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samedi, 28 avril 2007
Bayrou adapte "Le bon, la brute, le truand"
Nous vivons une période extrêmement tendue. A tous les repas, à chaque rencontre, sur tous les sites, il n'y a qu'un sujet: l'enjeu présidentiel. Le moment est propice pour s'engueuler un bon coup avec ses amis, sa famille ou ses collègues de bureau. Voire de se fâcher définitivement. Jusqu'au 7 mai au matin en tout cas. C'est peut-être même le prétexte idéal pour rompre une relation qu'on a trop tardé à couper.
Cette tension vient d'un homme, François Bayrou. De manière improvisée car imprévue. Il a senti qu'il avait ouvert une belle faille dans le bipolarisme artificiel gauche-droite; artificiel parce qu'il ne repose sur rien mais permet seulement à une caste d'hommes politiques de vivre du système avec un risque bien plus limité que dans un jeu ouvert. Il a compris qu'il lui restait un temps assez court pour asséner ses coups de burin dans ces fissures béantes. Porté par une vague irrationnelle de lassitude et d'espoir, sa défaite n'en est pas réellement une. Mais il sait que le 10 juin, son parti ne sera plus. Pris en tenaille entre un PS moribond et une UMP extrêmement renforcée, sa place dans ce secteur économique qu'est la politique est menacée. Il risque de devoir se retirer pour une longue traversée du désert. Sarko s'en est remis, pourquoi pas lui ? Mais d'autres n'ont pas cette patience : ses députés ont massivement rejoint Sarko. Par manque d'imagination...et par aversion au risque.
Car Bayrou tient une carte maîtresse en main, la carte qu'il a jouée depuis le début de sa campagne pour la présidentielle. La gauche est condamnée. Aujourd'hui, demain, dans 6 mois. Le rassemblement de dinosaures antilibéraux et anti-européens et de socio-démocrates européistes est une contradiction interne que le PS, fragilisé, ne peut plus surmonter. Emmanuelli parle déjà de fonder un nouveau parti des anti-libéraux, c'est à dire de quitter le navire PS qu'il juge en "perdition". Tenu bien en main par Une Ségolène Royal sans convictions autres que celle de la conquête du pouvoir, ce PS doit affronter une crise d'identité majeure, ignorée depuis trop longtemps.
Les socialistes réformistes, DSK, Rocard ou Kouchner, n'ont rien à faire avec les Mélanchon et autres grincheux anticapitalistes primaires. Nous le savions tous, mais sans réel espoir que cette réalité soit prise en compte. Car un tel choix remet en question leur modèle économique, leur carrière (pour ceux qui en ont encore une en politique). Aujourd'hui, il ne peut plus être ignoré ou reculé si Royal est battue au 2nd tour. Bayrou l'a compris et joue une recomposition du centre et du centre-gauche sous la forme d'un parti social-démocrate unifié (le PD) ou d'une confédération à l'italienne, sur modèle de l'Olivier. Là se trouve sa seule chance de poursuivre sa route dans le business politique. Il joue gros, ses troupes sont perdues et pas toutes tentées par ce risque considérable. Au moins Bayrou aura-t-il eu le courage de faire ce pari fou, quitte à finir seul.
Cela explique pourquoi il cogne sur Sarko à toute force, le traitant implicitement de truand. Lui, c'est le bon. Qui est le troisième homme, enfin la 3eme femme ? Le western se jouera sur toutes les chaînes à partir de dimanche 6 mai à 20h00 (enfin 18h00 sur letemps.ch si le serveur n'explose pas).
14:20 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Révolution légale, élection présidentielle, législatives


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Commentaires
Je suis assez déçu de l'attitude de Bayou depuis cette semaine. Certes je savais qu'il n'apporterait aucun soutien à Sarkozy, mais sa façon de soutenir Ségolène en sous-marin pour mieux arranger ses comptes est assez pitoyable, pour quelqu'un qui a obtenu la confiance de millions de gens sur la base de l'indépendance vis à vis du PS et de l'UMP. Cela dit si le résultat de tout ça, c'est la mort à moyen terme du PS, je lui pardonne volontiers.
Ecrit par : Jonoblog | samedi, 28 avril 2007
Il a du courage et une bonne vision des choses. Il a fait une excellente campagne.
Si je pense que nous n'avons plus grand chose à faire avec Bayrou dorénavant, pour autant je lui souhaite le succès dans son audacieuse entreprise. Si le PS devenait ce que la gauche italienne est devenue avec Prodi, luttant pour la fin des privilèges, des corporations et l'ouverture de la concurrence, ce serait une réussite historique !
Ecrit par : Aurel | samedi, 28 avril 2007
Ségolène a du mal à se résoudre à ce nouvel environnement, même si ses ouailles pétochent. Voici une news de Reuters :
Ségolène Royal a confié à l'altermondialiste José Bové une mission d'étude sur la question de "la mondialisation et la souveraineté alimentaire."
