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lundi, 03 septembre 2007

A la Pinacothèque, la culture est libre

Il est si rare de voir naître des lieux culturels libres ouverts au grand public que cette ouverture mérite d'être signalée à Paris. La Pinacothèque a récemment rejoint la Fondation Cartier, la Fondation Dina Vierny et la Maison Rouge, entre autres, parmi ces trop rares espaces parisiens émancipés de l'Etat. Errante depuis quelques années, la Pinacothèque lancée en 2003 par le Crédit Agricole s'est définitivement arimée, depuis le 15 juin, au 28 place de la Madeleine. L'exposition inaugurale présente le parcours de Roy Lichtenstein avec de belles pièces. Certes, nous n'atteignons pas la dimension des expos de la fondation Vierny qui, avec de l'expérience et un espace plus vaste, propose régulièrement de magnifiques expos dont certaines m'ont vraiment bouleversé : la gestion étrange de l'espace et les torsions, parfois difficiles à supporter, imposées aux corps par Francis Bacon, l'angoisse prémonitoire des expressionnistes allemands, le style faussement enfantin, mâtiné de vaudou, et finalement assez iconographique de Basquiat que j'ai vraiment découvert là, les fresques érotiques totalement délirantes de Keith Haring... Bref, je vous recommande en passant ce joyau parisien. La Pinacothèque est plus sobre, elle est aussi beaucoup plus jeune. A elle de faire ses preuve maintenant qu'elle est installée.
77c38822bd2112bd1f7baa4cd9e8cc48.jpgIl m'a semblé important de soutenir cette initiative et d'aller faire un tour de l'exposition inaugurale, même si, je l'avoue tout de suite, je ne suis pas fan de Roy Lichtenstein. Ses gros points colorés et ses hachures sur personnages de comics m'apparaissent essentiellement décoratifs (l'insulte suprême pour les intégristes de l'art pour l'art... que je ne suis toutefois pas), réalisés proprement, sans réellement émouvoir. Pour faire bref, prenez les collages du Matisse âgé, une pincée de Picasso, l'iconographie américaine des années 60 et vous avez l'oeuvre de Lichtenstein. Avec certes du talent et de la consistance. Mais la technique de découpage-collage puis reproduction en peinture sur de grandes toiles manque de profondeur (sans jouer sur les mots, puisque Lichtenstein aplanit toute profondeur, comme Matisse, pour n'envisager que 2 dimensions). Bref à côté de Jasper Johns ou de Willem de Kooning, c'est un peu de la soupe.
bb9f4524d3dfc6f7233d028a8077a3df.jpgBon, partant avec un à-priori plutôt négatif, je dois dire que les pièces choisies me sont apparues plutôt séduisantes. Un peu d'érotisme qui m'aurait beaucoup plu ado. Et puis des sculptures séduisantes. Notamment, "Woman, Sunlight, Moonlight", est l'une des quelques pièces qui sortent du lot. Simple et discrète, elle représente un visage de femme abandonné aux rayons du soleil (recto rouge) et de la lune (verso bleu) dont il émane quelque chose de mystérieux et de charnel. Pour l'anecdote, cette sculpture de bronze peint a tout de même vu l'un des 6 exemplaires réalisés vendu 2.1 millions de dollars en salle de vente. Ca vous donne une idée de la côte du grand Roy.

 

 

L'oeuvre qui m'a sans doute le plus remué, c'est "Le Lacaoon". L'une des rares toiles sur laquelle Lichtensteil ose s'aventurer en terrain inconnu pour lui, celui du geste. De ce personnage mythologique accompagné de Prométhée, je ne sais rien et je ne veux rien savoir. Mais cette composition, copiée sur un modèle classique comme la plupart de ses thèmes, est travaillée avec bien plus de liberté que l'ensemble de ses oeuvres un peu convenues. Etait-il amoureux ? Se sentait-il dans une impasse ? En tout cas, il s'est temporairement libéré de ses espaces à deux dimensions, de ses points et de ses hachures répétitives. Hélas, cette exploration du geste accompagnant les collages plus sages marquent une période de quelques années seulement. Dommage.
7eb44b05995fab5665d69766741c5ed0.jpgEn tout cas je le répète : il faut soutenir l'existence de cette fondation et y aller. Et si vous ne voulez pasparticiper aux frais à hauteur des 8 euros de droits d'entrée, vous pouvez voir les photos de fresques poissonnières étonnantes d'Anne-Catherine Becker-Echivard pour seulement 3 euros. Scènes de vie de poisson dans des mises en scènes très soignées (observez bien le détail, c'est très étonnant), sur des couleurs parfois bonbon-fluo très contrastées. On pourrait trouver l'ensemble un peu gadget, l'artiste parvient pourtant à donner, avec un humour subtil, du mouvement et une âme à l'ensemble. Chaque photo nous présente des comédiens qui racontent une histoire. Que ce soit en s'engueulant parfois, en vivant une aventure digne de Jules Vernes ou tout simplement en déjeunant au bistro. Décidément, il y a vraiment de la vie dans ces têtes de poisson qui, il faut le souligner, sont habillées avec beaucoup d'imagination et de talent dans ces compositions rigoureuses.
Allez, ce n'est qu'un début. Cet automne, Roy Lichtenstein cèdera la place à un artiste d'une envergure incomparable (à mon goût), et certainement moins conventionnel : Chaïm Soutine. Les rares oeuvres que j'ai vues de lui m'ont toujours secoué. Tout y est déformé avec une matière épaisse, presque torturée sous la main de Soutine. Portraits, pièce de boeuf (très inspirée de Rembrandt) ou paysages, le prisme Soutine déforme tout et recompose un univers nerveux, certainement angoissé.

Je suis impatient de découvrir les oeuvres que la Fondation présentera aux amateurs qui se déplaceront. A suivre.

Commentaires


Merci du conseil qui m'a fait passé un agréable dimanche matin!

Ch D

Écrit par : christophe D | lundi, 10 septembre 2007

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