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vendredi, 23 novembre 2007
Face au télechargement libre : on encadre, on filtre et on balance des baffes
Le télechargement est. Légal ou illégal, il est et cela suffit. Le seul fait d'appeler "Piratage" le téléchargement illicite n'y change rien. Je télécharge, tu télécharges, il télécharge, nous téléchargeons, vous téléchargez, ils téléchargent. Tout le monde télécharge. Même le fils de Denis Olivennes télécharge. Il n'a pas dû lire le livre de son père : "La gratuité, c'est du vol - quand le piratage tue la Culture". Cela dit, Madame la Ministre Christine Albanel n'a pas la même vision de la gratuité que Denis Olivennes à qui elle a pourtant confié le délicate mission de proposer des pistes dans cetts lutte acharnée et perdue d'avance contre le téléchargement libre. En rendant de nombreux musées "gratuits", elle vole bien les contribuables qui renfloueront par leurs impôts les caisses de ces institutions arbitrairement aupauvries.
En fait, aucun des millions de français qui téléchargent librement ne pense à mal. Cette pratique est naturellement devenue courante, quoi qu'en pensent quelques élites parisiennes et quoi qu'en pense une industrie en voie de reconversion forcée. Comme la siderurgie a disparu, les majors du disque vont devoir s'adapter ou disparaître à leur tour. La Culture a vécu sans elles, elle leur survivra aisément. Evidemment, le réflexe de survie d'un secteur en difficulté, c'est de demander des subventions et une réglementation protectrice. C'est à dire qui pèse sur les choix des consommateurs et sur les prix des biens ou services achetés. Les produits numériques n'ont plus de raison d'être payants, leur circulation étant gratuite et instantanée à l'échelle mondiale. Les artistes et leurs producteurs doivent trouver un modèle économique viable, quitte à pratiquer leur passion bénévolement, comme la plupart d'entre eux aujourd'hui. Vivre de son art n'a jamais été un dû, et il n'a aucune raison de l'être. C'est une passion qui appelle un public, des mécènes et/ou des entreprises qui peuvent en vivre et faire vivre l'artiste avec elles.
Vivre de sa musique signifie qu'il faut trouver un moyen d'être rémunéré. Si les politiques veulent nous imposer très arbitrairement un mode de rémunération dépassé (et de moins en moins accepté), certains d'entre eux commencent à comprendre que le monde avance dans une autre direction. En ligne, le seul espoir passe par la publicité, par des abonnements, peut-être par des prestations complémentaires payantes. Les supports matériels (CD) vont devoir apporter une réelle plus-value à leurs acquéreurs s'ils ne veulent tout simplement pas disparaître des rayons. De plus en plus, les artistes reprennent le chemin de la scène pour vivre de leur musique. Demain, la même question se posera pour le film, même si les contraintes technologiques rendent son téléchargement plus difficile.
En tout cas, les trois pistes suggérées par Denis Olivennes vont à l'encontre du mouvement de l'histoire. Cette vision répressive et réglementariste n'est donc pas réaliste à terme. Ce dernier sursaut n'aura pas de suite.
Filtrer les échanges de contenu constitue une grave intrusion dans notre vie privée. Pendant que des sites mondialement connus tentent de trouver des parades temporaires, le rythme des échanges continue à augmenter à toute vitesse. Malgré la multiplication des poursuites pour recel, bonne façon de se faire de l'argent sur le compte de monstres du net, la contrefaçon progresse à toute vitesse et ne dérange personne. Au contraire, le public est très largement favorable à cet accès gratuit et facile à toutes ces informations, culturelles ou non.
Deuxième piste, le développement du téléchargement légal n'a pas attendu Denis Olivenne. Le vrai débat est là pour les entreprises qui veulent survivre.
Dernier axe : la "riposte graduée", jolie formulation pour mieux durcir les sanctions à l'égard des contrevenants. Le principe est assez choquant : il s'agit de transformer les FAI, entreprises privées, en magistrats pour instruire, condamner et appliquer les peines fixées (par exemple suspension de l'abonnement !). On évoque aussi la naissance d'une nouvelle agence publique (encore une !) qui se chargerait de faire ce sale boulot en lieu et place des FAI pour ne pas confier un pan de la Justice à des acteurs commerciaux privés. Une agence de contrôle du net : la Chine l'a fait, la France va s'y mettre.
