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vendredi, 29 septembre 2006
Thomas Piketty : concurrence scolaire contre "structures soviétoïdes et relations infantilisantes"
Le fameux économiste de la branche moderne du PS (eh oui, elle existe même si elle se cache bien), Thomas Piketty, exprime dans Libération une position intéressante, quoi que fragile, sur la concurrence scolaire. Déjà, oser traiter ce thème sous cet angle est une grande nouveauté. Il fallait s'appeler Pascal Salin, il y a quelques années, pour s'engager dans cette voie tabou et exprimer dans un canard de gauche : "Il n'existe aucune activité pour laquelle les forces de la concurrence n'ont pas quelques vertus. L'idée selon laquelle certains secteurs (éducation, santé, culture, etc.) pourraient s'en dispenser est une aberration. ". Et pourtant, c'est bien le brillant normalien du PS qui nous expose pareille vision !
Evidemment, une fois le principe posé, les doutes reviennent : "Encore faut-il analyser convenablement les forces et les limites du jeu de la concurrence. ". Ici commence le grand déballage de tout l'arsenal paléolithique de la gauche française, certes un peu dépoussiéré. Pour commencer, "lorsque le bien ou service produit est relativement homogène et uniforme, alors les vertus de la concurrence sont limitées". L'enseignement serait donc un produit "homogène et uniforme" dans les petites classes. Les profs seront contents d'entendre qu'ils font un travail sans variation, uniforme. Ouvriers à la chaine, quoi ! Normal Sup' serait-il déconnecté des réalités de l'enseignement ? Bien que son CV ne le précise pas, Thomas ne doit pas avoir d'enfant, ou alors il n'a pas dû parler aux maitresses/maitres ! Chaque classe, chaque élève est un parcours différent. Tout au long d'une année, parfois de plusieurs lorsque les enseignants suivent une classe, il faut trouver la bonne méthode pour chacun ET pour l'ensemble. La coopération au niveau de l'école est un plus lorsqu'apparaissent des difficultés. Ce qu'on perçoit dans les "petites classes", c'est que le travail d'enseignement varie énormément d'une année à l'autre, que chaque enseignant est unique dans sa perception, dans son traitement de l'information et dans les solutions mises en oeuvre. Nous sommes très loin d'une situation dans laquelle "les marges de différentiation sont réduites".
L'exemple utilitariste des vouchers américains peu satisfaisants est hors sujet. Nous parlons de principes, pas de leur application. Les exemples de mise en oeuvre sont nombreux, avec des échecs mais aussi de beaux succès. En tout cas, nous ne pouvons introduire pareil argument dans un raisonnement sur le fonctionnement l'organisation générale de l'enseignement.
Autre argument mis en avant : "les coûts de la mise en concurrence peuvent être clairs et immédiats, en particulier pour les
écoles défavorisées qui s'enfonceront encore davantage dans la ghettoïsation sociale". Quand on sait que l'organisation actuelle de l'Education Nationale octroie 30 % de moins par élève en ZEP que la moyenne nationale, on se dit que le principe d'une allocation égale par élève aurait des répercussions surprenantes : Louis le Grand contraint à se serrer la ceinture ou à trouver des partenaires financeurs, les écoles en ZEP avec un budget augmenté de 50 % par élève ! Imaginez un peu la différence... Cela permettrait par exemple de laisser les écoles choisir la répartition des classes, afin de diminuer le nombre d'élèves par enseignant lorsqu'ils ont un retard à rattrapper, de multiplier le nombre d'heures de cours ou/et de moduler le rythme d'apprentissage des fondamentaux. Ici, nous parvenons à un élément clef, un point pivot de la concurrence : lorsque Thomas évoque "une politique de ciblage des moyens", il reste dans une perspective Etatiste, vue d'en haut, pensée par de brillants esprits comme le sien. La concurrence se réalise d'en bas, par des structures autonomes, vivantes et responsables.
