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jeudi, 05 octobre 2006
Journalisme et déontologie
Il est fréquent d'entendre charger les journalistes français de toutes les tares. Absence de culture générale, déformation de l'information, absence de vérification des sources, avis engagés,... Ces critiques sont faciles. Elles masquent souvent les propres carences de ceux qui expriment ces avis tranchés, leur manque d'effort pour se faire entendre et comprendre des médias. Pourtant, l'expérience aidant, qu'en est-il vraiment ? Depuis la création d'Alternative Libérale en mars 2006, mon constat n'est pas très positif. Heureusement qu'à côté des mauvaises expériences dont je ne vous citerai qu'un court échantillon, de nombreux journalistes se sont révélés très pros.
Le Figaro, journal qui s'affiche à droite, ne parle jamais d'Alternative Libérale sans citer d'autres institutions qui n'ont pourtant aucun rapport avec notre engagement politique. Dans chacun des quelques articles parcimonieusement consacrés à notre jeune parti, la gentille mention suivante vient clôturer l'article : "Quoique les « principaux think tanks » libéraux— Contribuables associés, l'Institut français pour la recherche sur les administrations publiques — ne soutiennent pas Alternative libérale... "
On se demande ce que les "Think Tanks" viennent faire là. Lorsqu'on parle d'un parti politique, évoque-t-on systématiquement ce qu'en pensent des institutions distinctes et indépendantes ? Bien sûr que non. D'ailleurs, certaines associations n'ont jamais exprimé cet avis, et l'une a démenti la première fois. Rien n'y fait : à chaque nouvel article, même remarque attachée.
Ce hors sujet systématique n'est donc pas neutre. Le journaliste se sent obligé d'ajouter cette mention. Sous-entendu, ces "Think Tanks" soutiennent l'UMP. Le Figaro aussi ?
France Soir a publié une magnifique photo de Sabine Herold en couverture avec le titre "2007 : Sabine contre Ségolène ?". Heureusement que Sabine a une bonne bouille, car la photo a sans doute été choisie sur ce simple critère.
Allez, nous ne nous en plaignons pas, ça nous a fait une bonne pub. A l'intérieur du canard, le journaliste joue la carte du sensationnel et brode sur les propos de Sabine Herold : "Cette porte-parole d'Alternative libérale, surnommée « Mademoiselle Thatcher », espère être du premier tour en 2007. Son parti prône l'ultralibéralisme économique et social. Elle est par ailleurs pour le port du voile, la dépénalisation du cannabis, pour la prostitution et la mise en place d'un impôt dès le premier euro."
Sabine Herold avait pourtant été claire au télephone : elle n'était pas la candidate d'Alternative Libérale, elle n'était pas opposée à l'interdiction du port du voile dans les écoles publiques. La prostitution, elle, est légale en France (même si la lopi de Sécurité Intérieure de Sarko permet de persécuter les prostituées avec l'interdiction duu racolage passif, absurdité juridique qui autorise tous les abus). Quant au cannabis, Sabine n'a absolument pas fait son apologie. Le journaliste se fiche éperdument de la véracité du texte. Seul le sensationnel, même faux, compte. Bravo France Soir ! C'est gentil de penser à nous, mais pourquoi en faire une telle caricature ?
Marianne, à la déontologie légendaire, a tout simplement copié/collé le texte de France Soir sans appeler aucun porte-parole d'Alternative Libérale pour confimer le propos grotesque. C'est extrêmement drôle de se voir caricaturé en parti qui défend la prostitution en voile et en fumant un pétard. Voilà du grand journalisme qui permet aux idées de s'exprimer !
Et lorsque nous avons demandé à contacter un journaliste pour corriger leur erreur, ils n'ont pas daigné nous répondre après de multiples appels de notre part. Ce mépris manifeste des gens et de leurs idées est assez consternant.