En tout cas, attendons le rapport Olivennes définitif, et préparons nos armes pour le débat qui reprendra au printemps à l'Assemblée. Nicolas Sarkozy a rappelé son « son attachement à la création artistique et sa volonté de tout faire pour que les artistes puissent vivre de leurs oeuvres et voient leurs droits respectés sur les nouveaux réseaux ». Derrière la langue de bois se cachent des enjeux essentiellement économiques, et les premiers pénalisés seront les consommateurs de culture et les citoyens.
Notes :
- Pour les amateurs, lisez l'analyse détaillée du projet, parue ici quelques heures avant ma contribution.
- Econoclaste nous livre une belle analyse de la dérive du droit d'auteur. Je vous livre sa conclusion :
Car le vrai problème est là : s'il y a une façon "romantique" de voir le téléchargement comme instrument sapant le capitalisme et la propriété privée : la réalité plus prosaique, c'est que le téléchargement gratuit est un choc susceptible de stimuler la création, de faire disparaître des intermédiaires inutiles et peu performants, et de garantir un accès plus général à une culture plus vaste et plus diversifiée.
18:20 Publié dans Culture, Economie, Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : Téléchargement, piratage, Denis Olivenne


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Commentaires
Entre Chavez, les grèves et maintenant le téléchargement, l'actualité est proprement à gerber ces temps ci. Un petit coup de protectionniste (taxes carbones...), grenelles divers et avariés, et je préssent également un retour de la guerre contre les drogues (ça fait longtemps qu'on en parle plus et la concommation de cocaîne est en pleine expansion). Bref, tout cela ne dit rien qui vaille.
Exellent article encore une fois. Une bonne prise de position pour AL, et un sujet qui peut faire de l'audience en notre faveur...
Ecrit par : Samizdat | vendredi, 23 novembre 2007
"Le principe est assez choquant : il s'agit de transformer les FAI, entreprises privées, en magistrats pour instruire, condamner et appliquer les peines fixées (par exemple suspension de l'abonnement !)."
A mon avis les FAI y trouvent leur compte aussi, car:
Meme si on telecharge, on ne s'abonne pas a internet pour cette raison, donc une forte baisse des telechargements aurait peu d'influence sur le nombre d'abonnement ...
Le P2P monopolise a lui seul plus de 2/3 du traffic de donné mondial, et la hausse de la bande passante disponible aux abonnés coute tres cher en investissement donc a mon avis les FAI trouvent leur compte a cette loi ...
Sur cette loi, c'est bien sur une anerie car c'est un combat perdu d'avance,ne pas le comprendre montre la grande competence de nos politiques ...
L'arrivé de la fibre optique vas faire exploser le piratage car chaqu'un pourra sans probleme diffuser des chaines de tv payantes a ses amis faire un reseau local virtuel avec ses amis pour tout partager (inutilisable aujourdui avec la faible vitesse d'envoie de l'adsl ...
Ecrit par : alllll | vendredi, 23 novembre 2007
Magistralement juste.
Une pétition est-elle prévue ? S'il y a bien une occasion de mobiliser une frange colossale de la population autour d'Alternative Libérale (et d'autres bien sûr), c'est celle-là. Potentiellement 30% de la population et 90% des jeunes de ce pays.
Ecrit par : Anomalie | samedi, 24 novembre 2007
Très juste, et très bien dit.
Ecrit par : Rollo | samedi, 24 novembre 2007
C'est évidemment sur ce genre de thème que AL doit pouvoir se faire connaître.
Sinon, j'ai reçu, comme beaucoup je pense, ça dans ma boite mail. Là-aussi, mobilisons-nous!
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Ecrit par : Olivier | dimanche, 25 novembre 2007
Heureusement qu'il y a des bonnes nouvelles comme la fin des grèves !!! ;)
Plus sérieusement, cette affaire montre la déconnexion complète entre les "élites" auto-proclamées (politiques, économiques et médiatiques) et la réalité du terrain.
On a l'impression que tout ces braves gens n'ont pas demandé à leurs fils et filles quelles étaient les VRAIES pratiques du Net. Il est évident que les connexions à haut débit sont majoritairement utilisées pour le téléchargement massifs de musique et de vidéos. Comment peut-on imaginer des débits pareils uniquement pour du surf ? C'est ridicule.
D'autre part, l'idée de sanctionner les "pirates" est absolument incohérente avec les taxes sur les supports vierges. Ce n'est pas dissuasif, et en plus, c'est une double peine pour ceux qui les achètent et achètent en plus des CDs ou des pistes en téléchargement.
Enfin, les formats de téléchargement légaux sont le plus souvent bridés, ce qui décourage évidemment les utilisateurs de les acheter. Exemple simple : mon GPS Garmin n'accepte que les mp3, et non les autres formats type wma ou aac, il est évident que je ne vais pas acheter ces formats bridés.
