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jeudi, 04 octobre 2007

Scandale EADS : le capitalisme d'Etat a besoin de libéralisme

Si l'affaire EADS ressort aujourd'hui, les éléments de ce casse de l'année sont connus depuis mai, comme l'indique cet ancien post. Simplement, le rapport de l'AMF vient remis au parquet après ces mois d'enquête préliminaire. Espérons que Rachida Dati laissera l'instruction suivre son cours normal. Parmi les 21 dirigeants menacés de mise en examen pour «délit d'initié» et «diffusion de fausses informations»,  il y a en effet le pote du président de la république, Arnaud Lagardère. Ensuite, il y a aussi 1.200 investisseurs qui ont manifestement eu connaissance des mauvaises nouvelles latentes et qui ont volé les autres actionnaires en vendant leurs titres avant leur publication. Une première association de petits porteurs s'est déjà constituée partie civile contre eux. D'autres suivront. CDC Ixis, qui s'était engagé à racheter de grosses quantités de titres (forcément à la demande de Bercy, alors que l'APE, agence de gestion des particpations de l'Etat, avait recommandé dés janvier à l'Etat de liquider son stock d'actions EADS) au prix de l'époque, réflechit à un moyen d'annuler son engagement sous la pression médiatique. Augustin de Romanet, directeur général de CDCva plus loin : "Si des agissements nuisant aux actionnaires étaient avérés, la CDC se joindrait à la procédure". En tout cas, Thierry Breton va pouvoir sortir de l'ombre avec cette affaire qui l'implique directement.

 

Pour sa défense, Arnaud Lagardère a choisi de se présenter comme un idiot plutôt que comme un escroc. J'aimerais savoir en quoi l'un empêcherait l'autre. La star des parachutes dorés, l'ex-président "au courant de rien" Noël Forgeard, réfute tout en bloc. Pourtant, les faits devraient leur coûter cher. Parmi les 21 responsables mis en cause, les langues commencent déjà à se délier : « Aucun des deux coprésidents exécutifs d'EADS à l'époque n'avait de compétence en matière de relations avec les marchés financiers. Ceux-ci n'ont pas été informés comme ils l'auraient dû ». Pour une entreprise du CAC 40, c'est un peu léger. Visiblement, la culture managériale du groupe n'était pas plus leur spécialité, la maitrise technologique non plus. La gouvernance d'Etat, comme d'habitude, fait monter les meilleurs. Au moins ces responsables qui témoignent couverts par l'anonymat avouent-ils leur faute : « Nous avons été laxistes. Nous avons même commis une faute. La direction financière devait prendre des mesures conservatoires et, au minimum, bloquer toutes les demandes de cessions de titres dès septembre 2005. Personne n'aurait dû vendre en novembre 2005 et mars 2006 ainsi qu'a fortiori en avril 2006 ». Si Forgeard et Lagardère pouvaient faire de même... Il faut dire qu'ils risquent deux ans de prison et une jolie fortune au terme de la loi.

 

Sans être juriste, un délit d'initié est une affaire très grave. C'est pourquoi je ne peux qu'espérer que les dirigeants seront condamnés à des peines de prison pour l'exemple. Pour les libéraux, la meilleure régulation est avant tout judiciaire, certainement pas législative ou réglementaire. Laissons faire dans le respect du Droit, et sanctionnons rigoureusement les délits qui conteviennent aux règles de fonctionnement des marchés. Nous retrouvons la distinction fondamentale entre le capitalisme, qui n'est qu'un mode de production, et le libéralisme qui est une pensée. Le capitalisme est un système qui peut prendre différentes formes et ne peut donc rien avoir de "moral" en soi. Le capitalisme de connivence français, le capitalisme d'Etat russe,  le capitalisme sauvage chinois ou le capitalisme trop rigoureusement encadré (loi Sarbanes-Oxley, lois anti-trust ...) des Etats-Unis constituent chacun un environnement économique singulier.  Aucun ne satisfait les libéraux, même si leur jugement est plus sévère avec certaines formes vraiment trop choquantes. Pour rendre un système capitaliste plus éthique, il est nécessaire d'instaurer un cadre libéral : abolition des corporatismes et autres privilèges, ouverture des frontières, suppression de réglementations inutiles ou indirectement coûteuses et judiciarisation des actes de fraude et autres délits.

