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mardi, 19 septembre 2006

Mobilier National : très très mobile

medium_Mobilier_national.jpgEn 2000, une Nana, statut géante (3 mètres de haut, 1 tonne) et colorée de Niki de Saint Phalle, est recherchée dans les stocks du Musée National d'Art Moderne Pompidou. Malgré son gabarit, l'oeuvre a été déclarée "détruite par mégarde". Affaire classée. Niki de Saint Phalle s'en est quand même émue, âme sensible, et a choisi de modifier son testament afin de ne plus léguer ses oeuvres à la France. Il en a fallu, du culot, pour aller tranquillement retirer cette statue monumentale, avec les permis nécessaires, et la déposer sans scrupule au milieu de son jardin. Le voleur en rigole certainement encore. Plutôt que d'être enfermées des années dans des hangars aussi peu protégés, autant que ces oeuvres d'art circulent, après tout. L'affaire serait amusante si elle ne concernait que cette artiste. C'est l'ensemble du patrimoine de l'Etat qui est concerné.

 

 

Une autre affaire, moins drôle, démarra avec le constat de disparitions répétées de manuscrits anciens dans les medium_manuscript.jpgréserves de la Bibliothèque Nationale dans son antenne de la rue de Richelieu. Une longue et patiente enquête aboutit lors de la vente, en 2003 chez Christie's à New York, d'une bible du XIVe siècle. Le conservateur en chef au département des manuscrits hébraïques, Michel Garel, a avoué être l'auteur de ce vol. le seul Pentateuque lui aurait rapporté la coquette somme de 300 000 euros ! Hélas, le mal est fait avec la mutilation irréversible de nombreux manuscrits des XIIIe, XIVe et XVe siècles aux pages simplement arrachées pour être vendues séparément par cet escroc sans scrupule. Michel Garel n'a été condamné qu'à 2 ans avec sursis, presque une incitation à  recommancer tant les montants qui sont tirés de la vente de ces oeuvres sont élevés.

 

 

Le Mobilier National, les Musées de France, le Fonds National d'Art Contemporain (FNAC) et le Centre National des Arts Plastiques possèdent  un catalogue de 180.000 oeuvres déposées dans plus de 1.000 lieux différents. En 1997, un rapport de la Cour des Comptes mit au grand jour de graves négligences, notamment concernant les règles de conservation des oeuvres les plus anciennes. De l'ordre des avocats aux appartements de fonction divers, des pièces anciennes et fragiles avaient été "confiées" (sur demande) un peu abusivement. En tout cas illégalement. La Mairie de Paris, tenue fermement par le RPR, avait refusé toute inspection depuis 15 ans (d'où des surprises à l'arrivée des socialistes qui ont découvert quelques...disparitions), comme l'ont refusée de nombreuses autorités administratives et politiques.

 

 

Un grand inventaire a  alors débuté sous la présidence d'un conseiller maître de la cour des comptes, Jean-Pierre Bady. Sur 120.000 pièces déjà inspectées, 17.000 ont disparu, soit un taux de 14 %. Modeste comparé aux 21 % de disparition parmi les 16.000 meubles et objets du Mobilier National. Au Ministère de la Défense, 28 % des 6.400 dépôts sont "non localisés". Au Ministère des Affaires Etrangères, plus de 25 % ! Il faut dire que le Quai d'Orsay et les ambassades sont des lieux difficiles à inspecter. Les responsables de ce "recolement diplomatique" ont remarqué un processus de glissement : certains éléments glissent d'un bureau à un corridor, puis à une cave avant de disparaître. le milieu de la diplomatie n'est pas le plus facile à traquer, surtout à l'étranger. Les coûts d'enquête et de recouvrement deviennent vite prohibitifs

 

 

Certes, des plaintes sont déposées. Mais comme l'avoue Jean-Pierre Bady : "On a affaire à des gens puissants, et je ne veux pas faire preuve d'une attitude trop policière. Notre rôle est largement pédagogique...". Autrement dit, Messieurs les ENArques, rendez les Biens nationaux, ils ne sont pas à vous ! Il est arrivé récemment qu'un chef de service, en partant à la retraite, offre le mobilier de son bureau à ses assistants. Cette généreuse distribution du bien public a heureusement été interrompue par les inspecteurs. «Il n'y a pas eu vol ! Mais, tout simplement, un malentendu, persiste à déclarer Jean-Pierre Bady. Une peinture, un meuble ou un objet ne plaisent pas au nouvel arrivant d'une institution, au moment d'un changement de pouvoir. Il le cède alors à un collaborateur qui s'octroie des droits sur la chose, en ignorant souvent que les oeuvres d'art de l'Etat sont inaliénables et leur propriété imprescriptible.» Quand on a fait l’ENA, on n’a pas le temps d’apprendre ce genre de détail mesquin.

 

Souvent, aucun témoin n'ose donner l'information nécessaire pour retrouver le coupable. Difficile d'envisager faire carrière, voire d'espérer pouvoir se servir un jour si ce n'est déjà fait, en dénonçant ainsi son responsable hiérarchique.

10:00 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mobilier national, patrimoine | | | Digg! Digg |  Facebook

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