Donc ou bien :
-ils ne comprennent pas, et ce sont des idiots
-ils ne se renseignent pas suffisamment, et ce sont des incapables
-ils refusent de comprendre, et ce sont des malfaisants
Bref, toutes les raisons sont bonnes pour s'opposer à ces projets qui, de toute façon, sont voués à un échec total par contournement de toutes parts.
Ecrit par : Pierre-Antoine Cantenot | lundi, 26 novembre 2007
Voilà une prise de position bien démagogique et bien peu libérale.
Vous écrivez:
"Le téléchargement est. Légal ou illégal, il est et cela suffit."
A cette aune, vous pourriez exonérer l'ensemble des actes punis par le Code pénal, des plus graves aux plus bénins.
Légale ou illégale, la pédophilie est et cela suffit. Voyons donc, vous savez bien que les pédophiles n'arrêteront jamais d'abuser d'enfants. Pourquoi s'acharner bêtement à les réprimer? Autant essayer d'arrêter le vent.
Légal ou illégal, le vol est et cela suffit. Vous n'imaginez tout de même pas que de simples rodomontades gouvernementales vont faire disparaître cambrioleurs et pickpockets? C'est aux victimes de vol de s'assurer qu'elles n'attirent pas bêtement les convoitises. Les consommateurs de portefeuilles bien garnis et de cartes de crédit ne leur appartenant pas ont le droit d'invoquer la libre circulation des biens à leur profit.
Légale ou illégale, la conduite en état d'ivresse est et cela suffit. Vous n'arriverez jamais à mettre un gendarme derrière chaque automobiliste. Pourquoi s'acharner sur ceux qui font honneur à la viticulture française?
Vous écrivez: "Tout le monde télécharge."
Sûrement pas. Il y a beaucoup de gens honnêtes.
Vous faites une analogie entre la gratuité des musées et la gratuité de la musique enregistrée. La première devrait entraîner la seconde, expliquez-vous.
Sans craindre de vous contredire, vous nous expliquez dans la foulée que les musées gratuits, c'est du vol, tandis que le téléchargement, ça n'en est pas.
Il semble vous échapper que dans le premier cas, le propriétaire du musée est celui qui en décide la gratuité, alors que dans le second, la gratuité est imposée au propriétaire contre sa volonté (ce qui est la définition du vol).
Le libéralisme, c'est moins d'un pour cent des voix en France.
Ce n'est pas avec des gimmicks aussi démagogiques, ni avec des raisonnements et un discours politique aussi indigents, que nous changerons cet état de fait.
La première critique faite au libéralisme, en France, est qu'il instaurerait la loi de la jungle, la liberté pour chacun d'agir au détriment des autres, la guerre de tous contre tous.
En affirmant publiquement que le téléchargement ne doit pas être autorisé pour la raison que beaucoup de gens s'y livrent et qu'ils "ne pensent pas à mal", vous accréditez ce point de vue.
Le libéralisme, ce n'est pas le droit de faire ce qui me passe par la tête: c'est, d'abord et avant tout, l'Etat de droit, sans lequel l'exercice des libertés individuelles dégénérerait, effectivement, dans la simple loi du plus fort.
Le libéralisme, c'est la réhabilitation du droit de propriété comme droit de l'homme fondamental. Si vous voulez avoir la moindre crédibilité politique à long terme, vous ne pouvez pas défendre le droit de propriété quand il vous arrange (l'immobilier, les entreprises, les actions...), et l'attaquer quand il contrevient à vos appétits et à ceux de votre communauté (la musique enregistrée).
Ecrit par : Robert Marchenoir | lundi, 26 novembre 2007
Je vois que vous écrivez par ailleurs:
"Je voudrais que Jacques [Chirac] m'explique où il fixe la frontière entre un vol "égoïste donc qui mérite condamnation" et un vol "pour le bien collectif". L'association de quartier, la mairie, le conseil général, la présidence de la république ?"
Peut-être devriez-vous vous poser cette question vous-même en ce qui concerne le téléchargement.
Car, en l'occurence, le vol que vous prônez ne prétend même pas au bien collectif. Il est simplement un vol égoïste perpétré à leur profit exclusif par un nombre élevé de personnes.
Ecrit par : Robert Marchenoir | lundi, 26 novembre 2007
Vous semblez vraiment méconnaître la philosophie libérale. Bref, vous dites n'importe quoi. Je n'arrive pas à croire qu'une personne puisse dire cela d'ailleurs.
