Le consortium européen Airbus, fleuron dont chaque pays européen s'attribue la paternité, traverse une passe difficile. Le trou d'air est tel que les clients initiaux du dernier né, l'A380, sont en train d'annuler leur commande. Les soucis pourraient rapidement se transformer en catastrophe si les co-pilotes gouvernementaux continuent à s'acharner à vouloir tenir les commandes. Phénomène assez rare, les deux présidents du groupe (chose déjà inhabituelle en soi) dénoncent les ingérences politiques après l'annonce du plan de restructuration. Dans notre capitalisme de connivence dans lequel chefs de grandes entreprises et politiques sont plutôt proches, cette rébellion apparaît comme un signal fort : l'entreprise est vraiment en danger. Ce n'ne sont pas seulement les salariés menacés par le plan social, mais l'ensemble des salariés du groupe (et les sous-traitants) qui risquent de perdre leur emploi si les politiques continuent à se mêler de ce qu'ils ne comprennent pas. Sans parler des probables subventions englouties qui pèseront sur les contribuables, petits et moyens, particuliers et entreprise, sur leur pouvoir d'achat pour les uns, sur leur pouvoir de développement économique pour les autres.
Samedi dans le Financial Times, Louis Gallois a avancé : « J'ai été très surpris de voir que chaque gouvernement, britannique, français, allemand et espagnol, disait « nous voulons la meilleure part du gâteau, nous voulons les composites, la haute technologie et ainsi de suite ». Les conflits nationaux sont un véritable poison pour cette compagnie ». Le président d'Airbus souhaite désormais publiquement que les gouvernements « n'interfèrent pas avec la gestion de la compagnie ». Son alter ego allemand, Thomas Enders, affirme qu'il « préférerait une entreprise sans participation de l'État ». Et il porte le fer contre la structure même d'EADS, binationale à tous les étages et notamment à la présidence : « Louis Gallois comme moi préférerions être le seul chef dans le ring. »
Voilà qui a le mérite d'être clair pour ceux qui en doutaient encore : l'Etat est une nuisance sans commune mesure dans la gouvernance d'une entreprise.
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