"Cette question est essentielle pour assurer l'égal accès à une alimentation de qualité à l'ensemble de la population de notre planète, sans la faire dépendre d'intérêts économiques, financiers ou politiques", écrit le service de presse de la candidate.
Elle s'inscrit "dans le cadre des propositions du Pacte présidentiel destinées à maîtriser la mondialisation et à la mettre au service des hommes", ajoute le texte.
Ecrit par : Aurel | samedi, 28 avril 2007
En ce qui me concerne, si je devais m'engueuler avec mes amis sur des motifs politiques, je n'aurais plus d'amis (sniff). Liberal en France, c'est dur de ne pas être le mouton noir du troupeau.
Donc cette election ne me permettra pas "d'epurer" mes relations, il faudra que je trouve autre chose.
Pour la tension, il faut reconnaitre aux trois candidats d'avoir mis de la tension, chacun à sa maniere. Sarko, a brisé quelques tabous, certains anti-conservateurs, mais d'autres anti-libéraux. J'aurais préféré qu'il se concentre sur les tabous anti-libéraux mais bon... l'UMP, c'est l'UMP.
Ségo aussi avec sa desinvolture face aux facades ideologiques du PS.
Si le PS explose et donne naissance à une gauche moderne, tant mieux, mais comme tu dis, ce n'est pas notre probleme..
Quant Bayrou qui prend le risque de favoriser Ségo, je trouve l'explosage de PS beaucoup trop cher payé pour le France.
Ecrit par : Daniel T | samedi, 28 avril 2007
"Explosage", "bravitude"... Ségo, sors du corps de Daniel !!!
Ecrit par : Aurel | samedi, 28 avril 2007
J'espère franchement que le PS va faire sa mue idéologique et rompre définitivement avec ses vieilles lunes marxistes. Mais l'attitude de Bayrou me déconcerte complètement. Est-ce qu'il veut faire à Sarkozy le coup que Chirac a fait à Giscard en 81 en faisant élire Miterrand ? Est-ce qu'il joue la politique du pire en pensant ainsi preserver toutes ses chances pour 2012 ? Pour quelqu'un qui voulait rénover la vie politique en profondeur, cela reléve du calcul politicien le plus aberrant... C'est très décevant.
Ecrit par : Stephane | samedi, 28 avril 2007
Je me demande si Bayrou ne fait pas le pari d'une Ségolène battue, donc d'une recomposition qui lui offre un espace pour bâtir un large centre social-démocrate.
La question, c'est avec qui ? Qui le suivra au sein de l'UDF ? La branche moderne du PS acceptera-t-elle de l'avoir parmi les dirigeants de la nouvelle entité ?
A noter que la marque "UDF" appartient à hervé de Charette qui ne compte pas laisser l'UDF disparaître ainsi. Le jeu promet des rebondissements...
Ecrit par : Aurel | samedi, 28 avril 2007
Aurel a dit "Je me demande si Bayrou ne fait pas le pari d'une Ségolène battue, donc d'une recomposition qui lui offre un espace pour bâtir un large centre social-démocrate."
Peut être mais alors il n'a pas intérêt à aller trop loin contre Sarko dans ce cas de figure, pourtant depuis une semaine je ne vois plus aucune retenue chez lui dans ses attaques contre Sarko, l'accusant même de faits graves qu'il ne peut prouver.
Moi je crois qu'il mise sur une victoire de Royal, la preuve presque tout les militants UDF roulent pour Ségo et n'hésitent pas à vous inciter à voter pour elle, pour en être convaincu il suffit de visiter une permanence udf.
Ecrit par : Jonoblog | samedi, 28 avril 2007
Une question me taraude : que fait Alternative Libérale avec un homme qui envisage une recomposition avec quelqu'un qui confie des missions d'étude à la gauche anti-libérale ?
Ecrit par : koz | dimanche, 29 avril 2007
Etrangement, j'ai bien retrouvé, hier à Bercy, toutes les têtes qui se trouvaient à Bercy la semaine précédente avec Bayrou, députés et aspirants députés. Ont-ils une loge à l'année ?
En tout cas, Sarkozy accepte de travailler ouvertement avec ceux qui ont soutenu celui qui envisageait une recomposition avec celle qui vient de confier une mission d'étude à l'extrême gauche. C'est un homme très ouvert.
Et puis si j'ai bien tout compris lors de leur débat de samedi, il n'y a pas de rapprochement en vue entre Royal et Bayrou. Bayrou a beaucoup insisté sur l'appel au "tout Etat" et sur le recours systématique à la dépense publique du PS. Il n'a pas pris la main tendue. La recomposition n'est donc pas prévue avec elle, en tout cas. La décomposition du PS, sans doute, oui.
Le risque maintenant, c'est que l'UDF fasse changer les serrures et que Bayrou se retrouve à la rue...
Ecrit par : Aurel | lundi, 30 avril 2007
"Le risque maintenant, c'est que l'UDF fasse changer les serrures et que Bayrou se retrouve à la rue..."
Non pas un risque, mais une chance !
Ecrit par : Landry | lundi, 30 avril 2007
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