Je vous recommande de lire des livres libéraux afin que vous en connaissiez les principes parce que là c'est vraiment le pompom.
A moins que vous ne fassiez une erreur et que vous ne preniez le cas du téléchargement pour une généralité que l'auteur de cet article ne fait pas. Et ça, c'est vraiment très malhonnête de votre part.
Ecrit par : deniserp | lundi, 26 novembre 2007
@ Robert : le "bien collectif" est une notion fourre-tout qui permet à JP Huchon de faire embaucher sa femme par le conseil régional ou à J Chirac de multiplier les emplois fictifs. Alors que ces dépenses viennent renforcer leur position personnelle, professionnelle et financière. Or, ma notion de "bien collectif" n'est pas celle de mon voisin. Il s'agit donc surtout d'une image qui permet de faire passer tout et n'importe quoi.
Ensuite, je distingue un comportement qui choque tout le monde (emploi fictif, vol, squatt) de celui qui ne choque quasiment plus personne (le téléchargement). Denis Olivennes persiste à refuser une évolution inéluctable des mentalités et des usages, au nom d'intérêts corporatistes qui ne devraient pas peser à côté de cette pratique banalisée.
Si vous souhaitez vous pencher sur la notion de "propriété intellectuelle", fort récente, complexe et arbitraire, vous remarquerez qu'elle ne se fonde pas sur des principes universels et forts. Elle est souvent prétexte à la défense de monopoles sur des processus, des idées qui en empêchent la diffusion et la reprise pour accélérer le processus de recherche ou de création.
Sans être juriste, je trouve que le "contrat" associé à la vente d'une chanson est abusif : personne n'est mis au courant de ce contrat légal de non diffusion. Le périmètre de l'exception pour copie privée me semble largement insuffisant. Il s'étendra naturellement, à mon avis, aux échanges numériques gratuits. Le sens de l'histoire, que voulez-vous.
Ecrit par : Aurel | mardi, 27 novembre 2007
Deniserp:
Un argument, un seul, aurait évité à votre intervention d'être totalement inutile. Je suis navré de découvrir, jour après jour, qu'on trouve autant de malotrus sectaires chez les libéraux que chez les gauchistes.
Aurel:
Sur le bien commun: Je ne vois pas comment on peut faire de la politique sans rechercher le bien commun, sans avoir des convictions sur la façon d'y parvenir. Ne me dites pas que vous êtes entré en politique uniquement pour faire avancer vos intérêts personnels.
Sur ce qui est choquant ou non: l'unanimité dont vous parlez n'existe pas. Vous dites, par exemple, que le squatt choque tout le monde: c'est tout à fait faux.
De nombreux sympathisants de gauche, non seulement ne sont pas choqués par cette pratique, mais la jugent tout à fait positive, désirable et légitime. Ils rencontrent d'ailleurs un certain écho auprès des autorités, si l'on en juge par les mesures simples et légales qui permettent d'éviter une expulsion immédiate.
Vous dites que le vol choque tout le monde. Bien sûr que non. De nombreux jeunes de banlieue trouvent tout à fait normal de vivre d'objets et de marchandises volées. Quand ça tombe du camion, c'est pas du vol, c'est du bizness. D'ailleurs, le vol ne vous choque pas non plus: simplement, vous l'appelez téléchargement. Sauf qu'au lieu de tomber du camion, ça tombe d'Internet.
Vous dites que le téléchargement (sous-entendu pirate, car vous faites l'amalgame avec le téléchargement payant et légal) ne choque quasiment plus personne. Je me demande sur quoi vous vous appuyez pour dire cela.
Avez-vous interrogé les gens qui continuent d'acheter des CD et des DVD, ou qui téléchargent légalement en payant, et dont tous ne sont pas forcément ravis de devoir subventionner les voleurs? (Désolé, pour moi, quelqu'un qui prend ce qui ne lui appartient pas, contre la volonté de son propriétaire, est un voleur.)
Avez-vous interrogé les musiciens, les cinéastes, les auteurs de logiciels, qui dépendent de la diffusion payante de leurs oeuvres pour vivre, et dont beaucoup s'opposent de toutes leurs forces au piratage?
Que le téléchargement ne choque plus dans les milieux que vous fréquentez, c'est une chose. Que vous en tiriez la conclusion générale que le piratage est légitime, c'est cela que je trouve choquant, caricatural et à courte vue.
La généralisation de l'illettrisme en France est une réalité; il ne s'ensuit pas qu'il faille l'accepter.