A ce stade, il commet la même erreur que Claude Allègre (qu'il critique à juste titre, au passage, pour avoir "gaspillé inutilement son capital politique en partant en guerre contre le «mammouth» alors que la priorité devrait être la réforme de l'enseignement supérieur"). Il comprend la complexité de ce qu'il connait, luiapplique une logique de liberté, sans octroyer cette même ouverture au reste de l'enseignement. Il constitue une caste "supérieure", noble, qui peut prétendre à la liberté. Et puis les petits, "l'école d'en bas" qui doit obéïr et appliquer des règles strictes : "contrairement au primaire (et dans une large mesure au secondaire), le supérieur se compose d'une infinie diversité de filières en perpétuel renouvellement, suivant les besoins des étudiants, les transformations du marché du travail, les avancées de la recherche, par nature imprévisibles. L'enseignement supérieur s'apparente davantage au secteur de la création artistique. Il s'accommode mal des structures soviétoïdes et des relations infantilisantes et bureaucratiques actuellement en vigueur entre Etat et établissements d'enseignement supérieur. "
Le libéral n'est pas loin. Sous la dernière croute de l'expert technocrate, on sent pointer une aspiration forte, malgré des formules rassurantes pour son entourage politique : "Ce n'est qu'en organisant une concurrence régulée entre établissements responsables et autonomes que l'on pourra se doter d'un enseignement supérieur envié dans le monde, comme l'est notre système de santé, secteur où l'on a su s'appuyer intelligemment sur les forces de la concurrence.". La santé n'est pas vraiment organisée dans un cadre de concurrence libre et ouverte; c'est plutôt un modèle de chaos bureaucratisé à la "Brazil". Thomas a encore des progrès à faire pour traiter des modèles et formes de concurrence. Mais la santé relève d'un autre débat.
Enfin pour finir, nous nous rejoignons totalement dans ce propos : "Le chemin sera long, et il est plus que temps que ce sujet central entre dans le débat présidentiel."
Alternative Libérale est à la pointe de l'avant-garde sur ce sujet !!!
17:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Piketty, ecole, concurrence


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Commentaires
Si tous ceux qui s'en mêlent voulaient bien parler de l'école sur le ton que tu emploies, Aurel, je suis sûr que nous déplacerions des montagnes. Après tout, rien n'est facile sur ce sujet... Mais au moins n'en traitons pas sans faire usage de notre raison, sans supposer que les maitres ont quelque compétence, que les zones difficiles existent bien et qu'il ne suffit pas d'élever des murs de sarcasmes et d'intolérence pour ne plus les voir. Certais syndicats voudraient que l'école soient maintenue en dehors du monde (peut-être parce que beaucoup d'enseignants se sentent exclus du jeu économique, de la concurrence, qu'ils acceptent d'être sous-payés et très infantilisés par leur administration). Mais le plus souvent, pour des raisons différentes, il semblerait que les prétendus 'libéraux' (en fait, de vrais réac.) soient d'accord avec eux pour les maintenir dans ce statut de dépendance néo-coloniale. Oui, ce site est en train de devenir celui où l'on parle de l'école...
Ecrit par : Christian Jacomino | vendredi, 29 septembre 2006
La peur de l'inconnue joue beaucoup.
"Ca ne peut pas marcher" entend-on toujours.
A force d'entendre des discours fondés sur la peur, sur le déclin ou sur l'échec, le repli sur soi gagne du terrain. Il faut dire que les ministres de l'EN qui ont voulu réformer l'ont toujours fait d'en haut, galvaudant le terme de "réforme" et piétinant les enseignants toujours traités comme des pions sur un échiquier géant. D'où ces commetaires naturels : "une de plus", "inadaptée", "centralisée" ...
Une minorité bruyante et, hélas, déclarée représentative, a toujours pu instrumentaliser ces peurs pour servir un combat, celui de l'immobilisme.
Espérons que la séduction d'un discours nouveau jouera...
Ecrit par : Aurélien Véron | vendredi, 29 septembre 2006
oui, j'avais lu ce papier dans libé. J'avais été particulièrement étonné par la phrase où, brusquement, sans plus d''argumentation, il disait que, au fond, tout allait plutôt très bien au primaire te dans le secondaire, et que le problème était dans le secondaire. J'ai entendu ça à nouveau depuis sur france culture, dit par des universitaires bien sûr. C'est fou de dire des choses pareilles! Comme une évidence en plus! Les élèves de l'ENA font un petit stage ouvrier, peut-être les élèves de l'ENS pourraient-ils faire un petit stage segpa, ou ZEP, ou prévention violence, ou juste une promenade aux environs des établissements scoalires primaires et secondaires de certaines villes du 93 que je préfère ne pas nommer. Nos taux d'illétrisme en 6e ne sont pas glorieux... Je m'arrête là, mais je suis heureux que vous ayez aussi été étonné par l'évolution de ce papier qui commence si bien, et finit si bizarrement.
Ecrit par : strani | samedi, 30 septembre 2006
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