Plus récemment, Canal + a choisi de ne retenir de la conférence de presse d'Edouard Fillias, durant laquelle il s'est déclaré candidat à la présidentielle de 2007 avant d'exposer les grandes lignes de son programme pour 2007, qu'un montage assez marrant de "euuhh..." et de "j'en ai marre" de l'un des porte-parole d'Alternative Libérale. Aucune idée n'est conservée alors que des axes forts auraient eu un impact certain auprès des téléspectateurs. Il faut de l'anecdote, du drôle, du ridicule. Paillettes, strass et cynisme, le fond n'intéresse pas le Grand Journal de Canal +.
D'ailleurs, ce manque d'intérêt pour les idées se retrouve aussi dans d'autres médias. Etrangement, Thierry Crouzet (Le Peuple des connecteurs) l'avoue lui aussi : "Édouard Fillias a de bonnes idées mais il n’a pas idée de comment les mettre en œuvre. En ce domaine, ses idées sont les mêmes que celles de ceux qu’il va combattre. Plus que d’idées, nous avons aujourd’hui besoin de méthodes… car les méthodes actuelles nous conduisent droit dans le mur."
On ne comprend pas très bien comment il peut ainsi mélanger moyens et objectifs, mais cela a le mérite d'être clair. C'est plus grave quand ce sont les journalistes politiques professionnels qui réagissent de la sorte.
Autre exemple de carence déontologique patente : une pétition de soutien à Redeker est envoyée par un collectif au Monde. Celui-ci en publiera un texte remanié, selon Michel Taubmann, et signé de tous les signataires officiels...sauf d'Edouard Fillias, candidat d'Alternative Libérale à l'échéance présidentielle de 2007. ,Corinne Lepage, elle, n'a pas eu cette malchance, étonnant non ?
Cette forme de censure est encore active dans nos grands quotidiens. Le Nouvel Obs a reproduit cette pétition en ne faisant toujours pas apparaître le nom d'Edouard Fillias. Difficile de se faire connaître quand les médias font volontairement l'impasse sur vous !
Xavier Méra, rédacteur d'un excellent think tank indépendant, l'Institut Molinari, a eu la chance d'être publié par Libé dans la rubrique "Rebonds". Pour commencer, le titre (initialement : "Interdiction de fumer ! Le mauvais prétexte du tabagisme passif") est modifié sans son accord pour prendre un ton plus provocateur : "Tabagisme passif : laissez faire le marché" qui ne peut que faire hurler un lecteur normal, libéral ou non. Le journal remplace ainsi, toujours sans demander l'accord préalable de l'auteur, quelques passages dont l'un est pourtant porteur de sens.
Les exemples de déformation sont nombreux. Heureusement, de nombreux journalistes, plutôt jeunes en général, font bien leur boulot. Si leurs articles sont parfois durs, sans concession, au moins s'appuient-ils sur des faits et des propos précis. Ils sont vrais et révèlent au mieux une carence déontologique, au pire de la mauvaise foi.
Alors que les journalistes de médias étrangers sont accessibles et reproduisent fidèlement une sélection de vos propos comme j'ai pu le constater par le passé, les journalistes français sont beaucoup plus fermés. Sans que je demande rien, le Wall Street Journal m'a spontanément demandé un Edito, rapidement publié après son envoi, en 2005. Jamais le Monde ou Libé n'ont daigné répondre à mes sollicitations de publication de texte. Seul le Monde.fr, entité distincte de la maison mère, a proposé d'enregistrer une interview sur le libéralisme. Le Herald Tribune, la BBC nous écoutent et répercutent nos propos quand nous nous adressons à eux. Mais il faut être parrainé pour exister dans les grands médias français, ce monde déclinant dans lequel la jeunesse et les voix nouvelles ont du mal à trouver leur place.
22:10 Publié dans Culture, Journal de campagne, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
| Tags : journalisme, deontologie |
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Pourquoi Edouard Fillias?
par Patrice VEZINE La campagne présidentielle à venir sonne l'heure des choix cruciaux pour notre pays dont il faut espérer, attendre et exiger de réels changements pour notre vie future. La peur d'un nouveau 21 avril 2002 doit-elle nous dicter un
Trackback par : LIBERTE AVENIR | dimanche, 08 octobre 2006
Commentaires
Allez, je me lance dans le débat interbloggeur, en commençant par un post sur un site "allié", celui de mon pote aurel, le directeur de campagne d'AL.