Que le problème soit complexe, que les pratiques évoluent, qu'il faille y réfléchir, je veux bien. Mais je suis étonné qu'un libéral fasse si peu de cas du respect de la loi et de la propriété d'autrui, de façon unilatérale.
Je dirais que c'est assez français, comme réaction. Les Etats-Unis ne sont pas exempts de piratage, naturellement; mais on sent, là-bas, une volonté de payer sa musique ou ses logiciels, non pas parce qu'on ne peut pas faire autrement, mais parce que c'est la chose à faire, parce que c'est bien, parce qu'on doit rémunérer les gens de leur travail, parce qu'on a plaisir à le faire.
Or, la France est profondément anti-libérale, tandis que les Etats-Unis sont imprégnés d'idéologie libérale depuis plus de deux siècles. Il faudrait y réfléchir.
Craignez que ce genre de petite arnaque au quotidien ne pérennise la multiplicité des contre-arnaques, qui fait de la France l'un des pays du monde où les citoyens se défient le plus les uns des autres; et où, au final, tout le monde se retourne vers l'Etat-maman, pour réclamer le soutien qu'il ne peut attendre de ses concitoyens... ou cracher au visage de ce même Etat tutélaire.
Bah... je pompe? et alors? tout le monde le fait... et puis le prix des CD, c'est du vol, de toutes façons... Tout le monde pompe? Très bien: alors on va instaurer une taxe sur les CD vierges, sur les disques durs... On nous demande de tolérer le piratage? Très bien, mais alors on va établir une taxe sur les abonnements Internet...
Le téléchargement payant décolle, le piratage diminue? Ne croyez surtout pas qu'on va supprimer pour autant les taxes sur les mémoires enregistrables... Une fois une taxe créée avec l'organisme qui va bien pour la collecter, c'est pour les siècles des siècles...
Ainsi va le jeu des corporatismes en France. La corporation des voleurs de musique et de films n'est qu'une corporation de plus, qui réclame son petit cadeau, son petit privilège, comme les autres.
Voilà ma conviction face à l'inébranlable bonne conscience des militants du piratage, qui résiste à tout argument rationnel. Comme résiste à tout argument rationnel la bonne conscience des squatteurs d'appartements, des grévistes de la SNCF ou des jeunes de banlieue qui tirent les flics comme à la foire.
La vraie solidarité, ce n'est pas celle qui consiste à voler ses concitoyens après avoir fait blanchir l'argent par l'Etat. C'est la solidarité libérale, celle qui existe entre des citoyens qui se font mutuellement confiance. Et qui respectent la loi, par égard pour autrui.
Ecrit par : Robert Marchenoir | mercredi, 28 novembre 2007
@ Robert : vous mélangez beaucoup de choses, difficile de vous suivre.
Si je vous prends un livre, vous ne le possédez plus. Si je le lis, vous ne pouvez le lire en même temps. Si je men empare sans votre accord, il s'agit bien d'un vol que personne ne défendrait dans aucune société.
Si je copie un morceau de musique numérisée que vous mettez à ma disposition, je ne vous prive de rien, je peux en profiter sans vous empêcher d'en profiter aussi librement qu'avant. La différence entre ces deux cas de figure est considérable.
Télécharger des octets qui se reproduisent sans supprimer ni modifier ceux d'autrui n'a rien d'un vol. Certes, il ne répond pas au modèle économique d'un secteur qui pensait disposer du monopole de distribution à l'époque des supports matériels exclusifs. De même que le silex a disparu, les supports musicaux exclusifs disparaissent, grâce à l'univers numérique. De même que les Français ne souhaitent pas qu'on leur impose le silex, la copie arbitrairement exclusive leur apparaît aussi absurde en soi. Cette construction juridique va donc devoir évoluer malgré tous les efforts du lobby du disque et de la FNAC.
Je suis sincèrement désolé pour les salariés de ce secteur qui devront se reconvertir, ainsi que pour les quelques artistes qui doivent plus jouer sur scène et dégotter des partenaires commerciaux pour vivre de leur art. Les artisans tailleurs de silex ont aussi dû évoluer avant eux. Ainsi est faite la vie, rien n'est jamais acquis éternellement.
Note : je ne suis pas opposé au "bien public" en soi, mais je sais trop bien qu'on y met ce qu'on veut, ce qui arrange des politiques dirigistes ayant déjà bien trop de pouvoir sur nos vies. Mon combat politique consiste notamment à en limiter les déclinaisons fumeuses qui permettent de restreindre à l'excès nos libertés individuelles, ce qui contribue également à largement nous déresponsabiliser. Pour votre gouverne, je me méfie terriblement de ceux qui veulent mon bien malgré moi. Contrairement aux politiques de notre pays, je fais bien plus confiance aux hommes qu'eux. Voilà pourquoi je me définis comme libéral.