 

 

Pour information : Art. L. 465-1. du Code Monétaire et Financier, Titre VI "infractions relatives à la protection des investisseurs"

Est puni de deux ans d'emprisonnement et d'une amende de dix millions de francs dont le montant peut être porté au-delà de ce chiffre, jusqu'au décuple du montant du profit éventuellement réalisé, sans que l'amende puisse être inférieure à ce même profit, le fait, pour les dirigeants d'une société mentionnée à l'article L. 225-108 du code de commerce, et pour les personnes disposant, à l'occasion de l'exercice de leur profession ou de leurs fonctions, d'informations privilégiées sur les perspectives ou la situation d'un émetteur dont les titres sont négociés sur un marché réglementé ou sur les perspectives d'évolution d'un instrument financier admis sur un marché réglementé, de réaliser ou de permettre de réaliser, soit directement, soit par personne interposée, une ou plusieurs opérations avant que le public ait connaissance de ces informations.

Commentaires


Suite à votre article (dont je ne retrouve pas l'URL), totalement manipulé (ou manipulateur) que vous avez publié sur Che Guevara, je vous invite, vous ey vos lecteurs à vous informer sur des sources plus honnêtes à commencer par cette émission qui a été diffusée aujourd'hui sur France-Inter (heureusement qu'il y a encore un peu de service public audiovisuel en France !!) :

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1261

Écrit par : sonja | jeudi, 04 octobre 2007


Il fallait chercher le mot clef "boucher" : http://aurel.hautetfort.com/archive/2007/09/10/histoire-d-un-boucher-la-face-cache-du-che.html

En tout cas, quel business juteux cette icône ! S'il savait ce qu'il a rapporté au commerce dans le monde... Le capitalisme est inéluctable. Je n'ai pas dit "libéralisme", mais "capitalisme". La nuance est grande.

Écrit par : Aurel | jeudi, 04 octobre 2007


L'émission en question dont je vous ai signalé le lien et qui a été diffusée aujourd'hui sur France Inter :

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1261

n'est pas liée au marché de l'exploitation de la photo du Che auquel vous faites allusion, exploitation que je trouve malsaine mais qui n'enlève rien au combat de Guevara.

+ Vous me dites de chercher le mot-clé "Boucher", mais je ne trouve pas votre moteur de recherches sur ce blog.

Merci quand même pour l'URL en tout cas même si je suis en profond désaccord sur le sens de votre article. Mais l'émission fera contre-poids.

Écrit par : sonja | jeudi, 04 octobre 2007


Mais ce n'est plus de l'amour, c'est du fétichisme !

Écrit par : Aurel | jeudi, 04 octobre 2007


Le fétichisme, c'est ceux justement qui ont le tee-shirt, pas moi :)

Écrit par : sonja | jeudi, 04 octobre 2007


Tu as raison. Ce qui compte, c'est ce qu'il y a dessous. Ne jamais s'arrêter à la superficialité des apparences ;o)

Franchement, je ne comprends pas comment on peut apprécier un homme qui aimait autant le sang.

Écrit par : Aurel | jeudi, 04 octobre 2007


Il aimait le sang selon des livres de propagande américains qui ont voulu jeter le discrédit sur ce qu'on pu faire des hommes comme Castro ou Guevara. Le livre que vous citez dans votre article est tendancieux. Ce sont les vainqueurs qui racontent l'histoire, vous le savez bien.

Avez-vous entendu de témoignage de Marie-Paule de Villejuif, au début de l'émission que je vous ai envoyée :

"Hier j'ai regardé le docu sur les 500.000 cubains en Afrique pendant 25 ans. C'était très intéressant, et comme dit Castro : "je n'ai ramené d'Afrique que les cadavres des soldats". On y voit tout le travail du Che et de Castro sur l'aide à la libération des pays colonisés. Je comprends que Mandela soit allé voir Castro en premier après sa libération. En France, particulièrement, à part Ignacio Ramonet et Mme Mitterand, on cache les valeurs positives de Castro."

Je ne saurais mieux dire.

Écrit par : sonja | vendredi, 05 octobre 2007


Les livres de propagande américains? Je suis intéressé, parce-que la plupart des livres américains que j'ai pu trouver sont plutôt pro-Che.
Voir recherche effectuée sur Amazon: http://amazon.com/s/ref=nb_ss_gw/002-4988414-1047229?initialSearch=1&url=search-alias%3Dstripbooks&field-keywords=che+guevara&x=0&y=0

Il y en a bien quelques-uns anti-Che, mais ils sont plutôt rares (et souvent écrits soit par des non-Américains, soit par des Américains d'origine cubaine).

