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mercredi, 12 juillet 2006
Libéral, et alors ?
Régulièrement, des observateurs de renom semblent découvrir que des libéraux existent en France. A côté des nombreux Français qui le sont sans le savoir, la population des « libéraux assumés » vit et prospère pourtant sur un vaste réseau de sites, de forums et de blogs à forte audience. Hélas, le discours antilibéral persiste à opposer une prétendue « vision solidaire » à celle qui privilégierait, selon lui, les valeurs de l’individu et de l’argent. Face à l’altruisme évident des premiers, les libéraux manifesteraient une indifférence aux autres. A l’instar de Jacques Chirac, ce tribunal de la pensée classe le libéralisme comme un mal pire que le communisme. Après l’omniprésence du discours anti-libéral de nos « élites » lors du referendum sur le TCE, tant du coté du OUI que du NON, il serait peut-être temps de ne plus réserver exclusivement le privilège de présenter la pensée libérale à ses détracteurs.
Pour commencer, 1789 marque une grande étape dans l’avancée des idées libérales. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen constitue l’un des textes libéraux les plus aboutis. Hélas, 1793 détourne cet idéal de liberté et d’égalité de droit pour plonger la France dans l’horreur. Si nous, libéraux, nous méfions des fausses « espérances collectives » qui ont souvent mené à des drames historiques de cette nature, nous avons toujours été d’ardents défenseurs des projets collectifs. Mais à la grande différence des idéologies collectivistes, nous n’envisageons l’action collective que dans l’adhésion volontaire, qui seule implique ses membres. L’approche coercitive d’un projet collectif entraîne naturellement le repli sur soi, la méfiance et l’égoïsme, ce que confirment les symptômes attristants de la société française actuelle. A l’opposé de ces dérives malsaines, une société libérale repose sur les trois piliers suivants : la liberté, la responsabilité et la confiance.
Etrangement, le mot « liberté » n’apparaît jamais dans les réquisitoires anti-libéraux. Pourtant, toute la philosophie libérale se fonde sur cette grande idée : l’homme est un être libre. Même la démocratie est subordonnée à un droit supérieur qui protège la liberté de chacun. En théorie. Aujourd’hui, le citoyen français a le droit de voter, mais pas de procéder à des choix importants tels que celui de l’école de ses enfants, de son assurance chômage ou de sa retraite. Pris entre un grand nombre d’obligations, de réglementations et de prélèvements obligatoires accablants pour obtenir, en retour, des prestations douteuses, le citoyen s’est vu progressivement infantilisé « pour son bien » par l’Etat nurserie. Pourtant, un courant profondément collectiviste réclame toujours plus de démocratie afin d’étendre le « pouvoir de la majorité » au détriment des droits fondamentaux des minorités et, notamment, des individus. Un certain nombre de lois sont déjà venues brider progressivement nos libertés individuelles, à commencer par la liberté d’expression (loi Gayssot, loi Taubira loi sur le génocide arménien, etc.). Internet est le sujet d’assauts de plus en plus inquiétants de la part des autorités publiques. Est-ce là un aperçu de « l’intérêt général » en action ? Comme on le découvre, derrière l’Etat nurserie se cache l’Etat inquisiteur. La dernière étape de ce processus insidieux de collectivisation de la vie sociale, c’est l’Etat policier qui traque ceux qui sortent de la norme imposée. Les minorités n’ont alors plus qu’à se cacher. Les libéraux, qui considèrent que la liberté n’est pas négociable, constituent aujourd’hui le dernier rempart de résistance face à cette extension menaçante de l’Etat.
La responsabilité découle naturellement du principe de liberté, tout simplement parce que « la liberté s’arrête là où commence celle d’autrui ». Celui qui ne respecte pas les droits d’autrui doit assumer les conséquences de ses actes. Voilà pourquoi une bonne justice, qui ne peut se concevoir sans égalité des droits, constitue le socle de toute société libérale. Les libéraux sont d’ailleurs les premiers à se battre contre « la loi de la jungle », aussi bien celle du plus fort qui, par ses réseaux, obtient privilèges et passe-droits d’un pouvoir complice, que celle des intérêts et corporatismes qui entendent soumettre la communauté à leurs privilèges. Notre pays a, hélas, constaté une banalisation des subventions clientélistes aussi bien aux électeurs qu’aux entreprises, des amnisties et grâces indues, des autoamnisties de nos élus et des dossiers enterrés. Le cynisme populaire actuel résulte de cette longue tradition de domination de la raison d’Etat sur l’Etat de droit. Là encore, la pensée libérale reste la référence pour retrouver le droit chemin. Loin d’inciter les individus à devenir égoïstes et indifférents au sort des autres, ce grand principe de responsabilité, qui passe par l’instauration d’une justice forte, constitue le préalable nécessaire à l’instauration de rapports de confiance entre les hommes.
