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jeudi, 05 juillet 2007
Fillon coupe dans le budget des musées
Pour rendre son discours de politique générale moins terne (c'est raté), François Fillon a annoncé que la gratuité d'accès aux musées serait expérimentée dans des établissements de Paris et de province. A priori, cette mesure semble généreuse. On croirait presque que notre François va sortir l'argent de sa poche. Détrompez-vous, c'est vous qui paierez.
Allant dans le sens opposé de la tendance récente qui accorde plus d'autonomie aux musées, notre bon François a donc décidé que ceux-ci n'auraient plus de recettes de billetterie. Et tant pis si leur budget devient trop étriqué pour assurer leurs missions. Une petite rallonge leur sera certainement accordée par le ministère de la Culture (donc par le contribuable qui n'est pas encore assez sollicité). Ainsi, tous les Français qui se moquent éperdument de ces musées auront la fierté de payer, par leurs impôts, l'équivalent des billets dont ils ne voulaient pas. Nous découvrons ici la botte secrète de Fillon : "Si tu ne viens pas au musée, la facture viendra à toi !"
Allez, une petite touche pour vous faire plaisir. Une grande part des entrées collectées par ces musées provenant jusque là de touristes tout heureux de venir dépenser leur argent pour faire vivre le secteur culturel français, ce seront dorénavant les Français qui assureront, par leurs impôts, le bonheur des étrangers venant chez nous, concept encore inédit dans l'économie du tourisme. C'est aussi ça, l'innovation du gouvernement Sarkozy !
Enfin, Fillon tente maladroitement de commettre la même erreur que la gauche en expliquant que la culture ne serait pas une marchandise comme les autres : "Je veux que les jeunes puissent accéder facilement à toutes les ressources culturelles, à travers 'un passeport culture' valable sur l'ensemble du territoire", a-t-il dit lors de sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée. S'il allait au musée, François saurait que les jeunes ne payent déjà pas. Mais peut-être place-t-il la barre de la jeunesse en dessous de 40 ans ? Quant au passeport, de nombreux musées le proposent déjà pour des tarifs modiques. Bref, tout le monde ne manie pas le strass et les paillettes comme Jack Lang.
Au contraire, le secteur culturel est un secteur économique important qui exige des moyens, qui fait travailler beaucoup de monde, presque 500.000 personnes (voir rapport page 201), et qui apporte du bonheur à un public demandeur... ou des bides confidentiels lorsque l'offre ne recontre pas son public.
Nier les aspects économiques de ces échanges permet avant tout de faire de la culture :
- un outil politique, au mieux clientéliste, au pire de propagande.
- un secteur où règne la précarité : "entre nous, pas d'histoire d'argent". Les stars ramassent, les autres rament.
- un système opaque qui subventionne une production marginale fortement élitiste qu'un tout petit public amateur et argenté ne veut pas payer de sa poche, en échange de quoi il nourrit une offre de loisirs dits "culturels" de masse, sympa mais sans ambition, qui satisfait un très large public que le simple mot "culture" fait rêver.
Les musées constituent une petite part de ce vaste secteur culturel. Ils contribuent largement à l'économie touristique et véhiculent une image forte auprès des visiteurs. Aussi de nombreux mécènes ont-ils compris l'intérêt qu'il y avait à aider ces institutions...qui n'ésitent d'ailleurs plus à s'exporter quand leur savoir-faire, leurs réseaux et leurs stocks le permettent.
Bref, cette pseudo gratuité constitue donc une régression inquiétante pour notre économie de la culture.
07:00 Publié dans Culture, Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
| Tags : François Fillon, gratuité dans les musées, Jack Lang, culture |
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Commentaires
Il peut bien instaurer tous les passeports culture possibles et imaginables, ce n'est pas pour cela que les jeunes iront vers elle. La culture attire ou n'attire pas et ce ne sont pas de vagues contingences pécuniaires qui constitueront un obstacle. Etudiant je rognais sur mes budgets nourriture et vêtements pour hanter les musées et expos, j'ai bossé pour me payer des vacances italiennes afin de découvrir les merveilles romaines et florentines.
Écrit par : Harald | jeudi, 05 juillet 2007
Ayant fait l'expérience de la gratuité des musées nationaux à Londres, je tiens à ajouter un bémol à cette tentation de pourfendre la décision de Francois Fillon.
Si seules les collections permanentes sont libres d'accès, cela n'empeche nullement les musées de monter des expositions ciblées et payantes en meme temps. Ce que font avec talent le V&A ou la National Gallery, qui en dégagent des recettes substantielles.
Certes, le problème de la perte de recettes touristique se pose, mais sauf si l'on compte imiter l'Inde ou l'on trouve un tarif local et un tarif Sahib, c'est inévitable.
D'un autre coté l'accès libre, gratuit, et par conséquent sans queue à l'entrée change véritablement la nature d'une visite au musée. Cela devient un acte fréquent, facile, bref,etc... Vous attendez un ami rue de Rivoli - plutot qu'errer dans le carré des antiquaires, promenez vous dix minutes au Louvre!
Enfin, pour en revenir à la question des finances des musées, certes la gratuité aura un cout, mais le mécénat, et le don devraient en combler une partie. La encore, c'est une question de mentalité. Lorsque vous visitez les collections de la Fitzwilliam à Cambridge, l'entrée est bien entendu gratuite. Lorsque vous en sortez, après avoir admiré les merveilles dont elle regorge, on vous suggère fortement (personnel, caisses, flyers, etc...) de faire un don pour contribuer à son entretien. Il est difficile de ne pas cèder de bon coeur! -et c'est certainement l'attitude qu'auraient les Américains, grace à leur culture du service et du mécénat si l'on faisait la meme chose au Louvre. Je doute cependant que les Francais se montrent aussi généreux...
Écrit par : André | samedi, 07 juillet 2007
Croire que la culture est gratuite est un mensonge, et l''état n'a pas à se meler de la culture, il ne doit pas imposer sa vision de la culture, car en l'imposant il brime toute innovation et toute création culturelle, en privilégiant des faux projets de faux artistes. Ces subventions sont une assurance pour l'artiste pour réaliser des oeuvres tout à faut insignifiantes et inintéressantes, mais l'état est là pour payer donc tout va bien pour eux.
Il faut privatiser les musées, et ni l'état ni les collectivités locales ne doivent s'investir dans la culture.
Écrit par : Tremendo | dimanche, 08 juillet 2007
André, accéder à une salle intéressante du Louvre prend 15 minutes. Le temps de ressoritr, 15 autres minutes. Il faut donc au moins 45 minutes à perdre dans le coin pour aller déguster quelques oeuvres.
Imposer la gratuité aux musées, c'est une étape forte pour nier leur autonomie. Cette question devrait relever des musées, pas du ministre.
Enfin, la gratuité constitue une pédagogie exécrable qui dévalorise la notion de contribution dans l'échange.
Écrit par : Aurel | dimanche, 08 juillet 2007
Sarkozy est-il communiste ?
Écrit par : Pierre | vendredi, 13 juillet 2007
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