PS: avant d'aller libérer les pays colonisés (ce que j'approuve, comme tout libéral - ce sont les libéraux qui ont été les premiers à se battre contre le colonialisme), peut-être Castro aurait-il dû commencer par libérer son propre peuple, non?
PPS: moi, j'ai plutôt l'impression qu'en France (et ailleurs) on a plutôt tendance à cacher les valeurs négatives du "gentil" Castro, mais enfin…

Écrit par : Mateo | vendredi, 05 octobre 2007


Je pense que votre argumentation est imparable.

Quand vous écrivez, par exemple : "ce sont les libéraux qui ont été les premiers à se battre contre le colonialisme", la méthode de pensée est ce qu'Aristote appelait une manoeuvre logique. C'est à dire que vous assignez le mot libéral au bien. De cette façon, le libéralisme existe hors de sujets humains qui prônent cette idéologie (car le libéralisme, bien entendu, n'a rien de naturel, c'est une idéologie comme une autre).

Donc tout ce qu'on fait les libéraux était bien. Et mieux encore, tout ce qui était bien était libéral. Ainsi votre exemple : s'ils se sont battus pour libérer les peuples colonisés, c'étaient des libéraux. Ce qui est dans les faits absolument faux. Les grands auteurs anti-coloniaux étaient pour la plupart d'inspiration marxiste (Frantz Fanon, Aimé Césaire...) ainsi que ceux qui les ont aidé dans leur combat judiciaire (Jacques Vergès, Gisèle Halimi...) Je pourrais vous citer des dizaines de noms comme ça.

Quant à l'idéologie des Lumières, où vous faites remonter théoriquement (avec raison) le libéralisme théorique moderne, il mène généralement tout droit au colonialisme. A ce sujet, il faut absolument lire un classique qui est époustouflant de prophétisme : le "Supplément au voyage de Bougainville" de Diderot. Il faut le lire pour comprendre ce que votre argumentation a de pervers : Diderot montre des colonisés qui disent aux colons : "nous ne voulons pas de la liberté que vous nous apportez, car elle fait de nous des esclaves d'autre chose, et ce qui était notre oppression à vos yeux ne l'était pas aux notres". Ce qui est intéressant, c'est le relativisme du concept de liberté. Mais aussi c'est l'époque où Diderot écrit : reniant le libéralisme des Lumières, il en dresse une remise en cause radicale.

Et vous irez le récupérer et me dire : "mais non, c'est Diderot le libéral !". Et vous aurez tort. Car ce sera de la manoeuvre logique.

Et si l'on vous dit : les libéraux de Friedman étaient heureux de pouvoir tester leurs formules dans une dictature, et pour eux le paradis du libéralisme c'était un régime sanglant sans aucune liberté autre qu'économique, vous me répondrez : "mais ceux-là n'étaient justement pas des vrais libéraux".

Vous le voyez : raisonner et argumenter en partant du principe que ce qui est libéral est bon et que ce qui est bon est libéral, relève au mieux du syllogisme, au pire de la mauvaise foi.

Écrit par : sonja | vendredi, 05 octobre 2007


J'aimerais savoir où j'ai affirmé que ceux qui se sont battus contre le colonialisme étaient forcément libéraux. J'ai juste dit que les libéraux étaient se battaient contre le colonialisme (tu peux vérifier) et qu'ils étaient les premiers à le faire. Peut-être aurais-je dû dire parmi les premiers?

De toutes façon, ce n'est qu'un détail, on va pas débattre de l'histoire. Je persiste à penser que Castro aurait d'abord dû libérer son propre peuple.

J'aimerais également savoir où j'ai dit que tout ce qu'ont fait (tous) les libéraux était bien…
Et j'aimerais enfin savoir où j'ai affirmé que tout ce qui est bien est libéral…

Enfin bref, tu me prêtes des intentions qui ne sont pas les miennes… On s'en fout à la limite, même si j'ai une "argumentation perverse" ;)

Tout ça ne me renseigne pas sur tous ces livres dont tu parlais.

PS: Friedman était parfaitement libéral. Le régime pour lequel il a loué ses services était par contre anti-libéral par définition puisque c'était une dictature. Il pensait (naïvement?) que le meilleur moyen de sortir un peuple d'une dictature était le progrès économique. Je ne sais pas pourquoi mais cet exemple revient perpétuellement… Petit scoop: il existe des libéraux qui ont fait des erreurs. Si si, je t'assure!

Écrit par : Mateo | vendredi, 05 octobre 2007


Nous sommes d'accord !

Bone journée.

Écrit par : sonja | vendredi, 05 octobre 2007

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