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lundi, 20 novembre 2006
Une monnaie privée est née : le Linden dollar
Etrangement, c'est par le jeu en ligne que ce principe sulfureux émerge. Le monde virtuel Second Life propose à ses 1.5 millions de joueurs d'acheter et de vendre des prestations virtuelles, des objets virtuels et tout ce qui nous passe par la tête de virtuel contre des L$... eux-mêmes transformables en dollars US bien réels ! Le cour tourne autour de 250 L$ pour 1 $, mais cela pourrait évoluer si la règle s'assouplit. Ce jeu est la plus magnifique occasion de blanchiment d'argent si les sommes continuent à grimper...mais aussi, avec un peu d'imagination, de transfert financier hors du contrôle de l'Etat (pour le moment). En 3 ans, Second Life a conquis 1.5 millions de joueurs, et vous êtes toujours assuré d'en trouver 10.000 en ligne à tout moment du jour ou de la nuit. La surface virtuelle, initialement de 64 acres, atteint désormais 20.000 acres. Car il vous faudra devenir propriétaire d'un terrain virtuel si vous comptez faire unebelle carrière en ligne.
Rentrer dans l'univers de Second Life est simple. Allez sur le site, inscrivez-vous gratuitement, servez-vous de l'interface pour "modeler" votre personnage. Vous, lecteur moyen libéral boutonneux, pouvez vous transformer en bombe sexuelle ou en playboy qui ferait palir d'envie Georges Clooney (encore élu "mâle le plus sexy de l'année", pour la seconde fois). A partir de là, tout est permis. Lors de votre inscription initiale, le système vous propose de verser des vrais dollars en ligne pour alimenter votre compte en L$ par conversion. Votre vie virtuelle peut ensuite vous rapporter des revenus ou des plus-values. Vous pourrez acheter équipement, terrain (voire une ile si vous versez vraiment beaucoup d'argent) et un appareil génital. Eh oui, la formule de base, gratuite, ne vous permet pas de disposer de cet attribut. Pourtant, cela devrait beaucoup vous servir si vous comptez, comme de nombreux autres joueurs, vivre librement vos fantasmes. L'offre est large. Des clubs échangistes à la prostitution, ces rencontres sont toujours le fait d'autres joueurs, car il n'y a aucun personnage non-joueur, les fameux NPC pour les amateurs. Si les joueurs consacrent beaucoup de temps au sexe, ils n'en sont pas moins accrocs au shopping.
Car les vrais marques y pullulent. Coca cola, Adidas et toutes les marques grand public y ont installé leurs boutiques. Mais IBM et Sun Microsystems aussi y ont ouvert des bureaux virtuels. L'Allemand Axel Springer a lancé un tabloïd il y a quelques semaines. Reuters a suivi et a demandé à un cadre d'y suivre les news, les potins pour faire une newsletter régulière. Toyota y vend des voitures virtuelles et des cabinets de recrutement y cherchent des talents, mais pour la vie réelle. Pour des raisons purement marketing, Greene & Heaton, prestigieux chasseurs de tête londonien, y a établi ses bureaux. Tout y est virtuel, fictif, mais le lien avec le monde réel apparait parfois bien ténu.
Evidemment, tout a un coût. Soit vous versez de vrais $ pour obtenir des L$, soit vous travaillez virtuellement. Des jobs sont proposés contre salaire : croupier de casino, tatoueur, détective, etc. Vous pouvez aussi monter votre entreprise, attirer les investisseurs sur un projet (ligne de vêtements, design...) et fabriquer des objets en ligne ou construire des maisons, des immeubles ou des navires. Tout cela prend du temps, nécessite des compétences. Il vous faut suivre des formations en ligne pour savoir utiliser les logiciels de fabrication virtuelle adaptés. mais à la clef, vous répondez à des attentes qui, si elles sont virtuelles, ne permettent pas moins d'en retirer un revenu en L$ convertibles.
Vous pourrez revendre les L$ accumulés au cours du jour lorsque vous le souhaiterez. En octobre, sur les 12.364 joueurs qui ont gagné de vrais $, 263 joueurs ont gagné entre 500 et 1.000 $, 160 entre 1.000 et 2.000 $ ! Il y a eu un total de transactions pour 8.8 millions de L$, soit environ 35.000 $. La croissance phénoménale de ces flux pourrait rapidement aboutir à des sommes en millions.
Déjà, l'IRS (fisc US) s'intéresse à cette source de revenus et oblige les joueurs à les déclarer sur leur feuille d'impôts. Comme aux US, une commission australienne réflechit aux moyens de forcer les contribuables à déclarer leur "patrimoine virtuel" et les sources de revenus potentielles afin de les fiscaliser. A quand l'intégration, en France, dans l'ISF et le droit des successions ? Il y a en effet dans ce circuit un principe génial de contournement de l'argent d'Etat, notamment en conservant son compte et en proposant à d'autres joueurs de les payer via ce jeu pour des prestations...réelles. Ainsi, pas de revenus convertis en $, mais une vraie circulation monétaire libre.
Dernière preuve que les règles virtuelles ont des incidences bien réelles, de vrais procès ont déjà lieu pour vol de propriété virtuelle entre l'opérateur et de vils spéculateurs immobiliers...virtuels ! Si ce monde ne me fait pas franchement rêver sur le plan du développement personnel, il faut avouer qu'il ouvre de belles perspectives pour les échanges libres et les monnaies privées. Hélas, les Etats ont déjà compris ces implications évidentes.
19:25 Publié dans Dans le monde, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : Second life, Linden, sexe, shopping, jeu de role, dollars, monde virtuel |
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Commentaires
Si, comme tu le dis, ce monde ne fait pas réver sur le plan du développement personnel, il est malheureusement probable que les mondes virtuels deviendront un vrai phénomène de société dans l'avenir. Déjà les jeux video supplantent la télé et le cinéma chez les jeunes. Les jeux virtuels sont le nec plus ultra des jeux video, puisqu'ils permettent au joueur de réaliser tous ces fantasmes - et d'avoir une liberté que nos sociétés actuelles ne lui laissent pas.
Écrit par : A.C. | mardi, 21 novembre 2006
On m'a dit que je deviendrais schizophrène lorsque je jouais aux jeux de rôle des nuits entières. Ensuite, même chose avec les jeux vidéos.
Après tout, ce n'est peut-être pas faux. La politique constituerait-elle ma thérapie ?
Hmmm, je suis sceptique. A part quelques cas pathologiques, ces modes passent.
Écrit par : Aurel | mardi, 21 novembre 2006
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