'exiger le même traitement à l'égard de ceux qui vivent de notre argent. Et nous sommes ici en présence d'un risque manifeste. Que la lumière soit faite rapidement.

 

bfabf6d20d50eae8be0f38fb045dfde7.jpgSous la pression de françois Fillon, Christine Boutin a démis Bolufer de ses fonctions. Le président de la RIVP, Pierre Castagnou, a assuré de son côté avoir «engagé une procédure de résiliation du bail» et envoyé pour cela un recommandé à M. Bolufer le 14 décembre dernier, «l’enjoignant de donner sans délai son congé». Un peu tardivement. Une fois de plus, nous constatons que la gestion du parc HLM n'est pas à la hauteur. A Paris, le parc HLM constitue pourtant 17 % de l'ensemble des logements, de quoi loger les personnes les plus en difficulté. Hélas, on imagine bien l'échelle de ce type de fraude et de détournement de son usage social. Je souhaite que la Ville de Paris publie arrondissement par arrondissement le nombre de logements sociaux et, pour chaque logement, la superficie, le nombre de personnes et le revenu moyen sur les 3 années précédentes du foyer fiscal y habitant.

 

C'est dans ces conditions de transparence que les Parisiens pourront être rassurés par le bon usage de notre parc social et qu'un débat sur le mode d'attribution de ces logements, définitif comme aujourd'hui ou sous la forme de bail renouvelable sous condition de ressource comme je le souhaite, pourra avoir lieu sereinement.

 

Note :  « Se trouvent aujourd’hui dans le parc HLM des gens qui ne devraient pas y être et se trouvent dans la rue, dans des campings des gens qui devraient y être, notamment parmi les jeunes… Je considère que c’est un véritable scandale… Nous sommes en train de préparer un texte pour mettre en place de véritables surloyers pour ceux qui occupent indûment le parc HLM et qui, bénéficiant de leur rente de situation, se font construire peut-être par ailleurs des résidences secondaires. » . Ce n'est pas une réponse populiste d'un homme politique extrémiste, c'est signé Jean-Paul Bolufer sur France Culture le 22 novembre dernier !

09:35 Publié dans Economie, La vie à Paris, Société | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Jean-Paul Bolufer | | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires


Il faut aller plus loin. Boutin pouvait-elle ignorer ces faits? Qu'a-t-elle fait pour y remédier?

Ce qui est sûr c'est que les logements à loyer préférentiels (pas que les HLM, d'ailleurs, il y a aussi des formules intermédiaires auxquelles il conviendrait de s'intéresser de très près) servent à récompenser ou à donner des incitations au personnel politique et à des électeurs loyaux.

Écrit par : Nick de Cusa | vendredi, 21 décembre 2007


On parle beaucoup de ce cas, et Mme Boutin, mais il y a aussi le Maire de Paris. Le parc dépend de qui ?
Que ce soit de droite ou de gauche, le problème des passes droits est la même chose.
Et surtout, ne restons pas seulement à Paris, allons y regarder de plus près dans toute la France, et je suis sûr que d'autres se logent dans des conditions similaires.

Écrit par : Injustice | vendredi, 21 décembre 2007


cette crapule de Bolufer ne manque pas d'air. Voila qu'il veut mouiller tous ses petits copains qui bénéficieraient de passe-droit comme lui pendant 25 ans. En d'autres temps il aurait été redoutable comme dénonciateur. J'imagine que déjà à l'école il allait cafter auprès de la maîtresse. Mais rassurer-vous c'est un bon catho exemplaire qui éduque ses enfants selon la foi chrétienne et le paradis lui est assuré. C'est vraiment un minable qui est certainement le premier à dénoncer haut et fort les avantages indus des cheminots et autres électriciens-gaziers.

Écrit par : nico | vendredi, 21 décembre 2007


Ce genre de comportement est inacceptable et il doit rendre des comptes... et les centimes, jusqu'au dernier.

Mais on est en droit de se poser la question, quand même, du pourquoi et du comment ce genre de scandale éclate.

Il est manifeste et de notoritété publique qu'ils sont un paquet, tous bords confondus, à bénéficier de ce genre de privilèges. Pourquoi diable un beau jour, le canard décide-t-il de fondre sur un bonhomme isolé, et de ne plus lâcher prise jusqu'à ce qu'il soit détruit.
Sur le plan médiatique, que ce soit dans le canard ou à la radio ou dans le reste de la presse, l'affaire a été traitée comme un cas isolé. Jamais mise en perspective.

Si cette affaire est importante, ce n'est pas que pour le cas anecdotique de ce type là, mais en ce qu'elle révèle un vrai scandale institutionalisé. Du coup, désolé, mais en démocratie, personne n'a vocation à jouer les boucs émissaires. On doit profiter de ce scandale pour tout déballer et tout assainir. Bolufer devait donner sa démission, subir un redressement fiscal etc... mais aucune raison légitime pour que çà ne concerne que lui. Chez les truands, quand le système te balance, c'est de bonne guerre de balancer tout le monde en retour.

Écrit par : Bigstop | vendredi, 21 décembre 2007


@ bigstop
Pourquoi maintenant ?

parce que NS a dit qu'il fallait réexaminer la situation des locataires de HLM en regard de leurs revenus.

Parce que Bolufer est allé sur france culture en octobre faire la morale en déclarant que "le taux de rotation" dans les HLM était insuffisant.

Bref, parce que ce faisant, la chasse au "locataire hypocrite" de HLM devient un jeu médiatiquement porteur. Alors qu'avant tout le monde s'en foutait.

Ajoutons que Chevènement et Fadela Amara ont été également pincés par Libération :
http://www.crisepublique.fr/2007/12/hlm-riches.html

Cette affaire va bien au dela du fait divers. Elle met en exergue l'iniquité et l'ineptie du système HLM Français.

Écrit par : vincent | samedi, 22 décembre 2007

Écrire un commentaire