Ecrit par : Aurel | mercredi, 28 novembre 2007
@ Robert,
Un contrat est un accord de volontés entre deux personnes. A partir du momment ou vous, ou quelqu'un d'autre mettez à ma disposition un fichier numérique, que ce soit à titre gratuit ou à titre onéreux, je ne vois pas pourquoi je me priverai de prendre cet article si j'en ai la volonté. Il s'agit bien ici d'une sorte de contrat illégal, certes, mais un contrat passé librement entre deux individus consentants.
Le problème est bien que l'Etat veut nous empêcher de télécharger librement de la musique et des vidéos. Les supports changent en ce qui concerne la musique et les vidéos et comme d'habitude, l'Etat applique dans ce cas le principe de précaution au lieu de laisser les artistes s'adapter à la nouvelle situation.
De plus, ça permettrait aux individus qui n'ont pas forcément accès à la culture audiovisuelle d'y accéder enfin. Bref, si vous croyez que je suis un sectaire, je sais au moins que j'ai les pieds sur terre.
Ecrit par : deniserp | mercredi, 28 novembre 2007
Aurel,
Je partage votre méfiance de ceux qui veulent le bien des autres malgré eux. Cet état d'esprit est très développé en France, et en particulier à gauche. C'est également une des raisons pour lesquelles je suis libéral, et adhérent d'Alternative libérale.
Mais vous confirmez que vous avez bien des convictions concernant le bien public. Vous pensez que favoriser les libertés individuelles, favoriser la responsabilité de chacun, est in fine meilleur pour tout le monde. Moi aussi.
Cela, c'est une philosophie politique générale.
Après, il faut bien rentrer dans des problèmes particuliers. Il y a deux façons de les aborder.
Soit vous dites: moi je défends les intérêts des chasseurs, des buralistes, des cheminots, des chefs d'entreprise, des compositeurs, des auditeurs de musique, bref des intérêts particuliers; et alors c'est relativement simple.
Vous êtes, dans ce cas-là, un lobby, comme vous dites. C'est tout à fait légitime. Il en faut.
Soit vous dites: je prétends défendre les intérêts de tous les Français, j'ai l'ambition de proposer des politiques dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître, et alors vous êtes obligé de prendre en compte les intérêts de tous, qui sont naturellement contradictoires. C'est donc la voie la plus difficile.
Vous êtes, dans ce cas-là, un parti politique digne de ce nom, de ceux qui produisent, accueillent ou accompagnent les hommes d'Etat.
Il y a un troisième cas de figure. Vous prétendez défendre les intérêts de tous les Français, et en réalité vous favorisez les intérêts de certains contre ceux des autres. Par exemple, ceux des fonctionnaires contre ceux des salariés du privé. C'est le cas du parti socialiste. Ou ceux des auditeurs de musique contre ceux des compositeurs. C'est le cas avec cette nouvelle politique d'Alternative libérale.
Vous êtes, dans ce cas-là, un parti ordinaire, qui limite fortement ses chances de devenir un jour une force politique significative.
Alternative libérale est un tout petit parti, très jeune, qui n'a pas les moyens de s'attacher de nombreux experts et de mener des études approfondies pour préparer son programme.
A cet égard, il peut sembler malin de se positionner sur le "téléchargement libre". C'est un thème populaire, jeune, à la mode. Il présente aussi un gros intérêt: il y a beaucoup plus d'auditeurs de musique que de compositeurs. De même qu'il y a beaucoup plus de salariés que de patrons.
Et puis, il peut facilement attirer l'attention des journalistes, profession sensible au vent de la mode, et qui a de toutes façons tendance à penser que la culture gratuite lui est dûe: elle reçoit les livres, les disques et les films en service de presse, elle est invitée gratuitement au concert, au cinéma, au théâtre et à l'opéra, etc. Il n'y a que les quotidiens gratuits qui lui semblent un outrage aux bonnes moeurs; forcément, ce sont ses intérêts particuliers qui sont alors en péril.
Votre position, en ce sens, est une position gauchiste. Ces derniers sont "pour" les salariés et "contre" les patrons. Vous, vous êtes "pour" les auditeurs de musique et "contre" les compositeurs.
Vous n'allez pas jusqu'aux outrances gauchistes contre les patrons; non; c'est plus enveloppé. Mais vous traitez tout de même les auteurs d'oeuvres de l'esprit de tailleurs de silex.
