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jeudi, 27 septembre 2007
Birmanie : bonze attitude & répression
Il y a quelques années, j'ai passé 3 semaines au pays des dix mille pagodes. Ce fut l'un des plus éblouissants voyages de ma vie. Sac au dos (et dollars dans les chaussettes, car tout se paye en cash là-bas), la découverte de cet univers extraordinaire m'a beaucoup marqué : lac Inle, grotte aux mille bouddhas, Mandalay, Pagan et Mrauk U (par Sittwe) plus sauvage, ce pays est rempli de pépites (ainsi que de pavot et de rubis pour les vilains curieux qui cherchent des ennuis). Les Birmans furent partout très chaleureux, compensant la froide arrogance des militaires omniprésents. Encore aujourd'hui, à la simple pensée de ce pays, des hommes et des femmes avec lesquels j'ai pu échanger, je ressens toujours une forte émotion.
Peu de temps après mon retour, une sérieuse discussion m'opposa à une tante qui me reprochait d'avoir ainsi cautionné le régime. Elle défendait le boycott mis en place depuis la féroce répression de 1988, qui fit 3.000 morts (à ce sujet, il faut voir ce film émouvant de Boorman : Rangoon). Au contraire, je défendais la thèse que rien ne justifiait qu'on laisse le peuple birman dépérir si longtemps pour faire tomber un régime qui, manifestement, ne tombe toujours pas. Par ailleurs, d'autres pays tout aussi terribles sont très touristiques, tels la Syrie, sans que cela ne choque personne. En tout cas pas elle qui venait d'y passer d'excellentes vacances. La Tunisie constitue un autre exemple de pays autant réputé pour ses plages que pour sa brutalité à l'égard de tout zeste d'opposition politique. Nos tour-opérateurs n'en sont pas moins friands et les Tunisiens ne s'en plaignent pas.
Sans avoir de réponse toute faite sur la question, ces souvenir contrastés sont brutalement revenus avec la contestation récentes des bonzes et la répression qui s'ensuivit rapidement. Misère et frustration sont sans doute à l'origine du mouvement. Les autorités ont d'abord fait la sourde oreille. Encore aujourd'hui, le quotidien officiel, The Myanmar Times, n'évoque pas ces incidents. La revue The New Light of Myanmar parle de "saboteurs qui forceraient des familles à manifester". Mais l'armée a vite commencé à réagir devant l'expansion rapide du mouvement. Le prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi, toujours emprisonnée depuis qu'elle a remporté des élections démocratiques en 1990, a vu l'armée renforcer la surveillance autour de sa villa. La porte-parole de l'opposition, Myint Thein, a été incarcérée avec plusieurs cadres du parti d'Aung San Suu Kyi. Les militaires quadrillent les rues et procèdent à des centaines d'interpellations, souvent avec brutalité.
Mais cette fois, il y a Internet. La Birmanie délivrant les visas au compte-goutte et n'hésitant pas à fermer ses frontières, il est très difficile d'obtenir des informations locales précises. Dorénavant, des journaux en ligne nous informent des évènements au jour le jour, des vidéos de la répression sont mises en ligne sur youtube ou dailymotion. Le régime ne peut plus dissimuler aussi bien les exactions qu'il commet. Aussi la Chine, grand allié de la junte, a-t-elle commencé à exprimer son désir de calme à la veille des jeux olympiques. Avec sa responsabilité déjà mise en cause dans le génocide du Darfour, la situation deviendrait critique si un bain de sang avait lieu en Birmanie.
Alors que nous n'en sommes qu'aux préliminaires, il y a déjà 5 morts, dont un photographe japonais, et les barricades ne cèdent pas dans le centre de Rangoon (le gouvernement, dans sa paranoïa, venait de transferrer la capitale dans une ville fabriquée de toutes pièces à 145 km de là). Les moines, très proches de la population dont ils dépendent totalement, ont très vite été rejoints par la foule et les étudiants après avoir lancé la contestation. Le rapport de force monte en pression. En saccageant les monastères, l'armée prend dorénavant le risque de faire basculer la population encore passive. Dans ce pays bouddhiste très pieux tenu par des généraux psychopates qui font appel à des numérologues pour leurs décisions, la situation est explosive. "Go home or be shot", difficile de ne pas craindre le pire avec cette annonce des autorités.
J'ai eu la chance de voir la réalisation de ce court métrage par Julien Baillargeon, jeune artiste talenteux qui a réalisé cette scène chez lui pour l'association asskforfreedom.org.
Quelle figure pour porter les couleurs de cette révolte populaire ? L'opposition, même muselée, dispose tout de même d'autres têtes, notamment le Dr Sein Win qui vit aux Etats-Unis, et qui vient d'être reçu par Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, il est possible de faire bouger les choses en soutenant ce mouvement populaire : une grande mobilisation massive peut inciter les gouvernements occidentaux à faire pression sur la Chine afin qu'elle accompagne fermement la junte vers une sortie honorable mais pacifique. En signant la pétition suivante (j'en suis seulement le 3172eme signataire) et en écrivant à nos député, nous pouvons faire changer le cours de l'histoire de la Birmanie. Comme l'écrit parfaitement bien Bruno Frappat :
Les dictatures ne craignent rien tant que la publicité donnée à leur existence, à leurs crimes, à leur illégitimité. Elles détestent la lumière. Pesons donc de tous nos regards: c'est notre seule arme. Il faut regarder les dictateurs dans le blanc des yeux.
Rappelez-vous que les médias sont interdits en Birmanie. Je ne crois pas que ce reportage pour la BBC ait été réalisé ouvertement. Chaque prise d'image est un risque pour celui qui les prend. Un photographe japonais a d'ailleurs été tué par l'armée. Malchance ?
Note : moi qui voulait emmener ma petite famille dans ce beau pays, je vais vraiment devoir attendre le départ de la junte après ces évènements qui font reculer le peuple birman jusqu'à l'année sanglante de 1988.
07:55 Publié dans Dans le monde, Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : Birmanie, Myanmar, junte militaire, Aung San Suu Kyi |
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