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mardi, 26 septembre 2006
Qui se cache sous le voile ?
Pour la plupart de mes proches, croiser une femme voilée déclenche une gène. Moi-même, j'ai parfois un pincement au coeur. Forcées, manipulées, fanatiques ou ignorantes, qui sont ces personnes qui bravent ainsi le modèle républicain ? Un excellent article du supplément du Monde (le Monde 2) est venu confirmer ce que mes rares expériences d'échange avec des femmes voilées m'avaient révélé confusément.
Beaucoup de républicains acharnés vont être surpris : la femme voilée est un être humain. Je sais, c'est dur à avaler. La différence surprend toujours, surtout quand vous ne vous y attendez pas. Cette femme bizarre pousse même parfois le bouchon un peu loin, allant jusqu'à faire usage d'arguments sophistiqués : "On essaie de nous ramener à une vision normative de l'émancipation de la femme. Mais il faut comprendre qu'il n'y a pas qu'un seul mode d'émancipation ! Si on défend la liberté de la femme, il faut lui laisser la liberté de ses choix jusqu'au bout, et ne pas l'imaginer en permanence comme une idiote manipulée par un père, un frère ou l'Etat saoudien !".
De mon temps, pareille insolence finissait par une gifle. De toute façon, du temps de mes parents (...allez, je vous l'accorde : grands-parents), les femmes ne votaient pas et devaient la fermer. Certains voient encore cette époque comme un âge d'or.
Pire, ces femmes s'affirment responsables de leur choix et avouent aimer la liberté : "Ce choix de me voiler est le mien. Je refuse qu'on vienne empiéter sur ma volonté propre, comme je dénonce le fait qu'on contraigne des femmes à porter le voile ou, pire, qu'on les marie de force." plaide Sihan, 32 ans, un DEA d'histoire en poche.
Comment prétendre porter librement un tel "instrument de soumission" ? Manifestement, le voile n'est pas du tout perçu de la même manière par celles qui le portent et ceux qui l'attaquent. Lorsque des femmes leur adressent des reproches, voici ce qu'ils évoquent à Aicha : "On aurait trahi leurs combats ? Non, je défends aussi mes choix. Je ne suis pas soumise. Je suis divorcée et mon ex-mari n'était pas pratiquant. Je dis, je fais ce que je veux."
Une sociologue propose une approche intéressante : "Ces femmes françaises voilées, descendantes de migrants, ont souffert de l'injonction qui étaient faite à leurs parents ou grand-parents de demeurer invisibles dans l'espace public. Cela a été perçu comme une démission, comme une renonciation à s'assumer pleinement.". La question de l'identification, de la recherche de repères dans une république qui ne tolère pas la différence, explique sûrement un grand nombre de "conversions" au voile.
"Le voile, c'est un handicap à 100 % dans la société française"
Le choix du voile a des repercussions douloureuses, voire dramatiques. Du simple incident au blocage professionnel ou à l'interdiction d'accès à des services publics, la palette d'humiliations et de menaces est vaste.
"Finalement, ce n'est pas à cause du voile mais de la société française qu'on restera à la maison" pense Laurianne, qui dispose d'un BEP mais d'aucune offre d'emploi, même pas aux caisses de supérettes. Sa belle-soeur titulaire d'une licence en sciences de l'éducation, d'un BTS d'action commerciale et d'un DEUG d'arabe, confirme : "A l'ANPE, ils ont des piles de dossiers de filles voilées. Et ils sont contents quand ils arrivent à en placer une comme secrétaire à l'arrière d'un entrepot". Mais à force de voir les gens se retourner dans la rue, parfois avec une moue dégoutée, d'entendre les amalgames "Allocations familiales ! Intégrisme ! Attentats", comment maintenir le cap de l'isolement social ? Pourquoi se marginaliser aussi brutalement, en toute connaissance de cause ? Certes, la question de l'identité retrouvée joue, mais n'est-ce pas une identité qui s'appuie surtout sur cette marginalisation recherchée, pour prendre ses distances avec un modèle culturel et social qui vous a rejeté auparavant ? La provocation, éphémère ou durable, a toujours un sens. La marginalité permet de recréer des communautés et de s'y structurer dans un cadre social assaini, proche et attentif à vos doutes, à votre fragilité. C'est un cadre propice pour se construire sereinement, à l'abri de la violence de la pensée unique "républicaine".
