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lundi, 09 octobre 2006

Une Nuit Blanche solidaire, festive et citoyenne

medium_IMG_3599X.jpgCette année, une fabuleuse Nuit Blanche, la 5eme depuis le lancement de cette idée formidable qui se répand dans toutes les grandes capitales du monde, a encore une fois illuminé le coeur et la nuit des Parisiens, des Franciliens, de tous ces citoyens du monde qui se sont retrouvés dans des embouteillages monstrueux pour communier ensemble autour de cette nouvelle foi. Evidemment, il fallait prendre le métro, le vélo ou ses rollers. Hein Mamie !

 

L'art contemporain attire peu en France. Même cette Concorde en bleu, référence au 1er degré à Yves Klein, le gaz et les ballons en moins, vallait le coup. Un éclairage bouleversant en bleu. D'habitude, la lumière est un peu jaune. Là, bleue ! Sidérant !

Les Français sont certainement bêtes...ou incultes aux dires du personnel pléthorique du ministère de la culture (dont le budget approche tout de même de celui de la Justice). Ils ne comprennent pas les enjeux de la modernité artistique. Les requins découpés et plongés dans le formol d'un Damien Hirsch ou la bouse d'éléphant séchée sur des vierges de Chris Offili ne les émeut point. Quant à Fabrice Hybert, ils ne savent même pas que c'est l'un des plus brillants artistes de sa génération ! On se marre. Pitoyables, ces Français. Et bien si les gens ne vont spontanément à l'art contemporain, la ville de Paris fait venir l'art aux gens ! C'est excellent pour le tein...et surtout pour les élus qui gardent une image branchée par ce contact avec l'avant-garde de l'avant-garde. 

 

 Cette petite folie a un coût. 1.15 millions d'euros pour une seule nuit (en plus des 500.000 euros de sponsors heureux de festoyer aux côtés du PS montant). Jeff Gleich, de la galerie g-module, apprécie cet engagement citoyen dans la création contemporaine : "La Mairie de Paris soutient dix fois plus d'initiatives culturelles que celle de New York, ville où tout est aux mains du privé." Encore un qui a eu sa part du gateau ! Toutefois, une réaction corporatiste pointe déjà : les galeristes regrettent la date retenue, juste avant les foires d'art contemporain de Paris (Fiac) et, surtout, de la foire la plus à la mode : la Frieze de Londres. Elles n'ont pas eu le temps de s'y consacrer, c'est à dire de tenter de vendre leurs artistes à la mairie généreuse. Delanoë, ce mini-Jack à l'image déjà déclinante, l'a promis : il y aura un gros budget pour les oeuvres qui accompagneront le tramway ! Un si petit budget méritait bien quelques oeuvres d'art pour arrondir l'ensemble. Espérons que les automobilistes à l'arrêt dans les embouteillages interminables de la petite ceinture pourront en profiter aussi.

 

Des 1.5 millions de touristes et de Franciliens qui ont tenté de voir un, voire deux lieux transformés, combien ont eu l'immense honneur de suivre les 24 heures montées au Palais de Tokyo autour du philosophe Michel Foucault, ou de rencontrer l'un des 140 médiateurs qui ont arpenté la ville pour répondre aux questions du public ? La capacité de création de jobs bidons par les pouvoirs publics, à quelque niveau que ce soit, est épatante. En tout cas, tout le monde s'accorde à trouver cette nuit spectaculaire, ludique, mais anecdotique et éphémère.

 

Etrange, plus l'Etat met d'argent des contribuables dans l'art, moins le sentiment général change. Le public féru d'art contemporain n'a pas évolué en 20 ans. "C'est désespérant de se dire qu'à Londres, il y a autant de public pour l'art qu'à Paris pour le cinéma, et de devoir vulgariser l'art pour aller vers le grand public. ". Pourtant, c'est gratuit pour le contribuable londonnien ! Ceci explique peut-être cela. Quand on met de sa poche, on apprécie mieux que quand on vient s'y servir comme l'Etat. Même Freud n'avait pas imaginé pareille méthode pour impliquer ses clients ! Hélas en France, quand on aime, on ne compte pas...surtout quand c'est l'argent des autres.

 

Voici un passage pris dans le Monde de ce début de semaine. Laurent Godin est un galeriste qui a dirigé plusieurs années le Rectangle, centre d'art de Lyon. Il défend la Nuit blanche : "Il y a une grande agressivité dans le monde de l'art. Mais moi qui ai connu le désert de l'art contemporain, je ne peux me plaindre de cette masse de gens, ni de voir que les puissances publiques s'en emparent. Et tant pis s'il y a des dérapages.". Lui aussi a dû recevoir de belles miettes du gateau.

Dérapages ? Un commissaire d'exposition indépendant, qui préfère rester anonyme, dénonce : "Il y a une ingérence totale du politique. La Nuit blanche est le joujou des grands chefs. Un jouet cher, stupide, cassable et épouvantable à vivre. L'initiative est populiste, contre-productive, au détriment d'une vraie pensée, et conforte le public hostile dans son idée que l'art, ce n'est que ça ! Quand on sait à quel point tout le monde galère dans les structures parisiennes de l'art contemporain, c'est une déroute grave et misérable."

 

Ce sera ma conclusion.

 

 

20:55 Publié dans Culture, La vie à Paris | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : nuit blanche, culture, creation, art contemporain | | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires


Merci pour votre excellent article. Quand il ne s'agit pas de provocations financées par les contribuables et insultant une partie d'entre eux. Comme l'odieux spectacle de "magie noire" concocté par la sorcière Albanel dans la chapelle royale de Versailles et qui donna lieu à des protestions du maire et l'évêque et à une manifestation de catholiques justement outragés.
Que Madame Albanel et Monsieur Girard aillent donc procéder ailleurs, et à leurs frais, à leur rituels sataniques.

Écrit par : furgole | mardi, 10 octobre 2006


ce qui est toujours étonnant, c'est la mise en scène d'oeuvres à vocation prétendument subversive dans ces messes organisées par l'establishment. Il semble que certains n'aient pas encore compris que la subversiin d'Etat, la subversion avec laquelle il est mal vu d'être en désaccord, a fait son temps. Même, il peut sembler que ces meses étouffent toute possibilité d'innovation véritable par une récupération, un contrôle et un financement étatique de la création.

Écrit par : strani | mardi, 10 octobre 2006


je n'ai pas apprécié votre article sur l'incident de Versailles, mais en revanche bravo pour cet éclairage politiquement incorrect sur la nuit blanche et ses dessous pas très propres

Écrit par : le conservateur | jeudi, 19 octobre 2006

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