Il y a du vrai dans ce que tu écris. C'est surtout éreintant de réussir à communiquer auprès des médias, et finalement d'obtenir parfois des résultats contre produtctifs (marianne, france soir). Mais c'est tjs de la notoriété n'est ce pas ? Même un mauvais papier nous sert, compte tenu de notre statut émergent.
Je voudrai cependant apporter un grand bémol : pour un jeune parti, nous avons cumulé beaucoup d'articles, de relais de l'annonce de ma candidature. Nous sommes invités régulièrement à la radio / tv. Je pense notamment à mes amis de RMC, qui font un travail remarquable de liberté d'expression.
Je pense donc qu'il n'est pas juste de jetter la pierre aux médias : beaucoup essaient de faire leur boulot au mieux, avec le maximum de crédibilité. Tirons en notre parti. En outre, il est tôt dans la campagne pour commencer à nous plaindre des médias, non ? Laissons leur une chance de bien nous couvrir, surtout si notre parti continue à se développer aussi vite que les derniers mois.
Écrit par : Edouard | vendredi, 06 octobre 2006
Je m'interrogeais ces derniers jours sur le choix fait par Le Figaro de publier l'article de Redeker. Strani s'interroge sur le fait que, dans cet article, Redeker s'en prend à l'Islam et au pédagogisme. Cerca ajouterait qu'au fond le libéralisme est mieux accepté à gauche qu'à droite. Il a peut-être raison.
Écrit par : Christian Jacomino | vendredi, 06 octobre 2006
Sans jeter la pierre aux médias, il me semble important d'évoquer le comportement de caste d'une petite part d'entre eux, souvent les plus âgés, qui ne voient la politique que sous l'angle des hommes et des femmes de leur propre génération. Je me demande même si les journalistes les plus jeunes ne sont pas bridés par ces anciens qui refusent leur vision nouvelle et les évolutions de leur temps.
Et puis après tout, quel est le contre-pouvoir des grands médias...sinon Internet aujourd'hui ?
D'excellent blogueurs, que je lis fidèlement, n'auraient jamais eu leur chance dans la presse ou sur les grandes stations radio ou TV, parce qu'ils n'ont pas de titre ronflant ou de parrain, alors qu'on trouve dans ces mêmes médias quantité d'opinions insipides et de banalités quotidiennement. Il y a peut-être des raisons au déclin de certains d'ailleurs, nos quotidiens par exemple. Par exemple, le décalage par rapport aux réalités populaires et le jeu de la pipolisation séduisent-ils réellement le lectorat ou l'auditoire habituel ?
Écrit par : Aurel | vendredi, 06 octobre 2006
Quand je lis les difficultés pour avoir une visibilité dans la presse, il me vient tout de suite en tête un article "l'aversion pour la Liberté" lu dans le blog de Citoyen Durable
http://citoyendurable.blogspot.com/2005/12/laversion-pour-la-libert.html
Dans cet article, le blogger dit que "le journaliste français est un junkie soumis à ses dealers : réductions tarifaires de la SNCF ; aide à la modernisation des diffuseurs ; aide à l’impression décentralisée des quotidiens ; fonds d’aide à la distribution et à la promotion de la presse française à l’étranger ; aide au portage de la presse quotidienne d’information politique et générale ; aide aux publications hebdomadaires régionales et locales ; aide à la distribution de la presse quotidienne nationale d’information politique et générale ; fonds d’aide aux quotidiens nationaux d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires ; fonds d’aide aux quotidiens régionaux, départementaux et locaux d’information politique et générale à faibles ressources de petites annonces ; fonds d’aide au développement des services en ligne des entreprises de presse ; fonds d’aide à la modernisation de la presse quotidienne et assimilée d’information politique et générale et à la distribution de la presse quotidienne nationale d’information politique et générale ; tarifs postaux préférentiels ; taux réduit de TVA ; régime spécial des provisions pour investissements ; exonération de la taxe professionnelle des éditeurs et agences de presse ; régime dérogatoire des taux de cotisations de sécurité sociale des vendeurs-colporteurs et des porteurs de presse ; calcul spécifique des cotisations sociales des journalistes ; statut social des correspondants locaux de presse. Et encore, cette liste n'est peut-être pas exhaustive…"
Dans ces conditions comment s'étonner que les journalistes ne voient pas les idées libérales d'un bon oeil.