"Le voile n'est pas militant", il procède le plus souvent d'une démarche personnelle et responsable
Hélas, le voile vient cristalliser des angoisses collectives qui se fondent sur des associations simplistes. Le musulman, l'islamiste et le terroriste restent très proches dans l'imaginaire collectif. Le monde musulman, très vaste puisqu'il couvre 1.2 milliards d'individus sur tous les continents, est d'ailleurs en proie à un conflit culturel et religieux très lourd, comme je l'ai déjà évoqué. Chez les catholiques, le mouvement charismatique, comme la tendance intégriste, ne fait peur à personne. Les transes extatiques et le repli identitaire relèvent surtout du folklore spirituel. Le voile, non. Le voile fait peur, il fait implicitement référence, dans l'esprit du grand public, aussi bien aux kamikazes qu'aux dictatures arabes (ou perse) sanguinaires qui briment la femme, aux régimes qui appliquent la charia qui, monstrueuse, permet de lapider une femme adultère ou violée (si plusieurs mâles ne témoignent pas pour l'innocenter !). La provocation est donc d'autant plus pesante et lourde à assumer qu'elle s'appuie sur un malentendu abyssal.
Attention, ne croyez pas que je sois naïf. Le voile, comme certains symboles moins visibles instrumentalisés par d'autres religions ou idéologies, peut constituer un outil d'oppression. En l'occurrence, ce morceau de tissu permet à certains d'asseoir l'humiliation de la femme en la faisant disparaître en partie de l'espace public. Notamment, les activistes islamistes n'hésitent pas à manipuler des jeunes filles de 10-13 ans pour en faire des militantes politiques comme le Monde 2 le rappelle justement. Leur ambition consiste à former une communauté radicalisée et prosélyte. Mais ce n'est pas de ces femmes que l'article traite. cet article se penche sur le sort de femmes émancipées, responsables et engagées dans une démarche librement consentie.
La conclusion de l'article parle de lui-même : "Quand comprendra-t-on que la France est culturellement diverse ? Que le voile n'est pas un phénomène étranger à la France, mais un phénomène français ?"
19:50 Publié dans Libertés individuelles, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : voile, islam, islamisme, liberte, hijab |
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Commentaires
Je vous invite sur mon blog d'actualité lorsque vous en avez le temps.
Meilleures salutations;
xpmb.
http://xpmb.echosblogs.org/
Écrit par : xpmb | mercredi, 27 septembre 2006
Les jeunes filles voilées ne sont pas des délinquantes. Les délinquants ne manquent pas. On est bien en peine de savoir ce qu'il faut faire d'eux. Le pays se déchire. Des surveillants à l'intérieur des classes? Des juges trop laxistes qu'il faut rappeler à l'ordre? L'insécurité que beaucoup vivent comme une atteinte à leurs libertés les plus fondamentales (de circuler, de commercer)? Attaquons-nous donc à un sujet plus facile. On débat pendant des mois, puis on vote une loi concernant des jeunes filles qui ne sont pas délinquantes mais qui portent quelquefois un vêtement qui ne nous convient pas... Est-ce bien sérieux?
Écrit par : Christian Jacomino | mercredi, 27 septembre 2006
texte d'alain badiou :
2. Oui, la France a enfin trouvé un problème à sa mesure : le foulard sur la tête de quelques filles. On peut le dire, la décadence de ce pays est stoppée. L'invasion musulmane, de longtemps diagnostiquée par Le Pen, aujourd'hui confirmée par des intellectuels indubitables, a trouvé à qui parler. La bataille de Poitiers n'était que de la petite bière, Charles Martel, un second couteau. Chirac, les socialistes, les féministes et les intellectuels des Lumières atteints d'islamophobie gagneront la bataille du foulard. De Poitiers au foulard, la conséquence est bonne, et le progrès considérable.
3. A cause grandiose, arguments de type nouveau. Par exemple : le foulard doit être proscrit, qui fait signe du pouvoir des mâles (le père, le grand frère) sur ces jeunes filles ou femmes. On exclura donc celles qui s'obstinent à le porter. En somme : ces filles ou femmes sont opprimées. Donc, elles seront punies. Un peu comme si on disait : "Cette femme a été violée, qu'on l'emprisonne". Le foulard est si important qu'il mérite une logique aux axiomes renouvelés.
4. Ou, au contraire : ce sont elles qui veulent librement le porter, ce maudit foulard, les rebelles, les coquines ! Donc, elles seront punies. Attendez : ce n'est pas le signe d'une oppression par les mâles ? Le père et le grand frère n'y sont pour rien ? D'où vient qu'il faut l'interdire, alors, ce foulard ? C'est qu'il est ostentatoirement religieux. Ces coquines "ostentent" leur croyance. Au piquet, na !
5. Ou c'est le père et le grand frère, et féministement le foulard doit être arraché. Ou c'est la fille elle-même selon sa croyance, et "laïcisement" il doit être arraché. Il n'y a pas de bon foulard. Tête nue ! Partout ! Que tout le monde, comme on disait autrefois - même les pas-musulmanes le disaient - sorte "en cheveux".
Écrit par : strani | jeudi, 28 septembre 2006
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