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mercredi, 21 novembre 2007
Nicolas Sarkozy engueule les salariés des Echos
Etrangement, cette nouvelle est passée inaperçue. Un petit paragraphe dans le Monde, rien dans le Figaro, seule Rue89 l'a mise en tête de gondole. Alors que l'incident a de quoi inquiéter, je m'étonne que personne n'ose le relever.
Depuis plusieurs mois, nous savons que Bernard Arnault, propriétaire de la Tribune dont il prépare la cession, convoite les Echos et, sans doute, le Financial Times dans la foulée pour reconstituer le groupe de médias que Pearson avait mis du temps à mettre en place. En ne cherchant pas à compenser sa froideur naturelle par des gestes en faveur de l'équipe éditoriale du quotidien, il est parvenu à déclencher une violente réaction de rejet de l'ensemble de la rédaction. Les Echos se sont même mis en grève une journée, historique de la part d'un journal aussi réputé !
Bernard Arnault a alors réalisé un joli coup en débauchant Nicolas Beytout, ex-directeur en chef des Echos, au même poste au Figaro depuis 2004. Il va donc prendre la tête de DI group, la structure médias de LVMH. Réputé pour ses grandes qualités professionnelles, sa vision stratégique et son indépendance d'esprit vis-à-vis de tout pouvoir, le Figaro fait un peu la tête. Mais la manière dont les Echos ont appris la nouvelle a laissé sa direction pantoise. Alors que Nicolas Sarkozy recevait Erik Israelewicz et ses collègues à l'Elysée pour un entretien, il glisse rapidement vers la question sensible du rachat de leur journal par Bernard Arnault. «Et Nicolas Beytout ? Vous croyez qu’il est content au Figaro ?» Suit un grand silence des interlocuteurs des Echos, qui n’étaient pas venus pour ça. Récit de témoins :
Sarkozy annonce aux Echos le nom de leur patron
Erik Izraelewicz et ses collègues n'en croient pas leurs oreilles. D'un ton cassant, Nicolas Sarkozy leur déclare qu'ils sont idiots de refuser le rachat, qui a été annoncé le 5 septembre: Bernard Arnault, leur explique le président, est un homme très bien, et "il va investir" dans leur journal...
Catherine Pégard, la conseillère de l'Elysée qui a organisé la rencontre, semble surprise du tour pris par la conversation.
[...]
A la fin de l'entretien de vendredi soir, Nicolas Sarkozy lâche, sec:
"Et Nicolas Beytout?"
Silence de mort des visiteurs, estomaqués [...] Rompant le silence, Sarkozy répète:
"Et Nicolas Beytout?"
C'est désormais officiel: le Président de la République annonce lui-même les nominations des patrons de presse!
Nicolas Beytout lui-même, grand professionnel de l'information, a semblé très surpris par la manière dont cette annonce a été faite...et alors que tout n'était pas encore bouclé. Bien que proche de Nicolas Sarkozy, ce qui n'est pas choquant en soi, il sait à quel point la pression aussi directe du pouvoir sur des journalistes est dangereuse. Lui-même a toujours mis l'indépendance au coeur de sa ligne éditoriale. Sans menacer pour autant la liberté de la presse, une telle intervention est inquiétante. Il semble que notre président joue aussi bien au monopoly avec Alstom, Suez, EADS ou Areva qu'avec les médias nationaux. Demain, poussera-t-il Bouygues à vendre TF1 à Bolloré ou à Arnault pour se constituer un bastion de soutiens inconditionnels ? En tout cas, cet incident doit nous inciter à la vigilance.
Note tardive : je vous recommande l'interview de Nicolas Beytout dans le Monde
12:30 Publié dans Culture, Libertés individuelles, Société, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Bernard Arnault, Nicolas Beytout, les Echos, Nicolas Sarkozy


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Commentaires
le nouveau groupe de presse ainsi managé par l'omniprésent président pourrait s'appeler "Je suis partout" ?
;-)
Ecrit par : klopinambour | mercredi, 21 novembre 2007
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