Écrit par : Olivier | vendredi, 06 octobre 2006
Je ne crois pas que les idées soient en cause pour l'essentiel. Encore une fois, de nombreux journalistes font un excellent boulot. Même si leurs articles sont durs à encaisser, ils se fondent sur un travail impeccable.
A côté du travail grotesque de médias qui cherchent du sensationnel (France Soir par exemple) et qui peuvent servir de jeunes formations comme la nôtre, il me semble surtout que le monde des médias encore influents s'articule autour d'un club fermé de journalistes décideurs. Ce cercle ne s'intéresse pas tant aux idées qu'aux personnalités du pouvoir.
Écrit par : Aurélien Véron | vendredi, 06 octobre 2006
je ne suis pas convaincu que ce ne soit pas un problème d'idée. Je trouve le comportement du figaro très curieux depuis quelque temps. Je continue de pas entendre de justification valable à la publication du papier de redeker. Les journaux ont tous, et plus encore le figaro, une ligne éditoriale, qui les oblige à assumer, endosser, au moins en partie ce qu'il spublient. La liberté de parole est essentielle. Elle n'induit pas qu'on soit obligé de publier n'importe quel propos réac de base et xénophobe. Tout ça pour dire que le figaro représente, me semble-t-il, peut-être au nom d'une ancienne forme de gaullisme, une des forces antilibérale, auxquelles redeker, à se façon hyper caricaturale appartient. Cela me semble pouvoir expliquer le peu de crédit qu'il saccordent à votre mouvement. Cela me semble très inquiétant pour l'avenir. Il y a là une incohérence profonde de l adroite française, que fillon incarne très bien, à la fois libéral et antilibéral - ceci est très clair lorsqu'on observe la politique scolaire.
Écrit par : strani | vendredi, 06 octobre 2006
Je suis d'accord avec Strani et donc en désaccord avec Aurélien sur le plan des idées. Je crois au contraire que tout est dans les idées. Le fait que le Figaro tente par tous les moyens de cantonner AL aux mouvements tels que contribuables associés dénote bien d'une politique délibérée pour contrer les idées libérales "grand angle".
Je crois aussi que le problème des journalistes tient aussi à leur recrutement et à leur formation qui comme dans bien d'autres secteurs de la société française tend à créer une pensée unique. Ce n'est pas le cas dans le monde anglo Saxon où la diversité est mieux respectée.
Je crois qu'un récent sondage auprès des journalistes donnait 90% de sympatisants des idées socialistes...
Écrit par : Olivier | vendredi, 06 octobre 2006
oui, c'est sans doute ce "libéralisme grand angle" dont vous parlez qui fait peur. Une certaine droite pense pouvoir récupérer le libéralisme, mais seulement quand ça l'arrange, "à petit angle". On retrouve un peu la même chose à gauche, où l'on se veut souvent libéral en matière de moeurs, mais pas pour autant en matière d'éducation ou de politique religieuse ou d'économie. Bourdieu n'a pas tout à fait tort, c'est une question de rapport à l'ordre, une certaine peur du désordre, que bourdieu dit de droite, que je dirais plutot foncièrement antilibérale. A lire à ce sujet : http://michel.p.roland.free.fr/blog/2006/10/gauche-et-droite-selon-pierre-bourdieu.html#comments
Écrit par : strani | vendredi, 06 octobre 2006
Pour info, voici la version originale de l'article paru dans Libé: http://institutmolinari.org/editos/20061010.htm
...et la version Libé: http://www.liberation.fr/opinions/rebonds/208612.FR.php
Écrit par : Xavier Méra | mardi, 10 octobre 2006
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