Aucune société ne peut avancer, aucun progrès ne peut être réalisé, aucune fraternité ne peut exister sans la confiance. Confiance en l’avenir, confiance en soi et, finalement, confiance en l’autre. La vie sociale ne s’impose pas d’en haut, elle se construit d’en bas. Tous les acteurs de cette vie sociale ne s’impliquent que parce qu’ils portent en eux cette confiance qui donne le goût du risque, de l’initiative et de l’association avec son prochain. Associations, fondations, entreprises, coopératives, mutuelles, syndicats, les formes de ce fourmillement spontané sont infinies. Tout au long de ce processus évolutif se forment ainsi de multiples espaces d’échange consacrés à la vie culturelle, à la pratique sportive, à l’engagement caritatif ou, autre exemple, aux projets entrepreneuriaux créateurs de richesse. Depuis la loi le Chapelier hélas, l’Etat français n’a eu de cesse de contrôler cet univers afin de ne pas voir émerger de contre-pouvoirs naturels d’une société civile émancipée. Des monopoles syndicaux aux associations subventionnées, la sphère sociale a toujours été captive du pouvoir politique et administratif. Compte tenu de cette histoire pesante, comment ne pas avoir en soi cette soif d’ambition collective et indépendante du pouvoir ? Les grands mouvements collectifs, s’ils sont nés de belles revendications et de nobles projets, ont souvent remplacé des chaînes par d’autres chaînes en guise de victoire. Au lieu d’émanciper les hommes des pouvoirs établis et de fonder de nouveaux rapports sociaux, ils se sont terminés en lois, en monopoles et en institutions nouvelles qui ne laissaient aucune part à la confiance dans les rapports sociaux.
Aujourd’hui, le projet libéral consiste à aller bien au-delà de cette tradition jacobine afin de laisser les individus recréer du lien social, construire des projets collectifs dans un environnement assaini où règne le droit. Certes, il peut paraître étrange aux plus hermétiques que les libéraux ne proposent pas un nouveau schéma centralisé, de nouvelles solutions collectives « clé en main » qui s’imposent à tous. Sommes-nous allés si loin sur la route de la servitude qu’il semble bien incongru de promouvoir la liberté ? Ou bien est-ce sa vision de la vie sociale qui est à ce point étriquée?
Allons, parions qu’il s’agit davantage d’un malentendu, d’une méconnaissance de l’autre. Cette peur de la différence est courante dans nos contrées hostiles aux projets collectifs spontanés, libres et indépendants. Cette phobie passera si un vrai débat s’engage sur nos projets de société respectifs et que nous apprenons tous à nous connaître.
12:45 Publié dans Journal de campagne, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : politique, liberalisme, libéral, confiance, responsabilité |
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Commentaires
J'ai pensé que cet article pourrait t'intéresser.. Alain Minc reprend ton argumentation en gros ^^
http://www.jakouiller.com/index.php/2006/08/25/474-vive-litalie-monsieur
Écrit par : Salina | samedi, 26 août 2006
Qu'est-ce que le "libéralisme" ? C'est un mot piégé, au même titre que des termes comme "démocratie" ou "fascisme". On y met ce qu'on veut sous ces mots.
En revanche, ce qui est certain, c'est que c'est au nom de la "liberté" que l'Etat issu de la révolution de 1789 est devenu interventionniste et étatiste ! Pour "libérer" la société d'ancien régime, l'Etat s'est mêlé de tout. Depuis on n'en sort pas, et c'est là le problème : on passe de l'individualisme libéral à l'étatisme, et vice-versa.
Une seule solution : reconstruire de véritables "corps intermédiaires", sources de droit et capables de s'autogouverner. Tâche immense et pas facile à accomplir dans le cadre du régime actuel des partis...
Écrit par : ERRE | dimanche, 25 mars 2007
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