Je ne vois pas très bien la différence entre cette attitude et celle des gauchistes qui affirment qu'il n'y a qu'à faire payer les riches, que l'économie n'existe pas et que la politique doit prévaloir, qu'on peut à la fois être contre la pauvreté et contre les riches, qu'on peut redistribuer les richesses sans les créer, etc.
Il y a beaucoup de choses justiciables de discussions approfondies dans le rapport Olivennes, et sur ce sujet en général. Le rôle répressif dévolu aux fournisseurs d'accès; le maintien et le développement de taxes énormes sur les mémoires enregistrables; l'interopérabilité des lecteurs et des formats; les aspects excessivement contraignants des dispositifs de gestion des droits numériques; etc.
Le débat, naturellement, ne se limite pas à être "pour" ou "contre" le piratage. Il devrait, entre autres, s'attacher fortement aux modalités du téléchargement payant.
Ce qui est critiquable, en l'occurrence, est le caractère simpliste (et biaisé) de vos arguments. Finalement, ils se résument à ça: empêcher le piratage, c'est pas moderne; et puis nous, on pirate facilement et on n'a pas envie d'arrêter. Que les auteurs se débrouillent.
Vous m'excuserez de penser que cela manque un peu de hauteur de vue.
Ne serait-ce que pour une raison toute simple: il se pourrait fort bien que les auteurs (et les éditeurs) "se débrouillent" en disparaissant. Aucune loi humaine, économique, politique ou scientifique ne postule l'inévitabilité de l'existence de Bach, Brendel, Truffaut, Proust, Cartier-Bresson ou d'autres.
Je ne crois pas que ce serait un progrès. Je ne pense pas que les blogs d'Alternative libérale puissent remplacer ces gens-là, quels que soient les mérites des premiers et le caractère sympathique de leurs auteurs.
Contrairement à ce que l'on peut penser, le piratage généralisé d'oeuvres de l'esprit ne date pas d'Internet. Bien avant l'apparition des ordinateurs, au XIXème siècle, les libraires belges (l'équivalent des éditeurs d'aujourd'hui) ont gravement menacé le marché de l'écrit en France, en inondant le pays de copies pirates (et bourrées de fautes).
Au Québec, entre 1940 et 1950, de nombreux éditeurs achetaient par brassées des romans populaires en France et en Belgique, en arrachaient les couvertures et les revendaient sous des titres différents.
Si, à l'époque, il s'était trouvé un mouvement d'opinion dominant pour dire: ben, ouais, on copie des livres, c'est l'imprimerie, c'est la modernité, ça permet la diffusion de la culture, que les écrivains se démerdent, ne restez pas à l'époque des moines copistes, si la convention internationale de Berne sur le droit d'auteur n'avait pas été signée en 1886, on ne serait peut-être pas en train d'avoir ce débat en ce moment, parce que nous aurions déjà plongé dans l'obscurantisme.
Puisque Deniserp m'invite à me référer aux auteurs libéraux, je vous signale que les libéraux français du XIXème siècle, et
Frédéric Bastiat au premier chef, affirmaient que parmi les droits de propriété les moins contestables, il y avait le droit de l'auteur sur son oeuvre, et que celui-ci devait être protégé par la loi.
Ne négligez pas le fait que les civilisations sont mortelles. Les chefs-d'oeuvre du génie humain, les livres, les oeuvres musicales, les films, tout cela n'a pas toujours existé. Tout cela est infiniment fragile, et dépend de la volonté de préservation de chacun. Tout cela peut fort bien disparaître. En fait, il est très possible que nous soyons au milieu d'une telle décadence, et que le communiqué d'Alternative libérale ne soit qu'un minuscule symptôme d'une tendance historique de fond.
Ce matin, Rezvani, l'un de ces auteurs auquel vous intimiez de façon si désinvolte d'avoir à s'adapter, exprimait à la radio, bien mieux que moi, ce que j'écrivais ici hier: la société française aujourd'hui, disait-il, c'est une file d'hommes les uns derrière les autres, chacun ayant la main dans la poche de celui qui le précède; le vol est devenu normal, admis par tous; et notamment le vol par Internet.
Quand une société affiche un tel cynisme, un tel mépris pour le savoir, l'intelligence, la culture, quand elle est aveugle au point de ne pas voir qu'elle est en train de tuer ce dont elle prétend favoriser la diffusion, quand elle préfère consommer gratuitement aujourd'hui ce dont elle condamne ses descendants à se priver, alors on peut dire qu'elle a choisi le suicide.
Ecrit par : Robert Marchenoir | jeudi, 29 novembre 2007
Deniserp,
Bon, on avance.
Deux remarques:
1) puisque vous m'invitiez à lire les bons auteurs, je serais curieux que vous m'indiquiez quel grand penseur libéral a défendu la notion de "contrat illégal";
2) ce n'est pas l'Etat qui veut vous empêcher de pirater librement; ce sont les auteurs, qui font appel à la loi.
Pour le reste, je vous renvoie à ma réponse à Aurel.
Ecrit par : Robert Marchenoir | jeudi, 29 novembre 2007
Il me semble que vous mélangez deux arguments, l'un éthique et l'autre utilitariste :
- télécharger un morceau gracieusement mis à disposition est un vol
- le téléchargement gracieux va mettre les artistes sur la paille
La seconde question ne m'inquiète pas, quoi que vous en pensiez. Les artistes existeront toujours parce qu'il y a toujours eu un besoin d'oeuvres. Créer est un besoin chez les autres, profiter de ces créations en est un autre et l'échange est inéluctable. Le modèle économique change, rien de plus. Les radios, les TV, les différents médias commerciaux continueront à financer la création, ainsi que des sites d'abonnement offrant des prestations justifiant le prix, des CD mieux conçus, et puis la scène qui reste le coeur de métier de la musique !
C'est l'aspect éthique qui mérite vraiment débat. La naissance du droit d'auteur est plus le fait des éditeurs que des auteurs. Etonnant, non ? Le maintien des droits jusqu'à 70 ans APRES la mort (avec une extension possible à 90 ans au fur et à mesure que les années passent, les familles d'auteurs du XXeme siècle tentent de maintenir la rente) devient absurde. Bref, sans remettre les fondements du droit d'auteur en question, je ne vois pas comment éviter une remise à plat de son cadre un jour.
Je ne crois pas que le déclin culturel, qui reste à confirmer, est dû à ce phénomène qui n'est pas une mode mais un comportement totalement banal. Il faudra que j'en parle à Marc Fulmaroli, le très digne (mais vieillissant) président de la société des Amis du Louvre dont je suis membre depuis des années...s'il y comprend quelque chose, ce dont je ne doute pas.
Ecrit par : Aurel | jeudi, 29 novembre 2007
Une précision. Je vous prie de bien vouloir considérer ce blog pour ce qu'il est, un simple lieu d'expression personnelle qui n'engage que son auteur, moi en l'occurrence. Je m'y autorise des propos simplistes, une pointe de sarcasme, des gaffes, bref tout ce qui fait la vie. Je l'avoue, je suis très imparfait. Mais je lis les commentaires avec attention et tente de m'améliorer chaque jour.
Ecrit par : Aurel | jeudi, 29 novembre 2007
Robert, je parle de contrat illégal vis à vis de la loi. Il existe bien entendu des principes sur lesquels les libéraux ne peuvent déroger comme le fait de ne pas atteindre aux libertés individuelles. Et c'est bien là que ce situe le problème du téléchargemen dit illégal.
Ma position semble pourtant claire, et vous avez dû le voir dans le post précédent. A chaque fois que quelque chose de nouveau arrive en France (On peut dire que le phénomène du téléchargement est assez récent) il se passe aujourd'hui qu'on applique le principe de précaution. Or, je pense dans le cas de l'évolution vers le numérique que les maisons de production, et les artistes pour faire face à cette évolution doivent s'adapter au nouveau support si ils ne veulent pas sombrer en quelques sortes.
je ne suis simplement pas un défenseur des lois injustes, des lois liberticides ; je suis un défenseur du DROIT NATUREL. Pour les auteurs libéraux, je pense que vous les connaissez mais je vais quand même vous en dire deux sur lesquels notamment j'essaye de baser ma réflexion. Il s'agit de Frédéric Bastiat et d'Ayn Rand.
Ecrit par : deniserp | jeudi, 29 novembre 2007
Un excellent texte d'Econoclaste :
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2007/11/28/1102-exception-culturelle/
Car le vrai problème est là : s'il y a une façon "romantique" de voir le téléchargement comme instrument sapant le capitalisme et la propriété privée : la réalité plus prosaique, c'est que le téléchargement gratuit est un choc susceptible de stimuler la création, de faire disparaître des intermédiaires inutiles et peu performants, et de garantir un accès plus général à une culture plus vaste et plus diversifiée.
Ecrit par : Aurel | vendredi, 30 novembre 2007
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